Le Président américain Donald Trump a réuni du mercredi 9 au jeudi 10 juillet à la Maison Blanche les chefs d'État du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Libéria, de la Mauritanie et du Sénégal pour un mini-sommet. Cette rencontre a cristallisé la nouvelle approche de l'administration américaine envers l'Afrique : un virage assumé de l'aide humanitaire vers un partenariat axé sur le commerce et l'investissement. « Nous passons de l’aide au commerce », a déclaré M. Trump, confirmant la fermeture récente de l'USAID et soulignant le « grand potentiel économique en Afrique, comme peu d’autres endroits ». Mais au-delà des opportunités, cet engagement américain est clairement motivé par la volonté d'élargir l'accès des États-Unis aux minerais critiques du continent et de contrer l'influence croissante de la Chine et de la Russie. Les dirigeants africains, bien conscients de ces priorités, ont chacun avancé leurs attentes tout en réaffirmant leur souveraineté.
Gabon : Ambition minière et souveraineté économique
Le Gabon, par la voix de son Président Brice Clotaire Oligui Nguema, a officiellement sollicité un financement substantiel auprès de la U.S. International Development Finance Corporation (US-DFC) et de l'EXIMBANK américaine, avec une demande de prêt oscillant entre 2 et 3 milliards de dollars (1 200 à 1 800 milliards Fcfa). Cette démarche s'inscrit dans un contexte où les États-Unis cherchent activement à sécuriser l'accès aux minerais critiques tels que le manganèse, le cuivre, le cobalt, le lithium et la potasse, dont ils importent environ 80% de leurs besoins. Le Président Oligui Nguema a précisé que ces fonds devraient servir à développer des projets structurants tels que la ligne de chemin de fer Belinga-Boué-Mayumba (901 km), la signature d'un accord pour la potasse de Mayumba avec Millennial Potash, la construction du port en eau profonde de Mayumba, et le barrage hydroélectrique de Boué.
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Le dirigeant gabonais a clairement indiqué que son pays, « libre et ouvert à tous », attendait les investissements américains, mais que « d'autres pays pourraient venir à leur place » si les États-Unis laissaient un vide, une allusion directe à la Chine, déjà très présente avec plus de 4,3 milliards de dollars d'investissements. Cette sollicitation intervient peu après l'obtention par le Gabon de 3,2 milliards de dollars d’Afreximbank, soulignant une diplomatie économique active et déterminée à diversifier ses partenariats et à transformer ses ressources localement.
Sénégal : Innovation et partenariat stratégique
Le Président,sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été reçu à la Maison Blanche pour discuter d'un nouveau partenariat stratégique, fondé sur l’innovation, les investissements et le respect mutuel. Lors de leurs échanges, M. Trump a présenté une approche s'éloignant de l'aide traditionnelle, citant la fermeture de l'USAID au Sénégal, au profit d'une coopération axée sur le commerce, les ressources naturelles et les liens économiques. Le Président Faye a salué la qualité des échanges, affirmant qu'ils ouvraient la voie à un partenariat "solide et ambitieux ». Parmi les projets phares, la création d’une cité technologique à Dakar a été évoqué, un hub destiné à accueillir des entreprises du numérique, de l'intelligence artificielle, des énergies propres et des biotechnologies, avec l'apport de capitaux et de savoir-faire américains. Ce projet symbolise la nouvelle orientation diplomatique du Sénégal : placer l’économie et la souveraineté technologique au cœur des partenariats internationaux, tout en diversifiant ses partenaires face aux influences chinoise, russe et turque.
Guinée-Bissau : retour diplomatique et aide au développement
Le Président Umaro Sissoco Embaló de Guinée-Bissau a directement exposé ses deux objectifs essentiels au dirigeant de la première puissance économique mondiale. Il a d'abord souhaité l'intégration de son pays au programme « Millennium Challenge Corporation » (MCC), une initiative américaine clé pour soutenir la croissance, la réduction de la pauvreté et la création d'infrastructures. Par ailleurs, il a plaidé pour la réouverture de l’ambassade des États-Unis à Bissau, fermée depuis 1998.
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Confiant dans l'éligibilité de la Guinée-Bissau au MCC et dans la réouverture prochaine de l'ambassade, il a assuré que son pays respectait les exigences de sécurité américaines. Cette visite s'inscrit dans une vaste stratégie diplomatique de M. Embaló, qui s'efforce de remettre la Guinée-Bissau à l'ordre du jour international, après des réceptions en Chine, en Russie et au siège de l'Union européenne.
Libéria : Au carrefour de l'aide coupée et des exigences américaines
Le Liberia, pays dont l'histoire et la culture sont profondément liées aux États-Unis, s'est retrouvé à un carrefour délicat lors de cette rencontre, confronté à la nouvelle doctrine américaine du « commerce avant l'aide ». Pour le Président Joseph Boakai, l'enjeu majeur était de naviguer l'impact dévastateur de la dissolution de l'USAID, dont le soutien représentait une part colossale de son revenu national brut (près de 2,6 %), le plus élevé au monde. Face à cette perte significative, le Libéria est désormais contraint de chercher de nouvelles solutions et des partenariats alternatifs pour son développement, une nécessité impérieuse pour pallier le vide laissé par l'arrêt de l'aide.
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Cependant, les attentes américaines allaient bien au-delà des considérations économiques. Donald Trump a clairement pressé le Président Boakai de coopérer activement sur les questions migratoires, exigeant du Libéria qu'il facilite le retour de ses citoyens en situation irrégulière et qu'il examine de potentiels « accords de pays tiers sûrs », qui forceraient le pays à accueillir des migrants non libériens déportés des États-Unis. Cette pression s'accompagnait de la menace d'une extension des interdictions de voyager, ciblant explicitement le Libéria parmi les nations concernées. Parallèlement, dans le cadre de sa quête globale de ressources stratégiques en Afrique, Washington lorgne également les potentiels minerais critiques du sous-sol libérien, intégrant ainsi le pays à son jeu d'intérêts géostratégiques.
Mauritanie : Ressources et impatience présidentielle
Le Président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani s'est rendu à Washington avec l'intention d'explorer les opportunités d'investissement, mais s'est heurté à l'impatience manifeste de Donald Trump. Alors que M. Ghazouani détaillait les perspectives d’investissement, les gisements de terres rares, et même les questions sensibles liées à l'usage abusif de ses eaux maritimes et à la pêche illicite, il a été brusquement interrompu. Le président américain l'a invité à « accélérer les choses », soucieux de respecter un « emploi du temps » serré. Cette réaction a étouffé dans l’œuf le déploiement des projets mauritaniens vis-à-vis des États-Unis. L'interaction a ainsi clairement souligné la nature purement transactionnelle de la rencontre voulue par Trump, dont l'intérêt principal réside dans les « super minerais » et les « grandes réserves de pétrole » des nations africaines.
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Malgré les vastes ressources de la Mauritanie, l'accent a été mis sur la rapidité des échanges et les retours directs pour Washington. Par ailleurs, la Mauritanie figure également parmi les pays ciblés par les diplomates américains pour la mise en place d'accords de déportation.
Un bilan contrasté pour l'Afrique face à la nouvelle donne américaine
Le mini-sommet de Washington a clairement signifié la nouvelle orientation de la politique américaine en Afrique : moins d'aide directe, plus de commerce et un intérêt marqué pour les minerais critiques. Si les leaders africains, dont le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló, le Gabonais Brice Oligui Nguema, le Libérien Joseph Boakai et le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, ont exprimé leur optimisme et leur volonté de partenariat, ils ont également navigué entre la nécessité d'attirer des investissements et de préserver leur souveraineté face à une politique américaine parfois perçue comme unilatérale et condescendante, notamment sur les questions d'immigration et la réduction de l'aide. Donald Trump a loué le dynamisme du continent et s'est dit ouvert à un voyage en Afrique durant son second mandat, affirmant avoir « résolu beaucoup de colère » sur le continent et œuvrer pour la paix au Soudan et en Libye. Néanmoins, l'ombre d'une potentielle expansion d'interdictions de voyager pour quatre des cinq pays représentés planait sur les discussions. Le « jeu d'intérêts » s'intensifie, les nations africaines cherchant à diversifier leurs partenaires et à contrôler davantage leurs ressources, tandis que Washington tente de réaffirmer son influence face à des puissances comme la Chine qui a largement devancé les États-Unis en termes d'investissements et d'influence politique sur le continent.
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