Le nouveau seuil de capital minimum de 25 milliards FCFA désormais exigés aux banques de la CEMAC pourraient-ils se transformer en crédits supplémentaires pour les entreprises ? Charlotte Kouecheu Chekep, directrice générale d’Union Bank of Cameroon (UBC), en est convaincue. Dans une tribune publiée dans l’édition de juillet 2026 de Banques du Cameroun, la banquière défend une lecture offensive du relèvement du capital minimum de 10 à 25 milliards de FCFA : au-delà du renforcement des bilans, cette réforme doit donner aux établissements davantage de latitude pour financer l’économie.
« Une banque plus capitalisée peut prendre davantage de risques mesurés, financer des projets plus ambitieux, absorber des défauts éventuels sans fragiliser l’ensemble du système », explique Charlotte Kouecheu. La dirigeante prend ainsi le contre-pied d’une lecture strictement prudentielle de la réforme. Pour elle, les milliards mobilisés par les banques pour satisfaire aux nouvelles exigences de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) ne doivent pas seulement servir de coussin contre les pertes. En renforçant leur assise financière, ils peuvent aussi élargir leur capacité à prendre des risques et donc à prêter.
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La patronne d’UBC voit notamment une marge de progression dans l’agriculture, l’industrie locale et les PME exportatrices. Alors que les besoins de financement restent importants, les banques commerciales « peinent à déployer leur liquidité ». Elle met en parallèle cette situation avec le dynamisme de la microfinance, qui aurait injecté 659,4 milliards de FCFA dans l’économie en 2024.
Mais Charlotte Kouecheu ne s’arrête pas à la capacité de prêter. Pour elle, le deuxième avantage à la recapitalisation est la possibilité pour les banques elles-mêmes de se financer moins cher. Selon son analyse, une banque présentant une assise financière plus importante inspire davantage confiance aux prêteurs internationaux et aux banques correspondantes. « Dès 2026, les banques conformes au seuil verront leur coût de refinancement baisser », avance-t-elle.
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Si les établissements de la CEMAC obtiennent eux-mêmes des ressources à de meilleures conditions, ils disposent d’une marge supplémentaire pour financer leur clientèle. La dirigeante inscrit cette évolution dans un marché bancaire appelé à se recomposer. Le passage à 25 milliards de FCFA impose aux établissements de trouver de nouveaux capitaux. Tous ne partent pas avec les mêmes moyens, et Charlotte Kouecheu anticipe des « rapprochements stratégiques, voire des opérations de fusion » pour les acteurs qui auront davantage de difficultés à satisfaire aux nouvelles exigences.
Pas de crédit automatique
La DG d’UBC pose toutefois elle-même une limite à sa démonstration. Augmenter le capital d’une banque ne suffit pas à la rendre plus solide, ni à garantir qu’elle prêtera davantage. « Une plus grande capitalisation ne signifie pas automatiquement une plus grande robustesse », prévient Charlotte Kouecheu. Elle cite notamment la qualité des actifs, la gouvernance des risques et la rentabilité parmi les autres paramètres qui détermineront la solidité réelle des établissements.
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Le nouveau seuil fixé par la Cobac augmente la capacité financière théorique des banques ; il ne décide pas de l’usage qu’elles feront de cette capacité. Rien n’oblige, par exemple, un établissement mieux capitalisé à augmenter son exposition aux PME s’il continue de juger ce segment trop risqué. Charlotte Kouecheu parle d’ailleurs d’expérience. UBC a elle-même bénéficié d’une recapitalisation après ses difficultés financières. En 2021, l’État camerounais y a injecté 17,8 milliards de FCFA, portant sa participation à 60 %. La dirigeante affirme que cette intervention a permis de consolider la banque, dont le bénéfice net a progressé de 84 % dès 2022, avant une stabilisation des dépôts et un retour à la rentabilité.
C’est à partir de cette expérience qu’elle défend une réforme qui, à ses yeux, ne doit pas s’arrêter aux ratios prudentiels. Charlotte Kouecheu appelle les banques à transformer leur nouvelle assise financière en financements pour les secteurs productifs. Le véritable test des 25 milliards de FCFA ne sera donc pas seulement de savoir combien de banques auront réussi à les réunir, mais combien de crédits supplémentaires cette recapitalisation permettra effectivement de mettre dans l’économie.
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