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CEMAC : réserves de change, budgets et FMI au menu du sommet extraordinaire de Brazzaville

Réserves de change en recul, finances publiques fragilisées et pressions du FMI imposent des arbitrages décisifs pour la stabilité de la zone.​

Publiée mercredi 21 janvier 2026 à 14:02:28Modifiée mercredi 21 janvier 2026 à 14:05:19Temps de lecture 6 minPar EcoMatin

Comme annoncé par EcoMatin, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se réuniront ce jeudi 22 janvier à Brazzaville pour un sommet extraordinaire consacré à la situation économique, financière et monétaire de la sous-région. Cette rencontre, convoquée par le président congolais Denis Sassou Nguesso, intervient à peine quatre mois après le dernier sommet des dirigeants de la zone, dans un contexte marqué par des tensions croissantes sur les équilibres macroéconomiques régionaux.

Ces derniers jours, des rumeurs d’une possible dévaluation du franc CFA ont circulé, alimentant les inquiétudes. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a toutefois rapidement écarté cette hypothèse, estimant que « les fondamentaux économiques de la CEMAC, bien que marqués par des défis, ne justifient pas une telle mesure ».

Réserves de change sous pression
Malgré ce démenti, la situation des réserves de change figure en bonne place à l’ordre du jour du sommet. Indispensables au maintien de la parité fixe entre le franc CFA et l’euro, ces réserves -composées de devises, d’or et de droits de tirage spéciaux (DTS)- se sont nettement dégradées ces derniers mois.

Fin décembre 2025, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, avait alerté sur une baisse rapide des avoirs extérieurs, tombés à 6 377,3 milliards FCFA contre 7 624,6 milliards FCFA six mois plus tôt, soit une contraction d’environ 1 300 milliards FCFA. Cette situation pourrait s’aggraver en 2026, alors que les États de la CEMAC font face à d’importantes échéances de remboursement vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI) et de créanciers commerciaux.

Au Cameroun, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a ainsi indiqué que les seuls remboursements de dette extérieure prévus pour le mois de janvier 2026 sont estimés à près de 250 milliards FCFA. À cette pression s’ajoute la baisse attendue des recettes pétrolières, liée au vieillissement des champs et au repli des volumes exportés, réduisant les entrées de devises.

Selon des sources proches des institutions régionales, les réserves pourraient se maintenir autour de 4,2 mois d’importations de biens et services en 2026, suffisant maintenir stable la monnaie commune, mais fortement conditionné à la mobilisation d’un financement extérieur de 600 milliards FCFA attendu par le Gabon cette année.

Critères de convergence et programmes FMI fragilisés
Au-delà de l’urgence immédiate, les chefs d’État devront se pencher sur le non-respect des critères de convergence et de surveillance multilatérale par certains États membres. Ces écarts risquent de compromettre les décaissements du FMI, alors que les DTS représentent près de 40 % des réserves extérieures de la CEMAC.

Lire aussi : Budget 2026 : la CEMAC projette une légère hausse de 2,42% à 86 milliards FCFA

La situation du Gabon concentre les inquiétudes. Avec un taux d’endettement proche de 80 % du PIB, bien au-delà du plafond communautaire de 70 %, le pays pèse sur les équilibres régionaux. Son programme avec le FMI est suspendu, tandis que la République centrafricaine et le Tchad attendent des décaissements encore bloqués, faute d’assurances régionales suffisantes. Le programme du Cameroun avec le FMI est, pour sa part, arrivé à échéance, sans nouvel accord conclu à ce stade.

Lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington en octobre dernier, la trajectoire budgétaire gabonaise avait déjà suscité de vives préoccupations. En décembre, l’agence Fitch a abaissé la note souveraine du Gabon, pointant une dégradation des finances publiques et des objectifs budgétaires jugés trop expansionnistes en l’absence de programme avec le FMI.

Le sommet de Brazzaville vise ainsi à inciter les États à accélérer les réformes nécessaires à la conclusion de nouveaux accords avec l’institution de Bretton Woods, afin de consolider durablement les réserves de change de la région. À Libreville, le récent limogeage de l’ex-ministre de l’Économie et des Finances, Henri-Claude Oyima -considéré comme partisan d’une ligne dure face au FMI- est perçu comme un signal d’ouverture dans ce sens.

Lire aussi : Politique monétaire : la BEAC relève ses taux directeurs face à l’érosion des réserves de change

Fonds extractifs et substitution aux importations
Les dirigeants devraient également réexaminer le dossier sensible de la domiciliation à la BEAC des Fonds de restauration des sites (RES) des compagnies extractives, estimés à près de 6 000 milliards FCFA. Présentée comme un levier potentiel de renforcement des réserves, cette réforme se heurte à l’opposition des multinationales pétrolières et minières, soutenues notamment par les États-Unis, qui ont évoqué un possible blocage de l’appui du FMI si ces fonds étaient intégrés aux réserves officielles.

Lire aussi : CEMAC : un sommet extraordinaire des chefs d’États annoncé à Brazzaville face au risque d’un choc monétaire en 2026

Enfin, le sommet devrait relancer les discussions sur les politiques de substitution aux importations. En 2025, la facture des produits de première nécessité de la CEMAC a atteint près de 2 500 milliards FCFA. La BEAC plaide pour des projets structurants, notamment dans le raffinage et l’agro-industrie, afin de réduire la dépendance extérieure et préserver durablement les équilibres monétaires de la sous-région.

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