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Banques et Finance

CEMAC : Citi préconise une dévaluation du franc CFA après l’offensive de la BEAC sur le rapatriement des devises

Quelques jours après le durcissement par la BEAC des règles de rapatriement des devises imposées aux multinationales extractives, la banque américaine estime qu’une dévaluation du franc CFA pourrait devenir nécessaire pour corriger les déséquilibres économiques de la CEMAC. Une lecture jugée alarmiste par plusieurs observateurs, alors que la BEAC dispose de réserves couvrant plus de 4,5 mois d’importations de biens et services.

Publiée samedi 9 mai 2026 à 13:08:15Modifiée samedi 9 mai 2026 à 13:52:14Temps de lecture 6 minPar Cedrick JIONGO

David Cowan, Economiste en chef de Citibank pour l’Afrique
David Cowan est économiste pour l’Afrique chez Citigroup. © EcoMatinEcoMatin

La perspective d’une dévaluation du franc CFA en Afrique centrale refait surface dans les analyses des marchés financiers internationaux. Dans une note relayée le 7 mai par Bloomberg, David Cowan, économiste en chef pour l’Afrique chez le groupe bancaire américain Citi, estime que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) devrait envisager un ajustement de sa monnaie afin de « stimuler la croissance » et enrayer l’érosion progressive des réserves de change. 

Le franc CFA est arrimé à l’euro à un taux fixe de 655,957 FCFA et selon l’économiste, une dévaluation permettrait de restaurer la compétitivité des économies de la sous-région, confrontées à une croissance jugée insuffisante, un endettement élevé et une forte dépendance aux hydrocarbures. « La véritable solution aux problèmes de faible croissance et de niveaux d’endettement persistants des États membres de la CEMAC réside dans une dévaluation de la monnaie, suivie d’une restructuration de la dette », écrit-il, selon Bloomberg. 

Lire aussi : CEMAC : réserves de change, budgets et FMI au menu du sommet extraordinaire de Brazzaville

« La dévaluation n’est pas à l’ordre du jour »

Cette sortie intervient quelques jours après une prise de position ferme du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, lors de la Finance Week organisée le 30 avril dernier à Yaoundé. « Je souhaite être extrêmement clair : le franc CFA n’est pas menacé et la dévaluation n’est pas à l’ordre du jour », avait déclaré le patron de la Banque centrale.

Le Centrafricain indiquait alors que le fait que les réserves extérieures demeurent « à un niveau confortable » et insistait sur la capacité de la banque centrale à défendre la stabilité monétaire de la sous-région. « Non, la dévaluation n’est pas à l’ordre du jour. Nous avons les moyens de défendre notre monnaie et notre souveraineté financière », a-t-il martelé. 

Le spectre d’une dévaluation ressurgit généralement chaque fois que les réserves de change de la BEAC connaissent une contraction importante. Dans le cadre des accords de coopération monétaire avec la France, ces réserves jouent en effet un rôle central dans le maintien de la parité fixe entre le franc CFA et l’euro, ainsi que dans la garantie de convertibilité illimitée accordée par Paris.

Lire aussi : BEAC : les revenus du compte d’opérations chutent de 42 % à 110 milliards FCFA en 2025

Historiquement, deux seuils sont particulièrement surveillés : un niveau de réserves couvrant au moins trois mois d’importations de biens et services et un taux de couverture extérieure de la monnaie supérieur à 20 %. Selon David Cowan, les réserves de change de la CEMAC pourraient reculer de 12,5 % en 2026. Une projection qui contraste avec les indicateurs actuellement mis en avant par la banque centrale. Selon les dernières données de la BEAC, les réserves de change couvriraient 4,5 mois d’importations en 2026 contre 4,22 mois un an plus tôt. La croissance économique de la sous-région est attendue autour de 2,9 %, l’inflation demeure sous le seuil communautaire de 3 % et le taux d’endettement moyen reste inférieur au plafond communautaire de 70 % du PIB. Les déficits budgétaires montrent également des signes d’amélioration progressive. « Nous sommes loin des seuils critiques de dévaluation », résume un expert bancaire de la place. 

Pressions autour des réserves de change

La position particulièrement critique de Citi intervient alors même que la BEAC vient de durcir sa stratégie de rapatriement des devises issues des secteurs pétrolier et minier. Dans une instruction signée le 23 avril 2026, la banque centrale a décidé de relever progressivement le taux de rapatriement des devises des entreprises extractives à 50 % à partir de 2027 puis 70 % en 2028, contre 35 % actuellement. L’institution justifie cette mesure par sa volonté de renforcer les réserves de change afin de consolider la stabilité extérieure du franc CFA et limiter les vulnérabilités de la sous-région face aux chocs extérieurs.

Lire aussi : La BEAC double le taux de rapatriement des devises des pétroliers et miniers, de 35 % à 70 %

Le sujet reste particulièrement sensible car il se situe au cœur de tensions récurrentes entre la BEAC, les multinationales pétrolières et minières et les États-Unis. En 2024 déjà, des élus américains avaient introduit au Congrès un projet de loi visant à pousser le Fonds monétaire international (FMI) à surveiller de plus près la gestion des réserves extérieures de la CEMAC, notamment autour du dossier controversé des fonds de restauration des sites miniers et pétroliers (Fonds RES), évalués à près de 6 000 milliards FCFA. 

Lire aussi : Fonds RES : Les Etats-Unis veulent suspendre les financements du FMI aux pays de la CEMAC

Le précédent traumatique de 1994

La dernière dévaluation du franc CFA en Afrique centrale remonte à janvier 1994. À l’époque, les réserves de change couvraient à peine 1,3 mois d’importations, tandis que le taux de couverture extérieure moyen s’établissait autour de 14,8 %, bien en dessous du seuil minimal requis. Les autorités monétaires avaient alors procédé à une dévaluation de 50 % du franc CFA. La parité était passée de 1 franc français pour 50 FCFA à 1 franc français pour 100 FCFA. Cet épisode reste profondément ancré dans les mémoires en raison de la flambée des prix et de l’effondrement du pouvoir d’achat qu’il avait provoqués dans plusieurs pays de la sous-région.

Le scénario avait refait surface en 2016 après l’effondrement des cours du pétrole. Les réserves de change de la CEMAC s’étaient alors fortement dégradées, faisant craindre une nouvelle dévaluation. Mais les chefs d’État de la sous-région avaient fermement rejeté cette option, privilégiant des programmes d’ajustement budgétaire soutenus par le FMI afin de préserver la stabilité monétaire régionale.

Lire aussi : Réserves de changes : la BEAC cible près de 9 500 milliards FCFA en 2028

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