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Conjoncture

Cacao : le Cameroun veut faire de la rémunération des producteurs le principal enjeu de sa campagne 2026-2027

Après une campagne marquée par un effondrement des prix jusqu'à 700 FCFA le kilogramme et une explosion des invendus, le Cameroun ouvre la saison cacaoyère 2026-2027 avec l'ambition de mieux rémunérer les producteurs. Au-delà du rebond des cours, Yaoundé mise sur une transformation locale accrue et sur le Nigeria, jusque-là principal débouché de contrebande, pour capter davantage de valeur.

Publiée mercredi 5 août 2026 à 17:22:06Modifiée mercredi 5 août 2026 à 17:22:08Temps de lecture 7 minPar Vicky BAGAL

Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre Camerounais du Commerce
Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre Camerounais du Commerce, disant son discours inaugural pour le lancement du Forum sur la rémunération des producteurs de la filière cacao du Cameroun, le 05 juillet 2026 à Yaoundé ©️ ONCC

Au Cameroun, la campagne 2026-2027, dont le lancement officiel est prévu pour le 6 août prochain, débutera dans un contexte radicalement différent de celui qu'ont connu les producteurs quelques mois plus tôt. Alors que la saison écoulée affichait un prix bord champ minimum de 700 FCFA/kg, l'Office national du cacao et du café (ONCC) enregistre, dans son observatoire des prix quotidiens, un prix minimum de 2 500 FCFA/kg à la date du 5 août 2026.

Lire aussi : Cameroun : les revenus du cacao chutent de 59 % au terme de la campagne 2025-2026

Ce prix producteur, bien que loin des tarifs pratiqués lors de l'envolée historique des cours mondiaux en 2023/2024, marque un net redressement après ce qui restera comme l'une des saisons les plus difficiles de ces cinq dernières années pour les producteurs. Entre décembre 2025 et avril 2026, les prix bord champ se sont progressivement effondrés, poussant de nombreux planteurs à conserver leurs fèves dans l'attente d'une revalorisation. Cette stratégie d'attentisme a entraîné une explosion des invendus de fin de campagne, passés de 13 946 tonnes à 40 446 tonnes, révélant le profond malaise des producteurs.

Conscient que la durabilité de la filière dépend désormais moins des volumes que du revenu des planteurs, l'État place cette campagne sous le signe d'un meilleur partage de la valeur.

Le pari de la transformation locale

À l'heure où se dessine un nouveau ralentissement de la demande mondiale - notamment dans les pays occidentaux, où certains fabricants de chocolat se tournent vers des matières grasses alternatives au beurre de cacao pour contenir leurs coûts face au niveau élevé des prix de la fève -, Yaoundé entend capitaliser sur la montée en puissance de la transformation locale pour réduire la dépendance de la filière aux fluctuations des marchés internationaux. Selon Luc Magloire Mbarga Antagana, ministre camerounais du Commerce, le pays mise désormais sur sa capacité industrielle installée, en croissance (actuellement estimée à 250 000 tonnes, soit près de 80 % de la production nationale), pour transformer davantage de fèves sur place, créer plus de valeur ajoutée et mieux rémunérer les producteurs.

Lire aussi : TRIBUNE - Cameroun : filière cacao, en finir avec l’illusion industrielle

Mais les chiffres de la campagne 2025-2026 montrent que cette ambition reste largement inaboutie. Sur une production commercialisée de 247 914 tonnes, seulement 95 946 tonnes ont effectivement été transformées, soit environ 38 % des volumes disponibles. Cet écart dépasse le simple retard d'ajustement. Il révèle des contraintes d'approvisionnement, de compétitivité et d'organisation de la filière qui empêchent encore la transformation locale de jouer pleinement son rôle d'amortisseur face aux variations des cours mondiaux. Pour le gouvernement, le véritable défi de cette campagne ne sera donc pas uniquement de maintenir des prix élevés mais surtout de faire en sorte que la valeur créée par le cacao camerounais soit davantage captée à l'intérieur du pays et profite durablement aux producteurs.

Nigeria, de contrebandier à débouché stratégique

« À ceci vient se greffer le nouveau débouché pour le cacao camerounais que constitue le marché voisin du Nigeria, fort de sa population de près de 245 millions de consommateurs et d'une capacité installée, en termes de transformation locale, de près de 150 000 tonnes », ajoute le ministre. Le gouvernement compte ainsi structurer ce marché nigérian, qui absorbe déjà chaque année près de 20 000 tonnes de cacao camerounais en contrebande, créant un manque à gagner d'environ 70 milliards de FCFA.

Lire aussi : Cacao : la Côte d’Ivoire et le Ghana relancent leur projet d’alliance élargie avec le Cameroun et le Nigeria

La volonté du Cameroun de faire du Nigeria un partenaire commercial majeur pour son cacao s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la coopération entre les principaux producteurs africains et à peser davantage sur la formation des prix mondiaux. À cet effet, Yaoundé a pris part, en juillet dernier à Abuja, au sommet réunissant le Cameroun, le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Ghana, au cours duquel les quatre pays ont soutenu la création d'une Alliance africaine pour la valeur ajoutée dans le cacao. Cette plateforme, qui regrouperait des pays représentant près de 66 % de la production mondiale, ambitionne de leur permettre de négocier, de définir des normes communes et de dialoguer d'une seule voix avec les marchés internationaux. Elle prolongerait ainsi l'Initiative Cacao Côte d'Ivoire-Ghana, créée en 2018 pour défendre les revenus des planteurs.

Lire aussi : Cacao : le Cameroun demande à l'Union européenne d’améliorer la rémunération des producteurs

En rejoignant cette dynamique, le Cameroun espère accroître son pouvoir de négociation et capter une part plus importante de la valeur générée par la filière. Comme le rappelait le ministre du Commerce à l'ouverture de la première édition des Cocoa Days, le 1er juillet dernier, « le partage de la valeur continue d'accuser les mêmes disparités, au détriment des producteurs ».

Entériner les mesures existantes

Rappelons que, dans l'optique d'améliorer durablement la rémunération des producteurs, le gouvernement a déjà engagé plusieurs réformes structurelles. La plus récente est la réduction de la redevance à l'exportation du cacao, ramenée le 5 juin 2026 de 225 FCFA à 125 FCFA/kg, soit une baisse de près de 45 %. Cette mesure vise à préserver la compétitivité des exportateurs dans un contexte de repli des cours mondiaux, mais aussi à leur redonner des marges de manœuvre afin qu'ils puissent proposer de meilleurs prix aux planteurs et limiter les incitations à la contrebande.

Lire aussi : Le Cameroun réduit de 45% la redevance sur ses exportations de cacao

En parallèle, l'État poursuit sa politique d'incitation à la production de cacao de qualité, via la prime à la qualité. En août 2025, 1,7 milliard de FCFA a été reversé à 42 000 producteurs au titre des campagnes 2020-2021 et 2021-2022, portant à près de 5 milliards de FCFA le montant distribué depuis le lancement du dispositif en 2017. Financée par un prélèvement de 5 FCFA/kg sur la quote-part de la redevance à l'exportation revenant au Fonds de développement des filières cacao-café, cette prime constitue l'un des principaux instruments mobilisés par les pouvoirs publics pour encourager la production de cacao Grade I tout en complétant les revenus des exploitants.

Lire aussi : Cacao : 2 milliards de F de prime de qualité à distribuer aux producteurs pour les campagnes de 2018 à 2020

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