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Manganèse gabonais : Oligui Nguema veut couper l’herbe sous le pied d’Eramet

Brice Oligui Nguema a profité d’un échange avec Donald Trump pour réaffirmer l’ambition du Gabon d’industrialiser localement sa filière manganèse et s’affranchir des « intermédiaires » comme Eramet.

Publiée samedi 12 juillet 2025 à 12:51:35Modifiée samedi 12 juillet 2025 à 12:51:39Temps de lecture 4 minPar Albert AMOUGOU

Une équipe d’Eramet en activité

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé un message fort le 9 juillet 2025, lors d’une réunion à la Maison Blanche avec Donald Trump : le Gabon souhaite désormais fournir directement les États-Unis en manganèse transformé, en contournant l’intermédiaire français Eramet. « Notre marché est désormais ouvert et nous voulons transformer localement notre manganèse, que vous achetez aujourd’hui à travers une entreprise comme Eramet. Je suis convaincu que cela vous revient plus cher que si vous l’achetiez directement auprès de nous », a-t-il affirmé.

Cette déclaration reflète une volonté assumée du Gabon de capter davantage de valeur ajoutée de ses ressources naturelles et d’affirmer sa souveraineté économique. Cette annonce pourrait aussi servir de levier de pression dans d’éventuelles renégociations des contrats miniers avec Eramet, dans la même logique que celle engagée avec l’Union européenne.

Actuellement, Eramet, via sa filiale Comilog, extrait entre 7 et 7,5 millions de tonnes de manganèse brut chaque année. Mais la capacité de transformation locale reste limitée à 65 000 tonnes de silicomanganèse et 20 000 tonnes de ferromanganèse, produites par le Complexe métallurgique de Moanda (CMM).

Lire aussi : Gabon : l'Indien Coalsale veut construire une unité de transformation de manganèse de 70 000 tonnes/an

Cependant, pour opérer une transformation à l'échelle massive souhaitée par le Gabon, une production électrique colossale, estimée entre 8 et 10 gigawatts, serait nécessaire. Le Président Oligui Nguema a d'ailleurs lancé un appel d'offres aux entreprises américaines pour des investissements massifs dans l'énergie, signe de cette ambition de maîtriser toute la chaîne de valeur. Cette initiative vise aussi à renégocier des accords jugés « déséquilibrés » avec l'Union européenne, afin d'optimiser les retombées économiques pour le pays.

Des implications stratégiques pour tous les acteurs

Les implications de cette proposition sont multiples et profondes. Pour le Gabon, c'est la promesse d'investissements colossaux dans les infrastructures énergétiques et d'une industrialisation significative de sa filière manganèse, ce qui devrait considérablement augmenter ses revenus et son contrôle sur cette ressource stratégique. Pour les États-Unis, déjà exempts de taxes douanières sur le minerai de manganèse, un approvisionnement direct en produits transformés pourrait non seulement réduire les coûts à long terme, comme le souligne le Président gabonais, mais surtout sécuriser l'accès à un métal critique dans un contexte de tensions géopolitiques et de mesures protectionnistes mondiales. Pour Eramet, cette annonce représente un défi stratégique majeur, l'incitant potentiellement à revoir ses investissements en transformation locale et à engager des discussions avec le gouvernement gabonais sur ses contrats en cours. Les prix actuels du minerai de manganèse (4,6 $/dmtu, soit environ 2 829 Fcfa/dmtu, au T1 2025) et des alliages (1 487 €/t en Europe, soit environ 974 085 Fcfa/t) connaissent déjà des fluctuations. Cette proposition gabonaise s'inscrit donc parfaitement dans la dynamique des chaînes d'approvisionnement mondiales, confrontées à un marché déficitaire et aux incertitudes protectionnistes.

Lire aussi : Comilog ouvre les discussions avec l’État gabonais suite à l’interdiction d’exportation du manganèse brut

Rappelons que l'ambition du Gabon de mettre fin à l'exportation de matières premières brutes a été concrétisée dès fin avril 2025 par l'annonce du Président Oligui Nguema de suspendre définitivement l'exportation de minerai brut à partir de 2029. Ce tournant, s'éloignant de son rôle historique de deuxième plus grand producteur africain de manganèse brut via Comilog (filiale d'Eramet), s'inscrit dans une tendance panafricaine croissante. De nombreux pays producteurs de minerais critiques cherchent désormais à imposer la transformation locale, visant la création de valeur ajoutée sur leur propre sol et une souveraineté minière, marquant la fin d'une ère de dépendance économique au profit des populations locales.

Lire aussi : Dr. Youmssi Bareja : « Il y a un risque réel de voir Eramet quitter le Gabon si le gouvernement persiste dans cette voie »

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