Le secteur bancaire tchadien traverse une phase de consolidation fragile, avec des efforts continus pour renforcer sa stabilité financière. Pourtant, à la fin du mois d'avril 2024, 40% des banques opérant dans le pays ne respectaient toujours pas l'exigence minimale de capital fixée à 10 milliards de Fcfa dans la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Cette situation, qui révèle des carences structurelles, met en lumière la difficulté pour une partie des établissements financiers tchadiens de se conformer aux normes prudentielles, et ce malgré une légère progression en termes de conformité par rapport à l’année précédente.
Selon les données récentes du Comité national économique et financier (Cnef), le total des actifs cumulés des dix établissements bancaires en activité au Tchad s’élevait à 2 206,5 milliards de Fcfa (soit environ 3,36 millions d’euros). Ce chiffre marque une croissance annuelle de 1,3%, mais derrière cette évolution positive se cachent des disparités préoccupantes. En effet, les crédits accordés à l’économie ont diminué de 2,7%, atteignant 1,2 milliard de Fcfa (près de 1,9 million d’euros), alors que la trésorerie globale du secteur a bondi de 35%. Quant au volume des dépôts, il a enregistré une hausse de 3,5%, principalement due aux dépôts à vue, qui constituent plus des deux tiers du total.
Des manquements généralisés aux normes prudentielles
Malgré ces indicateurs économiques plus ou moins encourageants, les établissements bancaires tchadiens peinent à se conformer aux exigences réglementaires. Le rapport du Cnef révèle que, fin avril 2024, aucune banque n'était en mesure de satisfaire pleinement l'ensemble des critères prudentiels, une détérioration par rapport à décembre 2023, où cinq banques parvenaient encore à respecter ces exigences. Parmi les dix banques opérant dans le pays, seules six étaient en conformité avec le seuil de capital minimum de 10 milliards de Fcfa, en vigueur depuis quinze ans.
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Cette situation reflète une amélioration par rapport à l’année précédente, où seulement 50% des banques étaient en conformité. Toutefois, elle met en évidence la vulnérabilité du système bancaire tchadien, d’autant plus que nombre de ces établissements échouent également à respecter d’autres ratios, tels que le ratio de couverture des risques pondérés par les fonds propres nets.
Un problème récurrent au sein de la Cemac
Cependant, le Tchad n'est pas un cas isolé dans la Cemac. Selon le Fonds monétaire international (FMI), moins d'un tiers des banques de la région respectaient l'ensemble des normes prudentielles à la fin de l'année 2023. Cette fragilité généralisée du secteur bancaire dans la sous-région pousse les autorités monétaires à envisager des réformes de grande ampleur pour limiter les risques de faillites bancaires.
Une étude réalisée en 2021 par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) proposait déjà de relever le seuil de capital minimum à 25 milliards de Fcfa (environ 38 millions d’euros), afin de renforcer la résilience des banques de la Communauté. Une telle réforme viserait à promouvoir un développement intensif des institutions financières, en opposition au développement extensif observé actuellement, qui tend à accroître les risques pour l'ensemble du système financier sous-régional.
L’exemple qui vient de l’Uemoa
Comparativement à d'autres zones économiques en Afrique, la Cemac accuse un retard dans la mise en place de ces mesures. Par exemple, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (Bceao), qui supervise les institutions financières de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), a relevé son exigence de capital minimum à 20 milliards de Fcfa en 2023. De même, au Nigeria, la Banque centrale a multiplié par dix le seuil de capital requis pour les groupes bancaires, une mesure visant à garantir la solidité des plus grandes institutions financières du pays.
Pour le Tchad, ainsi que pour l'ensemble de la Cemac, la mise en œuvre de réformes similaires s’avère cruciale. Ces efforts permettraient non seulement de renforcer la stabilité du secteur bancaire, mais aussi de favoriser le développement économique de la sous-région. Alors que les réformes se dessinent à l’échelle régionale, le défi reste de taille pour les banques tchadiennes, qui devront relever leur niveau de capitalisation afin de répondre aux exigences de plus en plus strictes des régulateurs.



