Depuis quelques semaines, des rumeurs insistantes annoncent l’augmentation unilatérale du prix de la bière au Cameroun, poussant le ministre du Commerce à sortir de sa réserve pour rappeler les principes régaliens qui encadrent l’augmentation des prix de cette denrée au Cameroun, non sans mettre sous scellés, des dizaines de débits de boissons dans la ville de Yaoundé. Pour rassurer l’ensemble des consommateurs et surtout éviter toute équivoque avec les lois de la République, Boissons du Cameroun, pointée du doigt par l’opinion publique, a tenu à apporter des clarifications à la situation.
De fait, il s’agit d’une opération qui consiste à atomiser le poids des charges autrefois uniquement et exclusivement supportées par les brasseurs. Les sociétés brassicoles opérant au Cameroun, notamment la société anonyme Boissons du Cameroun S.A et Guinness Cameroun SA ont été contraintes au regard du contexte inflationniste, à instaurer à destination des distributeurs, des frais de chargement pour la manutention, le contrôle et la mise à disposition des bouteilles de bières et alcools mix en verre consigné. Car, faut-il le souligner, depuis 2021, les producteurs de boissons supportent seuls les impacts du contexte inflationniste
Manœuvre dolosive
Il se trouve en réalité que depuis plusieurs années, les détaillants commercialisent la bière et les alcools mix avec des prix majorés ; et les distributeurs facturent des frais d’enlèvement aux tenanciers des débits de boisson. En d’autres termes, les distributeurs font payer aux détaillants dans les dépôts, des frais de chargement pour la manutention, le contrôle et la mise à disposition des bouteilles de bières depuis des années, alors que ceux-ci n’étaient pas appliqués aux distributeurs par les brasseurs. Les distributeurs, détenteurs de dépôts de boissons, les imputaient aux détaillants qui les payaient tout naturellement. L’instauration des frais de chargement vise donc à rétablir une certaine équité dans la filière en faisant désormais payer aux distributeurs des frais qu’ils appliquent aux détaillants depuis des années sans que les brasseurs ne les leur imputent.
Du coup, en un mot comme en mille, il n’y a pas, au sens de ce mécanisme interne entre les brasseurs et les distributeurs, de hausse du prix de la bière et des alcools mix au Cameroun. Le ministère du Commerce étant, au sens des textes en vigueur, la seule autorité habilitée à homologuer préalablement toute augmentation du prix des boissons au Cameroun.
Par l’appel au respect des textes qui encadrent la fixation des prix de la bière au Cameroun, les acteurs de la chaîne de distribution sont-ils obligés de travailler à mettre tout en œuvre, pour la préservation de la stabilité des prix.
Il est question par cette opération, de tordre le cou à toute opération mercantile ou manœuvre spéculative visant à entretenir ou doper l’inflation dans le pays. C’est pourquoi les entreprises brassicoles ont annoncé qu’elles se tiennent aux côtés des pouvoirs publics pour tout mettre en œuvre afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages tout en garantissant la soutenabilité de cette filière qui a une contribution significative à l’économie du pays, à travers le développement de la filière agro-industrielle et des emplois.
Répression
Le 5 novembre dernier, le brasseur avait indiqué dans un communiqué, avoir réaménagé sa politique commerciale vis-à-vis de ses distributeurs face aux majorations de prix pratiqués sur le marché depuis des années. Une majoration qui a fait passer la bouteille de bière et autres alcools mix à 700 Fcfa au lieu de 650Fcfa, qui représentent, en réalité, le prix public conseillé dans les débits de boisson et autres ventes à emporter.
Face au mécanisme mis en place par les brasseurs, les distributeurs ont trouvé le moyen d’augmenter de 600 Fcfa le prix du casier de bières et d’alcools mix de 12 bouteilles, faisant ainsi croire à une hausse des prix de la bière décidée et dictée par la SABC. Résultats : les détaillants ont à leur tour décidé de répercuter ce relèvement des prix dans les dépôts aux clients en faisant passer la bouteille de bière ou d’alcools mix à 750 Fcfa dans les débits de boisson depuis le 1er novembre au lieu des 700Fcfa communément admis.
Conséquence, le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, a énergiquement réagi en instruisant un déploiement sur le terrain en vue de réprimer, avec fermeté et sans la moindre concession ni faiblesse, toute hausse du prix de la bière ou des boissons hygiéniques. Car, a-t-il rappelé dans son communiqué, « toute révision des prix dans ce secteur est strictement encadrée par la réglementation en vigueur et nécessite une homologation préalable de l'administration ».
Équité
D’autant plus, souligne le ministre, que « les relations contractuelles entre la SABC et son circuit de distribution n'ont en effet aucun lien avec le prix public des boissons concernées, qui ne peut être modifié que par les pouvoirs publics ». D’où la pose des scellés observés dans nombre de débits de boisson de Yaoundé. Ainsi qu’on le voit, la démarche de la société vise « à protéger le pouvoir d'achat des ménages, tout en garantissant la pérennité de la filière brassicole qui contribue de manière significative à l'emploi, au développement d'une filière agro-industrielle locale et in fine à l'économie camerounaise.



