Réuni en session disciplinaire le 3 août 2026 à Libreville, le Collège de la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (Cosumaf) a prononcé deux décisions de retrait d'agrément : la première contre le conseiller en investissements financiers congolais Axiome Capital, la seconde contre la société de bourse Premium Capital Securities (PCS). Dans les deux décisions disciplinaires consultées par EcoMatin, l'agrément du dirigeant a également été retiré et un liquidateur sera désigné.
Axiome Capital, sans activité pendant plus de six mois
Agréée le 31 mars 2023 sous le numéro Cosumaf-CIF-01/2023, la société Axiome Capital, basée à Brazzaville, avait pour gérant Attendu Bogalys Mboussa Galibayi, lui-même agréé dirigeant le même jour. Le 30 avril 2025, ce dernier a informé la Cosumaf de sa nomination à la présidence de la République congolaise, au département des hydrocarbures, et de son impossibilité de continuer à exercer sa fonction. Le régulateur lui a répondu le 11 juin 2025 que ce départ entraînait de facto la perte de son agrément, et a mis en demeure la société de désigner un nouveau dirigeant.
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La Cosumaf rappelle qu'aux termes de l'article 168 (3) du règlement du 21 juillet 2022, elle « peut retirer son agrément à tout intermédiaire de marché qui n'a fourni aucun service ou n'a exercé aucune activité pendant une période de six (6) mois ». Il ressort du dossier qu'aucune réponse n'a jamais été apportée aux multiples relances du régulateur, et que la société n'a exercé aucune activité depuis le départ de son dirigeant.
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Cette mise en demeure est restée sans réponse malgré cinq relances de la Cosumaf entre juillet et octobre 2025. La société n'a pas non plus réglé sa redevance annuelle, fixée à 1 million de FCFA, au titre des exercices 2025 et 2026, et n'a transmis ni cartographié des risques, ni rapport de contrôle interne, ni rapport relatif à la lutte contre le blanchiment de capitaux. N'ayant pas comparu à l'audience du 3 août 2026 malgré une convocation régulière, la société a été jugée par décision réputée contradictoire.
Premium Capital Securities : une accumulation de manquements
Chez Premium Capital Securities, agréée depuis décembre 2021 et dotée d’un capital de 300 millions de FCFA, la décision fait suite à un contrôle effectué du 22 au 25 juillet 2025. La Cosumaf y a relevé une série d’irrégularités touchant aussi bien la gouvernance et l’actionnariat que le contrôle interne, les ressources humaines, le reporting réglementaire et la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Mais c’est surtout le modèle d’activité de la société qui a retenu l’attention du régulateur. Au titre de l'exercice 2024, la société n'a réalisé qu'une seule opération sur le marché financier, l'exécution d'un ordre d'achat portant sur 70 actions de la Société commerciale gabonaise de réassurance (SCG-Ré), pour un montant de 1 470 000 FCFA , concentrant plus de 95 % de son activité de conservation sur le marché monétaire. La décision rappelle que l'article 250 du Règlement général de la Cosumaf impose aux intermédiaires de marché « de consacrer au moins soixante-dix pour cent (70 %) de leur activité aux services d'investissement pour lesquels ils ont été agréés », et conclut que ce « déséquilibre… est en décalage avec sa mission principale d'intermédiation sur le marché financier ».
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Les griefs ne s’arrêtent pas là. Premium Capital avait également modifié ses statuts, transféré son siège et changé son actionnariat sans obtenir au préalable l’autorisation de la Cosumaf. Le régulateur indique notamment que, le 18 novembre 2024, la totalité des actions détenues par Devic Paul I. Kinga Sathoud a été cédée à Yannick Michael Mefane sans son feu vert. La société a invoqué, pour certaines formalités, une erreur du greffe qu’elle s’était engagée à régulariser, argument qui n’a pas été retenu par la Cosumaf. Le contrôle a par ailleurs constaté l’absence d’assemblées générales pour les exercices 2022 et 2023 et de procès-verbaux des conseils d’administration correspondants. Il relève également que les fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général étaient exercées par Yannick Michael Mefane, alors que le régulateur exige une séparation de ces fonctions.
Violation des obligations
Le 8 avril 2026, PCS a informé la Cosumaf que Yannick Michael Mefane, élu député à l'Assemblée nationale gabonaise le 18 octobre 2025, avait démissionné de ses fonctions de directeur général et de président du conseil d'administration, remplacé respectivement par Anicet Edzang Mba et Jacques Bouity. La Cosumaf a toutefois estimé que ces mesures, intervenues après la période contrôlée, restaient sans incidence sur la caractérisation des manquements constatés. Les deux sociétés et leurs dirigeants disposent d'une voie de recours dans les conditions prévues à l'article 289 du règlement de la Cosumaf. Dans le dossier PCS, le Collège rappelle que les demandeurs d'agrément souscrivent, lors de leur dossier initial, « un engagement de veiller, en toute circonstance, au respect des dispositions législatives et réglementaires » des « obligations » que la décision juge avoir été « délibérément violées par la société mise en cause ».
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Ce n’est pas la première vague de retraits d’agréments décidée par la Cosumaf. En décembre 2024, le régulateur avait déjà exclu quatre conseillers en investissements financiers : Obasam Emry Consulting, Kamax & Ace Investment Consulting et Yellow Card au Cameroun, ainsi que Tecson Conseil au Gabon. Leurs dirigeants avaient également perdu leurs agréments.











