Réunis à Brazzaville les 27 et 28 octobre, les membres du Comité inter-États (CIE) de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) ont validé le projet de budget 2026, arrêté à 85,92 milliards FCFA, en légère progression de 2,42% par rapport à 2025. Mais cette hausse modeste masque une tension budgétaire persistante : la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale ressource propre de la Communauté, n’a généré qu’un taux de recouvrement de 50,67% à fin octobre 2025, selon le rapport du CIE. Ce niveau reste très éloigné de la cible de 90% fixée en 2021 par les chefs d’État et de gouvernement, qui avaient fait du renforcement du recouvrement une priorité pour asseoir l’autonomie financière de la CEMAC.
Quatre ans plus tard, cet objectif reste hors d’atteinte, malgré les rappels successifs du Conseil des ministres et de la Commission. À Brazzaville, Charles Assamba Ongodo, vice-président de la Commission, a rappelé que la CEMAC évolue dans un environnement économique mondial instable, marqué par les chocs géopolitiques et la volatilité des cours des matières premières. Il a appelé à une rationalisation des dépenses et à une discipline budgétaire accrue, avertissant que « le faible niveau de recouvrement de la TCI compromet la mise en œuvre du Plan de transformation institutionnelle et la consolidation financière de la Communauté ».
Plaidoyer pour des mesures « vigoureuses et urgentes »
Même son de cloche chez Éric Mbende, directeur général de l’Intégration de la République du Congo et président du CIE, qui a plaidé pour des mesures « vigoureuses et urgentes » visant à automatiser la collecte de la TCI et à apurer les arriérés accumulés par les États membres. Le Fonds de développement de la Communauté (FODEC), doté de 18,45 milliards Fcfa dans le budget 2026, est le symptôme même de la faible capacité de la Communauté à mobiliser davantage de moyens pour accélérer l’intégration régionale. Ce montant, quasi stable par rapport à l’exercice précédent, traduit une marge de manœuvre limitée qui restreint la mise en œuvre effective des projets intégrateurs prioritaires. Selon le CIE, le taux d’exécution des projets en 2025 demeure « insatisfaisant », faute de financements suffisants et du fait des retards chroniques dans les décaissements liés à la TCI. En clair, tant que les États n’amélioreront pas le recouvrement de leurs contributions, la Communauté restera dépendante des ressources extérieures pour financer ses ambitions économiques et infrastructurelles.
Le budget 2026 tente de préserver un équilibre fragile entre les dépenses de fonctionnement et d’investissement, dans un contexte de croissance régionale estimée à 2,7% en 2024, selon le rapport de surveillance multilatérale. Portée par le secteur non pétrolier, cette croissance reste vulnérable aux tensions budgétaires internes. Les grandes orientations de politiques économiques pour 2026 insistent d’ailleurs sur l’urgence de la stabilisation du cadre macroéconomique, la consolidation des finances publiques et la diversification des économies. Mais sans une amélioration rapide du recouvrement de la TCI, la viabilité financière de la Communauté et le financement des grands chantiers régionaux, tels que le Central African Pipeline System (CAPS), désormais classé projet intégrateur prioritaire, risquent d’être durablement compromis.



