Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Politiques PubliquesEpremium

Yaoundé : de la Sotuc à STM, l'interminable échec du transport public par bus

De la Sotuc à Salem Tours Mfoundi, en passant par « Le Bus » et Stecy, Yaoundé a vu se succéder quatre opérateurs de transport urbain sans parvenir à installer un réseau de bus durable. Le dernier en date, sélectionné en décembre 2023, vient de perdre son contrat sans avoir mis un seul véhicule en circulation. La mairie cherche désormais un nouvel exploitant.

Publiée mardi 27 octobre 2026 à 14:14:31Modifiée mardi 27 octobre 2026 à 14:16:11Temps de lecture 8 minPar Marius Zogo

WhatsApp Image 2026-10-27 at 14.08.21
Un bus de la Société de transport et d’équipement collectif de Yaoundé (Stecy S.A.)en service. La société a démarré ses activités en 2017 et son contrat a été résilié six ans plus tard.

La Communauté urbaine de Yaoundé (CUY) est de nouveau à la recherche d’un opérateur de transport par bus. Retenue en décembre 2023, Salem Tours Mfoundi (STM) n’a finalement jamais démarré ses activités. Son contrat « a été résilié et la CUY recherche un autre opérateur », confie une source interne à la Mairie. Un nouvel échec pour la capitale camerounaise, où aucun exploitant de bus n’a réussi à s’implanter durablement depuis la liquidation de la Société des transports urbains du Cameroun (Sotuc), en 1995. Une situation qui perdure dans une agglomération d’environ quatre millions d’habitants.

Lire aussi : La Société Stecy SA reprend du service à Yaoundé

Créée en 1973, la Sotuc avait pourtant bénéficié d’un monopole et du soutien des pouvoirs publics. Elle a fonctionné pendant 22 ans avant d’être liquidée, le 23 février 1995, laissant une dette estimée à 60 milliards de FCFA et des pertes évaluées à 47 milliards. Selon l'expert en logistique et transports, Julien Onguéné Atéba, sa disparition s’explique par une « combinaison de la crise économique, de la mauvaise gestion, du gel des tarifs, de l’arrêt des subventions et de difficultés à desservir certaines périphéries ».

« Le Bus » et Stecy : le pari du privé

Une dizaine d’années plus tard, l’État passe la main. En octobre 2005, le gouvernement signe avec le groupe américain Parker International Industries LLC la création de « Le Bus », installé dans les anciens locaux de la Sotuc, à Nlongkak. Taug Cameroun détient 66 % du capital, l’État 34 %. La société démarre en septembre 2006 avec 48 véhicules, portés à 78 un an plus tard. Mais l’aventure tourne court. En 2015, seules deux lignes sont desservies, contre dix au départ. Plus de 300 salariés, soit la moitié des effectifs, sont en congé technique, et ceux qui restent multiplient les mouvements d’humeur face aux arriérés de salaires. Le ticket, fixé à 150 FCFA, supposait une subvention que l’État ne versait pas systématiquement.

Lire aussi : Transport urbain de masse: Stecy S.A veut reprendre l’activité malgré la résiliation de son contrat

À cela s’ajoutait un parc vieillissant, que l’entreprise n’avait plus les moyens de renouveler. La Société de transport et d’équipement collectif de Yaoundé (Stecy S.A.), filiale du groupe portugais Eximetrans Irmãos/Mota, prend le relais en mars 2017, avec un billet à 200 FCFA. Les subventions se font attendre : en 2017 et 2018, aucun versement n’intervient, et l’entreprise accumule 2 milliards FCFA de pertes. Ce n’est qu’en janvier 2019 qu’elle perçoit une partie de la subvention de 2017, qu’elle utilise pour restructurer sa dette, régulariser sa situation fiscale et régler ses cotisations sociales de l’année. Le déficit, lui, demeure.

Lire aussi : Yaoundé : Salem Tours Mfoundi, la nouvelle société de transport urbain par bus à 6 mois pour mobiliser le matériel d'exploitation de son réseau

En février 2023, le maire Luc-Messi Atangana résilie le contrat. Un rapport du ministère des Finances évoque « un certain nombre de manquements » aux obligations contractuelles, sans les détailler. Les griefs ne manquaient pourtant pas. En mai 2021, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, accusait la Stecy de sous-traiter ses locaux et de prêter son matériel à un transporteur interurbain clandestin. Deux mois plus tard, d’anciens salariés saisissaient l’inspection du travail pour licenciements abusifs.

STM, un contrat sans un bus

Le cahier des charges de STM était lourd : six mois pour acquérir des autobus de plus de 50 places, aménager une base logistique et matérialiser les arrêts. À terme, 141 bus devaient desservir 13 lignes sur 169 km. Cette solution devait aussi servir de transition avant l’arrivée du BRT. On sait pourtant très peu de choses de cet opérateur privé, dont l’origine et les données restent quasiment inaccessibles. Près de trois ans après sa sélection, la CUY a résilié son contrat sans l’annoncer, avant même que l’entreprise n’ait entamé ses activités. Une décision qui interroge sur les critères ayant présidé à ce choix.

Changer de formule plutôt que d’opérateur

Pour Julien Onguéné Atéba, le mal de Yaoundé tient moins à tel ou tel exploitant qu’à la formule elle-même. Depuis « Le Bus », le scénario varie peu : on confie une concession à une entreprise, qui « achète les bus » et « se débrouille avec les recettes ». De la Sotuc à STM, quatre exploitants, quatre échecs. Le logisticien plaide pour un modèle intégré de transport public métropolitain, qu’il résume ainsi : autorité organisatrice, BRT, bus de rabattement et transport artisanal organisé.

Lire aussi : Mobilité urbaine : faute de financements, STM obtient un délai de 6 mois pour lancer l'exploitation de son réseau au Cameroun

Tout commence, selon lui, par une autorité métropolitaine de transport, qui ne se contenterait pas d’être « propriétaire de quelques bus ». Lignes, horaires, tarifs, billetterie, stations, données de fréquentation, contrats avec les opérateurs, contrôle de la qualité : elle tiendrait les rênes du système et réunirait taxis, bus et motos dans un même ensemble. Le changement est autant politique que technique. Jusqu’ici, l’opérateur portait l’investissement et le risque commercial, tandis que la puissance publique ne versait pas toujours les subventions promises. Dans le schéma de l’expert, la décision et l’information sur les passagers reviennent à la collectivité, et l’exploitant devient un prestataire parmi d’autres.

Lire aussi : Transport urbain : le BRT de Yaoundé relancé avec 1,5 milliard FCFA de recettes visé dès la première année d’activité

L’ossature du réseau serait le BRT. Selon l’expert, la CUY a lancé en septembre 2026 la phase préparatoire de TransYaoundé, qui doit relier Olembé à Ahala sur environ 22 km. Le projet prévoit 28 arrêts et devrait faire passer la fréquentation d’environ 43 000 à quelque 110 000 voyageurs par jour. À 293 FCFA le trajet en moyenne, il devrait rapporter 1,5 milliard FCFA la première année, puis 2,36 milliards la deuxième. Le calendrier reste le point sensible : les derniers plannings de la CUY évoquent un démarrage des travaux en 2029 et une mise en service commerciale en 2031. Annoncé depuis 2019, ce BRT se jugera moins à ses annonces qu’à ses chantiers.

Le financement, « point décisif »

Reste la question de l’argent, que l’expert qualifie de « point décisif ». Il propose un contrat de service public plutôt qu’une simple concession commerciale : l’opérateur serait rémunéré selon les kilomètres parcourus, la qualité du service et le nombre de voyageurs, avec une compensation pour ses obligations sociales. Si la ville impose une ligne déficitaire mais indispensable, pour les étudiants ou les quartiers périphériques, elle en prendrait une partie du coût à sa charge.

Lire aussi : Transport urbain de masse : chronique d’une faillite programmée

Pour sécuriser les ressources, il imagine un Fonds camerounais de mobilité urbaine, alimenté par l’État, les communautés urbaines, les partenaires au développement, le stationnement, la publicité ou encore une contribution budgétaire dédiée, voire par des péages « lorsque cela est politiquement et techniquement pertinent ». L’enseignement des précédents est limpide : les tarifs de 150 FCFA pour « Le Bus » et de 200 FCFA pour la Stecy n’ont jamais couvert les coûts. Le billet seul ne suffit donc pas.

Lire aussi : Coronavirus: le transporteur Stecy interdit les paiements cash à l’entrée des bus

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement Premium ou EcoMembre.

Contactez le service client
  • Accueil
  • Politiques Publiques
  • Yaoundé : de la Sotuc à STM, l'interminable échec du transport public par bus
financementYaoundéStecy S.ABRTSalem Tours MfoundiTransport de masseTransport par busCommunauté urbaine de Yaoundé (Société des transports urbains du CamerounJulien Onguéné AtébaParker International Industries LLC lLuc-Messi Atanganaean Ernest Masséna Ngalle Bibehe
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

Epremiumimages (20)Politiques PubliquesCongo : 14 hectares mis à disposition de quatre entreprises dans les ZES d'Ignié et de Pointe-NoireLe gouvernement congolais vient d'accorder à quatre entreprises des agréments au régime des zones économiques spéciales (ZES), pour des durées allant de 10 à 15 ans. Les bénéficiaires, parmi lesquels Induco, filiale du groupe El-Sahely, disposent au total de 14 hectares à Ignié et Pointe-Noire pour développer des activités industrielles. il y a 1 heureMaïsPolitiques PubliquesCameroun : Yaoundé veut supprimer un prélèvement de 10 % sur le maïs local destiné aux élevagesFace au renchérissement des produits avicoles, le gouvernement prépare un allègement fiscal sur les matières premières utilisées par les éleveurs.il y a 22 heuresCAMEROUN - La ville de Sangmelima, au milieu de la foret tropicalePolitiques PubliquesAgriculture : le Cameroun veut immatriculer au moins 500 000 titres fonciers d’ici 2030 Alors que moins de 1 % des communes disposent d’un plan cadastral numérisé, Yaoundé veut sécuriser les terres agricoles, dans un secteur qui revient régulièrement en tête des domaines les plus dénoncés pour corruption.il y a 3 joursEpremiumAllocations familiales CNPSPolitiques PubliquesSécurité sociale : le Cameroun veut élargir les prestations de l'assurance volontaireLe régime destiné aux indépendants et aux travailleurs informels s’essouffle. Selon la CNPS, les nouvelles adhésions à l’assurance volontaire ont chuté de plus d’un quart en un an.il y a 6 joursYaounde VillePolitiques PubliquesCameroun : la participation du public à l’élaboration du budget de l’État s’effondre de 20 à 9 points (rapport)Le Cameroun associe de moins en moins le public à ses décisions budgétaires. Selon l’Enquête sur le Budget Ouvert 2025, le pays obtient une note de 9/100 sur cet indicateur, contre 20/100 deux ans plus tôt.il y a 1 semaine

Articles similaires

MaïsPolitiques PubliquesCameroun : Yaoundé veut supprimer un prélèvement de 10 % sur le maïs local destiné aux élevagesFace au renchérissement des produits avicoles, le gouvernement prépare un allègement fiscal sur les matières premières utilisées par les éleveurs.il y a 22 heuresEpremiumPungongMines et énergiesMinéraux critiques : les frères Pungong s'allient à l'américain Scepter pour prospecter en AfriqueLe partenariat doit notamment faciliter l'identification de projets susceptibles d'attirer des financements américains.il y a 1 heureAfreximbank-HQ-1ConjonctureAfreximbank : le bénéfice net bondit de 24 % à 813,5 millions de dollars à fin septembre 2026Portée par une demande soutenue de financements, la banque panafricaine affiche une croissance de 24 % de son résultat net sur neuf mois. Son bilan continue de grossir, même si certains indicateurs prudentiels enregistrent un léger tassement.il y a 1 jourchamps femmesConjonctureConfejes : Yaoundé accueille un salon dédié à l’entrepreneuriat féminin agri-numériqueAu programme, formations et accès aux financements, en vue de renforcer l’autonomisation économique des jeunes femmes et moderniser les chaînes de valeur agricoles.​il y a 6 joursPhoto façace AFG Bank CamerounBanques et FinanceCameroun : AFG Bank décroche 26 milliards FCFA auprès de la BAD pour financer le commerce extérieurAFG Bank Cameroun bénéficie d'un nouvel appui de la Banque africaine de développement. L'institution panafricaine a approuvé une facilité de 26,2 milliards de FCFA pour renforcer les opérations de financement du commerce de la banque, dont les crédits à la clientèle ont progressé de 32,1 % en 2025. Les PME figurent parmi les principaux bénéficiaires visés.il y a 5 joursPME agroConjonctureCameroun : La Commission économique de l’ONU plaide pour un meilleur accès des entreprises aux financementsLimité à 16,6 % du PIB en 2025, le crédit au secteur privé reste faible au Cameroun, dans un contexte où la croissance économique de l’Afrique centrale est retombée à 3,6 %.il y a 1 semaine
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Cameroun : le patron de Gulfcam démissionne pour prendre la tête d'un distributeur pétrolier au Congoil y a 1 jour2Affaire Garoubé : la justice française maintient une saisie de 11,7 milliards FCFA contre l’État du Camerounil y a 6 jours3Cameroun : le projet de brasserie Krieger Brewery franchit l’étape des audiences publiquesil y a 4 jours4Pétrole : la SNH impose aux futurs opérateurs de six blocs un minimum de 250 000 USD/an pour former les Camerounaisil y a 1 jour5Tchad : le groupe ivoirien AFG en passe de prendre le contrôle de la Banque de l’Habitatil y a 1 semaine6Cameroun : le français Camusat lève 12 milliards FCFA auprès de deux banques locales pour ses infrastructures de télécomsil y a 1 semaine7Congo : l’État accorde dix ans d’avantages fiscaux et douaniers aux activités de Franprix à Brazzavilleil y a 4 jours8Abidjan, Lomé, Libreville… : Idrissa Nassa remanie les états-majors de Coris Bank en Afriqueil y a 4 jours9CEMAC : les capitaux étrangers reculent dans les banques, les nationaux contrôlent désormais 23 établissements sur 54il y a 6 jours10Guinée équatoriale : Tradex menacé de perdre ses réservoirs de stockage de carburantil y a 6 jours
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.