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Dahlia Khalifa : « la SFI veut doubler ses financements à 500 million $ au Cameroun d’ici fin 2025 »

Présente au Cameroun pour une mission stratégique de quatre jours, Dahlia Khalifa, Directrice Régionale de la Société Financière Internationale (SFI) pour l’Afrique Centrale et l’Afrique de l’Ouest anglophone, revient sur les ambitions de cet organe de la Banque mondiale en faveur du secteur privé camerounais. Dans cet entretien, elle évoque également les défis à relever pour améliorer l’environnement des affaires et favoriser l’essor des entreprises locales.

Publiée jeudi 3 avril 2025 à 18:22:16Modifiée jeudi 3 avril 2025 à 19:58:24Temps de lecture 7 minPar Arthur WANDJI

Dahlia Khalifa, Directrice Régionale de la SFI pour l’Afrique Centrale et l’Afrique de l’Ouest anglophone

Vous venez d’effectuer une visite de quatre jours au Cameroun. Quels étaient les objectifs de cette mission ? Avez-vous le sentiment de les avoir atteints ?

Ma visite au Cameroun avait plusieurs objectifs, et cette semaine a été particulièrement intense. J’ai eu l’honneur d’accueillir le gouverneur de la région du Littoral dans nos nouveaux bureaux à Douala, où il a procédé à l’inauguration officielle. Cet événement symbolise l’expansion significative de l’IFC au Cameroun, notre effectif ayant triplé dans le pays pour mieux accompagner la croissance du secteur privé.

En parallèle, nous avons intensifié nos engagements financiers. À ce jour, nous avons investi près d’un quart de milliard de dollars dans le secteur privé camerounais. Notre ambition est de doubler ce montant d’ici la fin de l’année pour atteindre un demi-milliard de dollars et continuer cette progression dans les années à venir. Cette montée en puissance explique pourquoi nous avons renforcé notre présence sur le terrain.

Durant mon séjour, nous avons également conclu plusieurs accords avec des entreprises privées et des banques. Nous avons, par exemple, signé un accord de financement avec FAC, une entreprise camerounaise reconnue pour la production de jus de fruits, de yaourts et d’autres produits alimentaires. Ce financement leur permettra d’élargir leur présence sur le marché national et d’accroître leur distribution à travers tout le pays.

Notre ambition est de doubler ce montant d’ici la fin de l’année pour atteindre un demi-milliard de dollars et continuer cette progression dans les années à venir.

Par ailleurs, nous avons conclu un partenariat avec Afriland First Bank, portant sur un financement de 60 millions de dollars. Cette enveloppe vise à faciliter l’accès au crédit pour les PME, avec une attention particulière aux entreprises dirigées par des femmes. Nous avons en effet fixé une exigence : au moins 25% de ces fonds doivent être alloués aux PME féminines. Nous sommes convaincus que les entrepreneures et les entreprises dirigées par des femmes constituent un moteur de croissance qui mérite d’être davantage soutenu.

Lire aussi : Afriland First Bank obtient 37 milliards FCFA de la SFI pour financer les PME camerounaises

Nous avons également signé un partenariat avec l’Agence de promotion des PME pour offrir un appui non financier aux petites et moyennes entreprises. L’accès au financement est crucial, mais il ne suffit pas. Les PME ont aussi besoin de formations, d’expertise et d’accompagnement. Grâce à cet accord, nous aiderons au moins 500 PME, dont un tiers sont dirigées par des femmes, à renforcer leurs compétences et à améliorer leur compétitivité.

Enfin, nous avons eu des discussions très productives avec les autorités camerounaises afin d’aligner notre stratégie sur les priorités du pays en matière de développement économique. Nous concentrons nos interventions sur les secteurs clés que sont les infrastructures, l’agriculture, l’industrie manufacturière, la finance et, bien sûr, les PME.

Rendu au terme de cette mission, quel regard portez-vous sur le secteur privé camerounais en termes de dynamisme et de résilience ?

Le secteur privé camerounais est l’un des plus dynamiques que j’ai eu l’occasion d’observer dans la région. Il se distingue par son esprit d’initiative, son innovation et sa vision. Cependant, nous savons que ces qualités, bien que fondamentales, ne suffisent pas à garantir le succès. D’autres éléments sont nécessaires pour permettre au secteur privé de saisir pleinement les nombreuses opportunités qu’offre le pays.

Lire aussi : Produits laitiers/Jus de fruit : Martin Ngouchet obtient 1,3 milliard FCFA de l’IFC pour muscler sa production au Cameroun

Le Cameroun est un pays doté d’immenses richesses, tant en ressources naturelles qu’en capital humain. À la Société Financière Internationale (SFI), nous sommes convaincus que l’apport d’un soutien financier, qu’il s’agisse de prêts, de financement par la dette ou d’investissement en capital, est un levier essentiel pour permettre aux entreprises – des Petites et Moyennes Entreprises (PME) aux Grandes Entreprises (GE) – d’accéder aux ressources nécessaires à leur expansion.

Nous aiderons au moins 500 PME, dont un tiers sont dirigées par des femmes, à renforcer leurs compétences et à améliorer leur compétitivité.

Mais la croissance d’un secteur privé florissant repose également sur d’autres piliers : le renforcement des capacités, l’accès aux connaissances, aux informations et aux marchés. Tous ces éléments sont indispensables au développement des entreprises. À cet égard, je peux affirmer que le secteur privé camerounais est en bonne santé, et nous espérons poursuivre notre collaboration afin de l’aider à réaliser pleinement son potentiel.

Quelle est la stratégie de l’IFC au Cameroun ?

Notre stratégie repose sur deux axes majeurs : accroître notre présence humaine au Cameroun et augmenter nos engagements financiers et techniques en faveur du secteur privé. Le Cameroun occupe une position centrale en Afrique centrale et dispose d’importantes ressources. Tout ce que nous pouvons apporter pour soutenir cette croissance est donc essentiel. Au final, ce qui compte le plus, c’est la création d’emplois. Notre stratégie est avant tout axée sur cet enjeu. En collaborant avec le secteur privé, notre objectif est de l’aider à générer davantage d’emplois, car c’est là que réside le véritable moteur du développement économique.

Quels sont les principaux freins à l’investissement privé au Cameroun ? Et quelles réformes pourraient être mises en place pour améliorer l’environnement des affaires ?

Nous entretenons un dialogue régulier avec le secteur privé, les pouvoirs publics et d’autres partenaires. Notre constat est que le gouvernement camerounais est fortement engagé dans la modernisation de l’économie et la création d’un environnement favorable au développement du secteur privé.

Plusieurs leviers peuvent être activés pour y parvenir. Il est essentiel d’avoir un cadre réglementaire qui facilite la création, la croissance et l’exploitation des entreprises. Cela implique de simplifier les démarches administratives pour obtenir des licences, déclarer ses impôts ou remplir d’autres obligations. Une digitalisation accrue des processus est un élément clé pour y parvenir. Nous comptons d’ailleurs poursuivre notre collaboration avec les autorités sur cette question.

Il est essentiel d’avoir un cadre réglementaire qui facilite la création, la croissance et l’exploitation des entreprises.

Un autre enjeu crucial est l’intégration du secteur informel dans l’économie formelle. Une grande partie des PME opèrent en dehors du cadre réglementaire, ce qui limite leur accès au financement et à d’autres opportunités de croissance. Plus l’environnement des affaires sera simplifié, plus ces entreprises auront intérêt à se formaliser. Cela contribuera non seulement à élargir la base fiscale du pays, mais aussi à créer davantage d’emplois avec de meilleures protections pour les travailleurs.

Lire aussi : Cameroun : l'IFC projette 300 milliards FCFA d’investissements entre 2025 et 2027

Toutes ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique vertueuse qui permettra au secteur privé camerounais de se renforcer et de jouer pleinement son rôle de moteur du développement économique.

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