Pilotée par la Sénégalaise Aminata Kane, la stratégie africaine de Visa pourrait connaître un tournant en Afrique centrale. Selon des informations obtenues par EcoMatin, le géant américain des paiements électroniques étudie l’ouverture d’un bureau de représentation au Cameroun. S’il se concrétise, ce projet constituerait la première implantation physique du groupe dans la zone CEMAC, où Visa opère jusqu’ici principalement à travers des partenariats bancaires et des dispositifs transfrontaliers pilotés depuis l’Afrique de l’Ouest. L’un des objectifs étant de se rapprocher des réalités locales, dans un marché régional dominé par la montée du mobile money et l’émergence des fintechs.
Le Sénégal en ligne de mire
Ainsi, le projet d’implantation d’un bureau au Cameroun s’inscrirait dans une stratégie de densification du maillage africain du groupe. Présent dans 23 marchés d’Afrique de l’Ouest et du Centre à travers quatre hubs régionaux notamment à Abidjan (Côte d’Ivoire), Accra (Ghana), Lagos (Nigeria) et Kinshasa (RDC), Visa chercherait désormais à renforcer sa présence opérationnelle dans des marchés jugés stratégiques mais encore peu couverts physiquement. Dakar apparaît d’ailleurs comme le projet le plus avancé. Le 10 mars 2026, un accord stratégique a été engagé entre le gouvernement sénégalais et la direction régionale de Visa pour l’ouverture d’un bureau de représentation dans la capitale sénégalaise. L’objectif affiché est d’accélérer les partenariats avec les banques, opérateurs télécoms et fintechs, notamment autour des portefeuilles numériques et des solutions de paiement mobile.
Lire aussi : Paiements : Visa s’allie à Afriland First Bank pour accélérer l’inclusion financière au Cameroun
Pour le Cameroun, en revanche, le projet demeure entouré de discrétion. Aucune annonce officielle n’a été faite par l’entreprise. Les tentatives d’EcoMatin pour entrer en contact avec le groupe afin d’obtenir une confirmation officielle sont restées vaines. Cette prudence illustre la sensibilité d’un marché où les infrastructures de paiement restent fragmentées, malgré une forte progression des usages numériques. Selon des estimations du secteur, plus de 500 millions d’Africains demeurent exclus du système bancaire traditionnel, un potentiel considérable que Visa entend capter dans le cadre de son engagement d’investir 1 milliard de dollars en Afrique d’ici 2027 pour soutenir l’inclusion financière.
L’intérêt croissant du groupe pour l’Afrique centrale intervient dans un contexte de recomposition accélérée des infrastructures de paiement régionales. Le partenariat conclu récemment entre GIMAC et Visa marque une étape importante dans cette dynamique. Les deux institutions veulent renforcer l’interopérabilité des paiements, développer les flux liés au commerce électronique et moderniser les paiements publics dans la CEMAC. À travers son réseau GIMACPAY, le GIMAC revendique déjà 40 millions de portefeuilles électroniques actifs et plus de 2,7 millions de cartes bancaires. Pour Visa, ce partenariat ouvre un accès stratégique à l’un des rares écosystèmes régionaux de paiement encore largement dominé par le cash, mais désormais engagé dans une transition accélérée vers les transactions numériques.

