Depuis le pic historique enregistré en 2021 où la production camerounaise de graine de soja a atteint son niveau le plus élevé, soit 131 975 tonnes, la filière soja est confrontée à plusieurs difficultés qui retardent l’essor de l’activité et renforcent la dépendance du pays aux importations (environ 66 000 tonnes chaque année). Cependant, même si la production locale peine à satisfaire la demande nationale estimée à 150 000 tonnes/an, l'industrie autour de la filière continue de s’étoffer. Entre usine de production de provende (alimentation animale) et unité de production d’huile de soja, le paysage industriel de la filière soja est en pleine structuration.
A date, le secteur du raffinage est actif à travers cinq grands acteurs, dont la Soyabeans Processing Industry of Cameroon (Soproicam), dirigée par Raymond Ndiffo. Dotée d’une capacité de traitement de 100 tonnes/jour, elle transforme les graines produites localement et commercialise les marques Aya Oil et Oilio. Ensuite viennent les unités de Bayard Ketcha, Safrip et Agrivar qui représentent des capacités combinées de 650 tonnes par jour pour des investissements de près de 20 milliards FCFA. Enfin, Pafic Sarl de l’homme d’affaires camerounais Bertin Tchoffo, qui tourne à une capacité moyenne de 50 tonnes par jour.
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Deux autres usines sont en construction depuis fin 2023, SOD (30 tonnes/jour) et Magnum Industry (50 tonnes/jour) de l'entrepreneur Camerounais Serges Ngomsi. « L’intérêt poussé des investisseurs pour ce secteur, en particulier dans le segment de la trituration qui permet de capturer la valeur de l'huile (consommation humaine) et des tourteaux (provende), se justifie par la croissance de la classe moyenne et la demande soutenue en viande blanche (volaille) et en porc », explique le cabinet camerounais de conseil Fonin Capital Advisory, dans une récente analyse du marché local de l’huile de soja . Cependant l’investissement dans ce secteur reste soumis à un défi important : la volatilité des prix mondiaux, du fait de la dépendance aux importations de fèves pour la trituration. Ainsi, l’écart entre l’offre locale de soja et la demande industrielle illustre les limites à l’industrialisation de cette filière à l’heure où le pays est tourné vers l’import-substitution.
La bulle industrielle face au désert des plantations
Dans son analyse, Fonin Capital Advisory dévoile que la production nationale de cette graine dorée a reculé de 41% entre 2021 et 2023 pour atteindre 76 674 tonnes. Selon l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), cette baisse est à mettre à l'effet des conditions climatiques défavorables (irrégularité de la pluviométrie, inondations) observées principalement dans les régions septentrionales du pays, principaux bassins de production.
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Cette situation impacte directement les rendements des cultures paysannes, qui se dégradent au fil des ans et limitent la capacité d'approvisionnement local. Selon le ministère camerounais de l’Agriculture, le rendement moyen actuel de cette spéculation est de 1,2 tonne par hectare, en dessous du potentiel estimé à 2,3 tonnes/ha en 2020 et de la moyenne mondiale de 3,5 tonnes/ha. En conséquence, la région, qui concentre à elle seule 75% de la production nationale, a enregistré une chute notable de son niveau passant de 98 394 tonnes en 2021 à près de 53 000 tonnes deux ans plus tard (-46,1%).
De plus, d’autres défis externes sont à prendre en compte notamment les problèmes phytosanitaires et les conflits fonciers signalés dans certaines zones. Les défis logistiques et le coût croissant des intrants constituent également des freins à l’envol de cette culture qui bénéficie pourtant des subventions de l’Etat, étant comptée parmi les axes principaux du Plan triennal Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) 2024-2026.
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A noter que l’attrait prononcé des industriels pour la graine jaune dans un contexte de sous production a une conséquence directe sur le marché local, une grande partie des productions étant acheminée vers les usines. Aussi, l'offre industrielle dépendant en partie des importations des graines pour la trituration, rend l'offre locale vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux (notamment Chine, Brésil, Argentine). Ainsi, le soja qui occupe une place importante dans l’activité d’élevage et la sécurité alimentaire est sujet à une hausse effrénée des prix au kilogramme depuis fin 2021, passant de 380 FCFA à 580 FCFA.
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