La fintech américaine Wave, qui a déjà bouleversé l’écosystème du paiement mobile en Afrique de l’Ouest avec sa politique de frais quasi-nuls, a officiellement posé ses valises au Cameroun il y a quelques semaines. Soutenue par Commercial Bank Cameroun (CBC), et forte de l’aval du régulateur bancaire régional (COBAC), la solution sera lancée dans un premier temps comme service de paiement électronique. Dépôts et retraits sans frais, transferts limités à 1% du montant envoyé, paiement gratuit de factures : le modèle disruptif de Wave en zone UEMOA, fait planer la menace d’une redistribution des cartes sur un marché camerounais où Orange et MTN contrôlent plus de 90% des transactions.
Pour diriger ses opérations locales, Wave a recruté Joël Bertrand Awono Ndjodo (49 ans), un expert camerounais au profil international, qui prend les rênes comme Country Manager. Sa nomination marque un signal fort : la start-up américaine mise sur une stratégie d’ancrage local pour pénétrer un marché réputé complexe mais en pleine effervescence.
Orange mise sur la digitalisation intégrale
Chez Orange Cameroun, la riposte ne s’est pas fait attendre. En septembre 2025, l’opérateur a annoncé une baisse historique de ses frais de retrait à 1% sur tout montant, contre 1,5% précédemment. Cette mesure s’applique aux transactions effectuées via le QR Code de l’application Max it, et intègre déjà la taxe de 0,2% sur les transferts d’argent, outre le prélèvement de 4 FCFA prévue dans la loi de finances 2025. « Il s’agit d’une baisse durable qui reflète notre volonté d’encourager l’usage du digital et de rendre nos services accessibles au plus grand nombre. Cette innovation s’inscrit dans une logique d’inclusion financière et de simplification des usages », confie un cadre d’Orange Cameroun contacté par EcoMatin.
L’application Max it devient désormais le pivot du modèle Orange Money. L’entreprise incite ses abonnés à l’utiliser en rendant plus coûteuses et contraignantes les opérations effectuées hors application. Objectif : réduire les coûts d’exploitation liés aux points physiques, capter des données clients et enrichir l’expérience utilisateur.
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Derrière la guerre des prix, Orange orchestre une véritable refonte de son offre : paiements d’énergie et d’eau, abonnements TV, assurances, recharges téléphoniques, transferts bancaires, tout converge dans une interface unifiée. « Nous voulons transformer durablement l’expérience client et en faire un levier d’inclusion financière à moindre coût », confie un cadre d’Orange Cameroun.
Cette approche, inspirée du modèle des “super-apps” asiatiques, traduit une ambition : passer du simple transfert d’argent à un écosystème financier complet, capable de retenir les utilisateurs face à la simplicité redoutable de Wave.
MTN joue la carte de la diversification des usages
MTN Cameroun, pour sa part, avance à pas plus mesurés mais selon une logique complémentaire. Après sa campagne “Zéro Frais” sur les paiements de factures, impôts et frais de scolarité, l’opérateur sud-africain a réduit de 25 % ses frais de transfert et de retrait en octobre dernier. Mais au-delà de la bataille tarifaire, MTN capitalise sur sa plateforme MoMo pour étendre ses usages : paiements fiscaux, commerce électronique, règlement de services publics, voire transactions transfrontalières.
Sa priorité est claire : construire un écosystème d’interopérabilité qui relie opérateurs, banques et entreprises. Cette stratégie lui permet d’élargir son offre de services tout en fidélisant les clients institutionnels et les commerçants. « La valeur ne se joue plus uniquement sur le coût du transfert, mais sur la capacité à intégrer les usages du quotidien », explique un observateur du secteur.
Un marché en forte croissance
Au Cameroun, la guerre des tarifs n’est pas un simple effet d’annonce : elle se joue sur un marché en pleine explosion. Entre 2019 et 2023, le volume des transactions mobile money au Cameroun a bondi de 162%, passant de 9 271 milliards FCFA à 24 331 milliards FCFA. Le nombre de comptes actifs a atteint 24,2 millions, pour près de 2,4 milliards d’opérations annuelles. Avec plus de 190 000 points de service, le mobile money est devenu l’ossature de l’inclusion financière dans le pays, touchant toutes les couches sociales.
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C’est cette dynamique que Wave entend capter, en répliquant la recette qui a fait son succès au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Mali : des frais quasi-nuls, une application mobile intuitive et une stratégie de massification via des partenariats bancaires.
Pour les consommateurs camerounais, cette guerre des prix est une aubaine, mais elle n'est pas sans interrogation : comment les opérateurs absorberont-ils la baisse de leurs marges ? Quels modèles économiques alternatifs (publicité, services financiers à valeur ajoutée, microcrédit) seront déployés pour compenser cette érosion des revenus ?



