Au Cameroun, plus d'un marché public sur cinq a été attribué de gré à gré en 2025, un niveau inédit selon le gouvernement. Selon le rapport d’exécution du budget de l’État publié par la Direction générale du Budget. En effet, 2 064 contrats sur 10 126 ont été passés de gré à gré, soit 20,4 %, une procédure exceptionnelle prévue par le Code des marchés publics et soumise à l’autorisation de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp). « Ce niveau, qui constitue un record à ce jour, représente le double du seuil de référence de 10 %. Cette forte progression s’explique notamment par le contexte particulier des élections présidentielles du 12 octobre 2025, qui a favorisé le recours à cette procédure par plusieurs acteurs de la commande publique », indique le rapport.
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Le nombre d’autorisations de gré à gré a bondi de 76 % en un an, passant de 1 709 en 2024 à 3 010 en 2025. Dans le même temps, l’exécution des marchés publics s’est dégradée. Sur les 10 304 prestations attendues, 8 353 ont effectivement démarré, soit 81,1 %, contre 85,7 % un an plus tôt. Les résultats sont encore moins bons à l’arrivée : seuls 6 033 marchés sur les 9 633 attendus ont été réceptionnés, soit 62,6 %, contre 72,9 % en 2024.
Ce recul touche particulièrement les services déconcentrés régionaux, dont le taux de réception a chuté de 11,9 points, suivis des ministères (-8,5 points), des communes (-6,4 points) et des établissements publics (-2,9 points). Les entreprises publiques se distinguent en revanche par un recours plus limité au gré à gré. Sur 1 072 marchés conclus en 2025, seuls 107 ont été attribués selon cette procédure, soit 10 %, exactement le seuil de référence. Dans ces entreprises, les autorisations relèvent des conseils d’administration.
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Si la Direction générale du Budget relève quelques progrès, elle pointe surtout de nombreux dysfonctionnements. À titre d’illustration, 880 marchés, d’un montant global de 132 milliards FCFA, ont été passés sans aucune programmation préalable, dont 625 en régions pour 81,7 milliards FCFA. « Ce qui est contraire aux dispositions de l’article 59, alinéas 1 et 5 du Code des marchés publics, réitérées aux points 64 et 66 de sa circulaire d’application », souligne le rapport qui ajoute que les annulations de projets sont également nombreuses : 562 au total, dont 6 à la suite de virements de crédits, 119 pour forclusion de crédits et 11 fautes de financement disponible. En plus, 57 projets prévus en 2025 ont été reportés.
Transparence
Rappelons que, dans une étude publiée en juin 2024, la Banque mondiale alertait déjà sur le manque de transparence du système : 94 % des entreprises interrogées jugeaient opaques la passation des marchés publics et l’attribution des bons de commande administratifs (BCA) au Cameroun. Parmi elles, 39,51 % dénonçaient des cas de corruption d’agents publics, 48,38 % déploraient un manque d’information et 11,61 % pointaient la complexité des procédures pour les PME. Dans son rapport 2025, la Commission nationale anti-corruption identifie les marchés publics comme le 5ème secteur ayant fait l’objet de plus de dénonciation par les usagers avec les accusations présumées de corruption dans le processus de passation et de détournements des marchés Publics.
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Pour améliorer la gouvernance du secteur, le ministre délégué à la Présidence chargé des Marchés publics, Ibrahim Talba Malla, a pris en 2025 une série de mesures dont les résultats sont attendus sur le terrain. La plus emblématique : le lancement officiel, le 25 juin 2025, de la version 2 du Cameroon On-Line E-procurement System (Coleps), le système de passation des marchés par voie électronique. Sa première version, lancée en 2019, visait pourtant à réduire les contacts humains, terreau de la corruption. Mais, selon les entreprises sondées par la Banque mondiale cinq ans plus tard, 75,9 % d’entre elles ignoraient jusqu’à son existence.
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