Dans une récente analyse, l’agence de notation Moody’s a estimé que l’échange volontaire de dette réalisé par le Gabon le 28 avril dernier pourrait avoir un impact négatif sur la notation de crédit du pays. « L'échange atténuera les risques immédiats de remboursement de la dette. Cependant, nous considérons que l'opération, qui impose une perte financière aux investisseurs et intervient dans un contexte de contraintes de financement persistantes, est un échange en difficulté et donc un défaut selon notre définition ».
Moodys se montre donc plus regardant que son confrère Fitch qui, le 8 mai dernier, a considéré que ce reprofilage n’était point un échange de dette en détresse (Distressed Debt Exchange). Fin avril, les autorités gabonaises ont, en effet, annoncé la finalisation d’une opération de gestion du passif portant sur des titres émis sur le marché régional. Dans le cadre de cette transaction à laquelle ont participé les bailleurs de fonds multilatéraux et plusieurs banques commerciales, Libreville est parvenu à mobiliser avec succès 1 400 milliards FCFA, dont 592 milliards de FCFA de reprofilage de la dette émise sur le marché public de la CEMAC ; 473 milliards de FCFA de titrisation d’un portefeuille de créances bancaires hors marché et 338 milliards de FCFA de mobilisation de ressources nouvelles.
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Selon le gouvernement gabonais, ces manœuvres ont généré 494 milliards FCFA d’économies sur le service de la dette. De surcroît, Libreville s’est délesté de sa future euro-obligation de 605 millions de dollars (juin 2025) à un prix proche du pair, grâce aux produits de ses émissions régionales et à un placement privé de quatre ans à coupon 9,5 %, conclu en février 2025.
Pour autant, Moody’s prévient que la politique budgétaire expansionniste déployée depuis le coup d’État d’août 2023 – hausse des dépenses sociales, renforcement de la masse salariale publique, investissements publics massifs et acquisition d’actifs pétroliers auprès d’Assala Energy et Tullow Oil – creuse les besoins de financement. La part des recettes pétrolières, qui représente entre 40 et 50 % des ressources de l’État depuis 2020, reste vulnérable aux fluctuations des prix du baril.
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L’agence de notation attire aussi l’attention sur l’absence d’un programme du FMI et le durcissement des conditions d’emprunts sur le marché domestique. La pondération de risque portée à 100 % pour les titres gabonais par le régulateur bancaire en octobre 2024 a réduit l’appétit des banques de la CEMAC et restreint l’accès aux marchés. Ces tensions ont favorisé l’apparition de nouveaux arriérés, fragilisant davantage la confiance des investisseurs. « Ce changement a réduit l'appétit des banques régionales pour les titres d'État gabonais et a encore restreint l'accès au financement. Ces pressions ont contribué à l'accumulation de nouveaux arriérés, un problème de crédit récurrent pour le Gabon, dans la période précédant l'opération Mouele ».
Sur le plan politique, la transition engagée semble encore incertaine. L’élection présidentielle du 12 avril, qui a porté le général Brice Oligui Nguema à la présidence avec 94,8 % des voix dans le cadre d’une nouvelle Constitution et d’un nouveau code électoral, marque une étape, mais ne dissipe pas les craintes d’un retour à un régime autoritaire. Moody’s estime que le rétablissement durable de la confiance dépendra de progrès tangibles vers un retour complet à l’ordre constitutionnel et d’un soutien multilatéral accru.
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