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Banques et Finance

CEMAC : les banques consacrent près de la moitié de leur trésorerie aux titres publics des Etats en 2024

Rentables et peu contraignants à court terme, les titres publics captent désormais près de la moitié de la trésorerie bancaire en CEMAC en 2024. Une orientation qui dope les résultats des banques, mais accentue l’éviction du crédit aux PME et accroît la vulnérabilité du système financier face au risque souverain.

Publiée vendredi 19 décembre 2025 à 10:47:43Modifiée vendredi 19 décembre 2025 à 10:48:36Temps de lecture 4 minPar Arthur WANDJI

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Le siège de la BEAC au Cameroun

Dans la zone CEMAC, la dépendance croissante des banques vis-à-vis des États atteint un nouveau seuil. Selon le rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025-2026 de la Commission de la CEMAC, près de 48,8% des emplois de trésorerie du secteur bancaire ont été consacrés en 2024 à la souscription de titres publics. Alors que la trésorerie nette des banques de la sous-région est ressortie excédentaire de 8 245 milliards FCFA (33% du total du bilan) à fin décembre, soit une augmentation de 10,2% sur douze mois, cette orientation confirme une tendance de fond : l’exposition du secteur bancaire au risque souverain représente désormais 32% du total des actifs, contre 31% en 2023, 23,5% en 2019 et à peine 10% en 2015. Plus préoccupant encore, dans plusieurs établissements, cette exposition dépasse déjà 50% des actifs, traduisant un appétit croissant pour la signature des États.

Lire aussi : CEMAC : 61 % des prêts bancaires absorbés par les Etats, selon la COBAC

Cette stratégie s’explique d’abord par des considérations de rentabilité et de gestion du risque à court terme. Les bons et obligations du Trésor offrent des rendements réguliers, une charge opérationnelle limitée et un traitement prudentiel historiquement favorable. La Commission souligne que cette surexposition au risque souverain a contribué de manière significative à la performance financière du secteur bancaire en 2024. Le résultat net agrégé des banques a progressé de 13%, porté par une hausse de 9% du produit net bancaire. Trois pays (le Cameroun, le Congo et le Gabon) concentrent l’essentiel de cette dynamique, avec 85% du PNB et 91% du résultat net du marché, reflet à la fois de leur poids économique et de leur recours accru à l’endettement public financé localement.

Exposition des banques

Mais ce choix, rentable à court terme, modifie profondément l’allocation du crédit. Les données de la COBAC montrent que les expositions brutes des banques sur les trésors publics ont atteint 7 642 milliards de FCFA en 2024, soit 405% des fonds propres nets, un niveau très largement supérieur à la norme prudentielle communautaire de 25%. En treize ans, les financements accordés aux États sont passés de 509 milliards de FCFA en 2011 à 5 752 milliards en 2024. Entre 2017 et 2024, la part des États dans les crédits bancaires bruts est ainsi passée de 24% à 61%, consacrant un basculement structurel des portefeuilles au détriment de l’économie réelle, en particulier des PME et des ménages.

Risques pour le secteur bancaire

Cette concentration renforce les vulnérabilités du système financier. Dans des économies fortement dépendantes des recettes pétrolières et des matières premières, la santé des banques devient étroitement liée à celle des finances publiques. La Commission identifie plusieurs risques majeurs : le risque de contrepartie, en cas de tensions de trésorerie des États ; le risque de liquidité, les titres publics étant difficiles à céder rapidement sur un marché secondaire peu profond ; le risque de maturité, lié à l’allongement des échéances souveraines dans les bilans bancaires ; et le risque de contagion, susceptible de fragiliser simultanément plusieurs établissements en cas de choc budgétaire.

Conscients de ces dérives, les régulateurs ont commencé à resserrer le cadre prudentiel. Depuis octobre 2024, la COBAC applique des pondérations de risque modulées selon le respect par les États des critères de convergence communautaires. Les premiers effets sont visibles : la participation des banques aux émissions de titres publics est tombée à 22,3% en janvier 2025 puis à 16,1% en février, contre 31% deux ans plus tôt. Pour la Commission, la Banque mondiale et le FMI, l’enjeu est désormais clair : rééquilibrer durablement le financement en faveur du secteur privé afin de soutenir la croissance et d’éviter qu’un choc de dette souveraine ne se transforme en crise bancaire régionale.

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