Ecobank Transnational Incorporated (ETI), maison mère du groupe bancaire panafricain basé à Lomé, traverse une nouvelle crise de gouvernance. Le groupe a annoncé, le 23 octobre 2026, l’annulation de sa 39e assemblée générale ordinaire, initialement prévue le 26 octobre. Cette réunion devait examiner un seul point : la révocation de mandats d’administrateurs. Une démarche inhabituelle pour un établissement bancaire de cette envergure, d’autant que l’avis de convocation publié le 2 octobre ne précisait ni les noms des administrateurs concernés ni les raisons de leur éventuel départ.
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Pour justifier cette annulation, Ecobank invoque la nécessité de poursuivre « des consultations plus larges avec les parties prenantes », conformément aux instructions de la Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), son principal régulateur. Aucune nouvelle date n’a été annoncée. Cette intervention suspend, pour l’heure, une procédure susceptible de modifier la composition du conseil d’administration du groupe. Selon les informations publiées par Jeune Afrique et Africa Intelligence, trois administrateurs seraient concernés : Papa Madiaw Ndiaye, président du conseil depuis juin 2024, ainsi que Louis Adande et Simon Dornoo, deux administrateurs non exécutifs.
Des soupçons de conflits d’intérêts visant le président du conseil
Au centre des tensions figure Papa Madiaw Ndiaye, financier sénégalais et dirigeant du fonds d’investissement AFIG Funds. Selon Jeune Afrique, certains administrateurs lui reprocheraient de ne pas avoir suffisamment déclaré des situations susceptibles de constituer des conflits d’intérêts. L’un des dossiers concerne Nouvelle Mici Embaci (NME), une entreprise ivoirienne spécialisée dans les emballages, dans laquelle AFIG Funds détient une participation. Cette société aurait bénéficié de prêts et de financements de trésorerie accordés par Ecobank à des conditions préférentielles. Ces opérations soulèveraient des interrogations sur les liens entre les activités d’investissement du président du conseil et celles du groupe bancaire qu’il supervise.
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Autre point de désaccord : Papa Madiaw Ndiaye siège également comme administrateur non exécutif de First Atlantic Bank, un établissement bancaire présent au Ghana et concurrent d’Ecobank sur ce marché. Le principal intéressé conteste les accusations. Selon son entourage, il n’aurait joué aucun rôle dans l’octroi des financements à NME et ignorait même les relations de crédit entre cette entreprise et Ecobank. Quant à ses fonctions chez First Atlantic Bank, elles étaient, assure-t-il, publiques depuis plusieurs années.
Ces soupçons n’ont pas donné lieu, à ce stade, à une conclusion publique établissant une faute de Papa Madiaw Ndiaye. Ecobank n’a pas non plus détaillé les griefs qui pourraient justifier son éventuelle révocation. Selon une source proche du groupe citée par Jeune Afrique, les interrogations soulevées par des rapports d’audit auraient néanmoins conduit les organes de gouvernance à engager une procédure et à saisir les régulateurs.
Une recomposition du conseil d’administration
Cette évolution intervient après plusieurs changements importants dans l’actionnariat et les statuts d’Ecobank. En décembre 2025, Bosquet Investments Limited, le véhicule d’investissement du financier camerounais Alain Nkontchou, a conclu le rachat des 21,22 % du capital d’ETI détenus par le groupe sud-africain Nedbank. L’opération, évaluée à 100 millions de dollars, a reçu l’approbation de la Commission bancaire de l’UMOA en juin 2026. En ajoutant les 2,83 % détenus par Enko Opportunity Growth Fund, lié à Alain Nkontchou et à son frère Cyrille, les participations associées au financier camerounais représentent environ 24,05 % du capital. Ancien président du conseil d’administration d’Ecobank entre 2020 et 2024, Alain Nkontchou est ainsi redevenu un acteur de premier plan dans l’actionnariat du groupe.
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Parallèlement, les actionnaires ont approuvé, lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue le 13 août 2026, plusieurs modifications des statuts. Parmi elles figure la réduction de 15 à 12 du nombre maximal d’administrateurs. Le groupe présente cette mesure comme un moyen de rendre son conseil plus efficace et de renforcer la responsabilité de ses membres. Cyrille Nkontchou a également rejoint le conseil d’administration en qualité de représentant de Bosquet Investments.
Des bénéfices en hausse malgré les turbulences
Sur le plan financier, les tensions au sommet d’Ecobank contrastent avec les performances du groupe. Selon les résultats publiés ce 28 octobre, ETI a enregistré un bénéfice avant impôt de 737 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 12 % par rapport à la même période de 2025. Le bénéfice net a progressé de 13 %, à 516 millions de dollars, tandis que la part revenant aux actionnaires d’ETI a augmenté de 17 %, pour atteindre 364 millions de dollars. Les revenus du groupe se sont établis à 1,96 milliard de dollars, également en progression de 12 %. Les dépôts de la clientèle ont, de leur côté, augmenté de 14 %, à 27,5 milliards de dollars.
Ces performances sont portées notamment par les activités d’Ecobank en Afrique centrale, orientale et australe, ainsi qu’en Afrique de l’Ouest anglophone. Elles masquent toutefois des difficultés persistantes au Nigeria, où le bénéfice avant impôt a reculé de 45 %, à 7 millions de dollars sur les neuf premiers mois de l’année. Pour le groupe dirigé par Jeremy Awori, la priorité reste donc de poursuivre le redressement de ses activités les moins rentables tout en maintenant la progression de ses résultats.











