Les régulateurs africains haussent le ton face à la sous-capitalisation chronique du secteur bancaire. Dans un récent rapport, l’agence Fitch Ratings observe que « la plupart des banques d’Afrique subsaharienne devront répondre à des exigences de fonds propres absolus plus élevées par le biais de levées de capitaux, de la rétention des bénéfices ou de fusions ». Derrière cette mise en garde, se dessine une tendance qui tend à se généraliser : doter les banques d’un socle de fonds propres plus solide et mieux aligné sur la taille réelle de leurs bilans.
Déjà, plusieurs pays ont franchi le pas. Dans l’Union Economique et Monétaire Ouest-africaine (UEMOA), la Banque centrale (BCEAO) impose désormais un plancher de 20 milliards FCFA. D’autres pays comme l’Angola, le Burundi, l’Ethiopie et le Kenya ont déjà introduit de nouvelles exigences de capital minimum, selon Fitch. Dans certains cas, ces hausses sont spectaculaires.
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Au Nigeria, par exemple, la Banque centrale exige désormais un capital libéré équivalant à 348 millions de dollars (plus de 198 milliards FCFA) pour les banques opérant à l’étranger, sans possibilité d’inclure les bénéfices non distribués. Cette décision, selon Fitch, « force même les banques d’importance systémique à lever de nouveaux capitaux », une situation qui a déclenché une vague d’émissions d’actions et d’obligations hybrides sur le marché nigérian.
La CEMAC en phase avec la tendance continentale
La CEMAC n’échappe pas à cette dynamique. La Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC) s’apprête à adopter une réforme similaire, en projetant de porter le capital minimum des banques de 10 à 25 milliards FCFA, et celui des établissements financiers de 1 à 4 milliards FCFA. Si le projet est validé lors de la prochaine session ordinaire de la COBAC, il entrera en vigueur en 2026, avec une période transitoire de trois ans (jusqu’en 2028) pour permettre aux établissements existants de se mettre en conformité.
Ce relèvement vise, selon la COBAC, à aligner les exigences réglementaires sur la taille réelle du secteur bancaire sous-régional. La réforme apparaît d’autant plus nécessaire que la solidité financière des banques reste d’actualité. À fin 2023, 33 banques de la région ne disposaient pas d’un niveau de fonds propres suffisant pour respecter l’ensemble des ratios prudentiels, dont 17 en infraction sur le capital minimum et 3 sur le ratio de couverture des risques.
De même la qualité du portefeuille de crédits demeure un point de vigilance majeur. Les créances en souffrance ont atteint 2 024 milliards FCFA, en progression de 7,7% sur un an, soit 16,2% de l’ensemble des crédits accordés. Pour couvrir ces risques, les banques ont dû mobiliser 1 464 milliards FCFA de provisions en puisant dans leurs fonds propres, réduisant ainsi leur capacité à financer l’économie réelle.








