« Le pétrole lampant se fait maintenant trop rare depuis plus d'un mois. Même dans les stations, on n’en trouve plus ». Cette plainte d’un consommateur du quartier Bilongué dans le 3e arrondissement de Douala est la même pour beaucoup d’autres consommateurs à Yaoundé et dans d’autres villes et villages du Cameroun. Alors que dans les stations-services, on attribue la rareté du produit à l’éternel problème d’approvisionnement, au souci de logistique ou encore à un retard de livraison, des sources officielles avancent plutôt des raisons qui remettent en cause le jeu trouble de certains industriels.
Selon Waziri Hassan Oumate, Directeur de la surveillance de la recherche et des statistiques pétrolières à la Caisse de stabilisation des prix des Hydrocarbures (Csph), il s’agit d’une pénurie artificielle imposée par des industriels qui esquivent le prix de 560 FCFA qu’ils doivent payer par litre pour se ruer vers les stations-services et s’approvisionner au prix des ménages, qui est de 350 FCFA. « On s’est rendu compte depuis un certain temps que les industries utilisent aussi le pétrole lampant pour d’autres fins, à savoir : les industries minières, les sociétés forestières, les BTP, les industries brassicoles et alimentaires et également les boulangeries. Aujourd’hui, il est question d’importer de bonnes quantités pour satisfaire ces industries qui doivent payer le prix qu’il faut et de laisser la ménagère profiter de la subvention que l’État a consentie », a expliqué le cadre de la CSPH, organisme public chargé d’assurer la régulation des prix des produits pétroliers, ainsi que leur approvisionnement.
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La situation actuelle profite donc aux industriels, au détriment des ménages qui, avec l’avènement de nouvelles sources d’énergie (solaire, gaz domestique…), consomment pourtant de moins en moins de pétrole. Interrogé par EcoMatin, un employé d’une boulangerie explique: « il existe généralement trois fours pour fabriquer du pain. Il s’agit du four à gaz, suivi du four à pétrole (rotatif et fixe) puis du four à bois. Or, le gaz coûte plus cher et le bois demande un peu plus d’espace pour le stockage. Du coup, les gens préfèrent le four à pétrole. En fonction de la capacité de production d’une boulangerie, elle peut consommer entre 30 litres et 100 litres de pétrole lampant par jour, voire plus. Et à vrai dire, rares sont les boulangers qui s’approvisionnent au prix industriel ».
Plus de 21 milliards FCFA de subvention en 2024
Selon les chiffres obtenus auprès de la Csph, le litre de pétrole lampant vendu à la pompe au profit des ménages est de 350 FCFA, contre un prix réel de 595 FCFA, soit un soutien de 245 FCFA par litre. Pour la seule année 2024, l’enveloppe de subvention du pétrole lampant est estimée à 21,2 milliards de Fcfa, dont 1,2 milliard pour le transport, pour une consommation d’en moyenne 10 000 mètres cubes par mois, soit 120 000 mètres cubes par an. Les industriels, quant à eux, devraient payer 560 FCFA par litre, et l’État supporte 35 FCFA. Ce qui ne les empêche pas de « consigner » d’importantes quantités auprès des stations au prix des ménages. Conséquence, la pénurie se crée et alimente la flambée des prix, allant parfois à 600 FCFA, voire 700 FCFA le litre, selon les zones.
Pour rendre le produit à la portée des ménages, le ministre de l’Eau et de l’Energie a présidé, le 25 juin dernier, une réunion avec les acteurs du secteur, pour que le pétrole lampant soit vendu uniquement aux ménages et que les autres quantités puissent être livrées directement à partir des sociétés de distribution. Concrètement, il s’agit de « mieux encadrer et mieux surveiller » la vente du pétrole lampant dans les stations-services. On apprend à cet effet qu’une équipe mixte constituée du ministère de l’Eau et de l’Energie, du ministère du Commerce, de la CSPH et de la SCDP, a été formée pour réduire considérablement ce phénomène qui s’assimile à « une fraude ». Un appel est également lancé pour une synergie avec les forces de l’ordre et de sécurité, les autorités administratives et les élus locaux. Une autre suggestion en voie d’être appliquée est celle de revoir de 100 litres à 20 litres le volume maximal vendu à un usager pour chaque produit (essence, pétrole lampant, ect.).
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