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Africa CEO forum: à Kigali, les propositions de Oligui Nguema pour faire émerger des champions économiques africains.

À Kigali, en marge de la 13e édition de l’ Africa CEO Forum, les présidents gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et nigérian Bola Ahmed Tinubu ont livré un plaidoyer appuyé en faveur d’une souveraineté économique africaine fondée sur l’industrialisation locale, l’intégration régionale et la mobilisation des capitaux africains.

Publiée dimanche 17 mai 2026 à 11:57:35Modifiée dimanche 17 mai 2026 à 11:58:34Temps de lecture 5 minPar EcoMatin

«Bola Ahmed Tinubu (Nigeria) et Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), interviennent à l’Africa CEO Forum, à Kigali, le 14 mai 2026. ©️ Site internet Jeune Afrique

À Kigali, le ton était résolument offensif. Face à un environnement international marqué par des tensions géopolitiques, les guerres commerciales et la bataille mondiale autour des minerais critiques, le président du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, et son homologue du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema, ont défendu la même conviction que l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter ses matières premières sans en capter la valeur ajoutée. Lors d’un panel de haut niveau organisé le 14 mai dans le cadre de la 13e édition de l’Africa CEO Forum qui s’ était ouverte la veille dans la capitale rwandaise , Bola Tinubu a appelé les investisseurs étrangers à changer de posture vis-à-vis du continent. « Nous ne voulons pas de prédateurs. Nous ne voulons pas d’extracteurs. Nous voulons des investisseurs qui créent de la valeur », a lancé le président nigérian devant un parterre de plus de 2800 dirigeants économiques et politiques. Pour le chef de l’État nigérian, les récentes tensions autour de l’Iran et les menaces sur le détroit d’Ormuz rappellent la vulnérabilité persistante des économies africaines face aux chaînes d’approvisionnement mondiales. D’où, selon lui, l’urgence de renforcer les capacités industrielles locales et de transformer sur place les ressources naturelles africaines.

Dans cette logique, Bola Tinubu a pris l’exemple de Dangote Group et de sa méga-raffinerie d’une capacité de 650.000 barils par jour construite il y a deux ans au Nigeria. Il a présenté ce complexe pétrochimique comme l’illustration d’une industrialisation portée par des capitaux privés africains. « Personne ne peut sortir du métal du Nigeria sans créer de valeur », a-t-il insisté, défendant le soutien apporté par son gouvernement au projet, notamment à travers l’approvisionnement en pétrole brut libellé en naira afin de réduire l’exposition du pays aux fluctuations du marché des changes. Pour Abuja, la capacité de raffinage domestique est devenue un enjeu stratégique pour la stabilité économique et sociale d’un pays de plus de 200 millions d’habitants. Bola Tinubu a ainsi plaidé pour une doctrine économique davantage centrée sur les intérêts africains. Après le « Nigeria first », slogan qui accompagne le projet de transformation économique de son pays, le président nigérian appelle désormais à un « Africa first ». « Pas en travaillant en silos, mais en collaborant avec ce que nous avons », a-t-il déclaré, estimant que les économies africaines demeurent trop fragmentées pour peser individuellement dans les rapports de force mondiaux.

Fédéralisme économique 

Le dirigeant nigérian a également insisté sur les prérequis indispensables à l’attractivité du continent, notamment la stabilité réglementaire, la transparence et la crédibilité institutionnelle. « L’investissement est très peureux », a-t-il résumé, rappelant que les capitaux fuient systématiquement les environnements instables ou imprévisibles. Mais c’est surtout l’intervention du président gabonais qui a marqué les esprits par son plaidoyer en faveur d’un véritable fédéralisme économique africain. Brice Clotaire Oligui Nguema a invité les États africains à s’inspirer du modèle européen pour construire leur propre puissance industrielle et géopolitique. Citant l’euro, l’espace Schengen, Airbus ou encore les politiques industrielles coordonnées de l’Union européenne, le président gabonais a expliqué que les Européens avaient réussi à dépasser leurs rivalités nationales pour bâtir des outils communs capables de rivaliser avec les grandes puissances mondiales. « Les pays européens ont en commun une entreprise aéronautique, Airbus. Air France, qui s’est développée, est devenue KLM. Ils ont aussi des politiques communes sur l’acier, l’industrie ou encore l’agriculture », a-t-il souligné. Avant d’ajouter : « Nous devons nous aussi construire nos alliances économiques africaines si nous voulons devenir un continent puissant ». 

À travers cette sortie, Oligui Nguema défend l’idée d’une mutualisation des capacités industrielles, financières et logistiques du continent afin de faire émerger de véritables champions régionaux. Une vision qui rejoint l’esprit même de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), encore freinée par des barrières réglementaires, des coûts logistiques élevés et la faiblesse des échanges intra-africains. Au-delà des discours, les interventions des deux chefs d’État traduisent une évolution du logiciel économique africain. Longtemps cantonné au rôle de fournisseur de matières premières, le continent cherche désormais à reprendre la main sur ses chaînes de valeur stratégiques, qu’il s’agisse des minerais critiques, de l’énergie, de l’agro-industrie ou des infrastructures numériques. Cette volonté intervient dans un contexte international de plus en plus concurrentiel. 

Plusieurs analystes présents à Kigali ont d’ailleurs alerté sur le risque de voir les grandes puissances multiplier les accords bilatéraux avec certains États africains riches en ressources, au détriment d’une approche continentale coordonnée. Dans les couloirs du forum, un message revenait avec insistance : sans intégration régionale, sans industrialisation locale et sans champions africains capables de changer d’échelle, le continent continuera d’exporter ses richesses tout en important la valeur créée ailleurs.

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