La gestion des abattoirs publics de Bangui et de Bouboui pourrait connaître un nouveau tournant en République centrafricaine. Présenté le 24 octobre 2026 à la Primature, un rapport d’audit de la Société d’État de gestion des abattoirs (Sega) met en cause les performances de Djibro Service, l’entreprise privée chargée de leur exploitation. Mené sur 15 mois, de juin 2024 à septembre 2025, le contrôle fait état d’un taux de conformité au plan d’investissements de 39 %, d’importants manquements aux règles d’hygiène et d’insuffisances dans la gestion environnementale. « Déjà au niveau de l’abattage, la viande est abattue à même le sol. Le transport également ne se fait pas dans les conditions réglementaires, notamment avec des camions qui ne sont pas frigorifiques et même parfois sur des motos et des pousse-pousse », souligne Marcello Imayaka Mohellet, membre du comité interministériel chargé de l’audit.
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Le rapport relève également le non-versement de la « quote-part de l’État ». Selon le comité, le contrat d’affermage signé en octobre 2022 pour 20 ans entre l’État et Djibro Service, société de droit privé, prévoit le reversement à l’État d’une fraction de 25 % des retombées de l’activité. Or, depuis lors, rien n’a été reversé dans les caisses de l’État pour le compte de la Sega. Le Premier ministre, Félix Moloua, y voit une situation qui met en péril la vie de l’État. Il a accordé deux semaines à l’équipe de la Sega pour fournir des explications avant toute décision du gouvernement. « Je vais accorder 2 semaines à Sega pour présenter ses éléments de contradictions qui seront soumis à l’appréciation du conseil des ministres […] Sega n’est pas la seule, on fera de même pour toutes les entreprises publiques parce que l’État doit vivre », martèle-t-il.
Face à ces conclusions, l’homme d’affaires Ibrahim Djido, patron de Djibro Service, rejette le rapport, qu’il juge instrumentalisé pour remettre en cause le contrat, et estime que les obligations de l’État doivent aussi être examinées. « Ce rapport est minutieusement préparé pour sabrer le contrat. Ce qui y est dit n’est pas exactement ce qui a été constaté sur le terrain […] Il faut évaluer aussi l’autre partie », soutient-il lors de la conférence de presse tenue à l’issue de cette présentation.
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Pour mémoire, la Sega, dotée d’une capacité de production de 150 000 tonnes de viande bovine et de buffle par an, couvre la quasi-totalité d’un marché estimé à 255 milliards FCFA en 2022 (dont 75% revient à l'élevage) selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Mais depuis 2018, elle fait face à des difficultés financières et opérationnelles, du fait de la vétusté des équipements et de la négligence. Le gouvernement en a donc confié l’exploitation à un opérateur privé, avec une promesse d’investissements de 10 milliards FCFA pour réhabiliter et moderniser les abattoirs et relancer l’activité de la Sega. Il s’était donné pour objectif d’évaluer la mise en œuvre de ce plan au bout de deux ans.
Intoxication alimentaire
La présentation de ce rapport, plus d’un an après son achèvement, intervient alors que la question de la sécurité de la viande vendue sur le marché refait surface. Le 22 septembre dernier, le ministère centrafricain de l’Élevage et de la Santé animale a saisi « plusieurs centaines de kilos de viandes de bœuf contaminés » sur les étals des marchés de Bangui, après la révélation de cas d’intoxication alimentaire, principalement des salmonelloses. Cette nouvelle saisie suit celle de juin 2024, où 5 tonnes de carcasses provenant des abattoirs de la Sega avaient été déclarées avariées, confisquées et détruites. L’exploitant, Ibrahim Abdoulaye Djido, avait alors été sommé de renforcer les conditions de conservation et de transport de la viande. « Il faut que les contrôles sanitaires se fassent dans les règles pour éviter les contaminations croisées », prévenait le ministre de l’Élevage de l’époque, Hassan Bouba Ali.
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À noter qu’au-delà du différend contractuel, le dossier met en lumière les difficultés de la filière bovine centrafricaine, qui représente 8,7 % du PIB national selon la FAO et où les circuits informels et les insuffisances d’infrastructures compliquent le contrôle sanitaire. Pour y remédier, le gouvernement a annoncé en février dernier un projet industriel de 30 milliards FCFA consacré aux filières viande et lait, dans le cadre du Programme de développement des chaînes de valeur viande et lait (Prodecvil), cofinancé par la Banque africaine de développement. Il vise notamment à renforcer la production nationale et à développer des unités modernes de transformation. L’enjeu est d’autant plus important que la production de lait de vache frais est passée de 77 300 litres en 2014 à 28 945 en 2024, selon la FAO.
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