L'agence de notation américaine Moody’s a décidé d’attribuer au Gabon, le 14 juin dernier, la note « Caa2 stable » au lieu de « Caa1 négatif » auparavant. Ce qui signifie que, même si le Gabon présente encore « un risque très important de non-remboursement », il affiche des indicateurs tendant vers sa solvabilité. A cet effet, Moody’s écrit : « cela reflète la correction des comptes budgétaires après que le nouveau gouvernement de transition a découvert et intégré des dépenses extra budgétaires non enregistrées auparavant. Ces dernières ont été financées en grande partie par des arriérés intérieurs ».
Pour le ministère gabonais de l’Economie qui a réagi à travers un communiqué le 17 juin, « cette appréciation reflète essentiellement la correction des statistiques budgétaires entreprise par le gouvernement de transition dans sa volonté d’œuvrer pour plus de transparence afin de parvenir à une meilleure gouvernance économique ».
Dans sa quête de solvabilité, le ministère de l’Economie révèle que, du 1er septembre 2023 au 30 avril 2024, les remboursements de la dette publique conventionnée ont représenté 798 milliards de Fcfa dont 588,7 milliards de Fcfa en principal et 209,3 milliards de Fcfa en intérêts. Sur la même période, les tirages effectués se sont établis à 485 milliards de Fcfa, soit un désendettement net de 104 milliards de Fcfa au cours de cette période.
En dehors du champ de la dette, l'Agence Moody’s reconnaît la volonté des autorités de la Transition à œuvrer en faveur des populations. « Le gouvernement de transition cherche à répondre aux demandes refondées en matière sociale et d'investissement et aux attentes populaires », écrit l’agence. Elle souligne que, face au retard important en matière d'infrastructures, le gouvernement de Transition [depuis le 30 août 2023], en dépit des contraintes budgétaires, s'est appliqué à reprendre certains projets importants laissés en suspens et a engagé des nouveaux, dans les domaines de la route, de l'énergie et de l'eau.
Réaction et conséquences
Ce qui fait dire au ministère de l’Economie que, l’un des objectifs majeurs du gouvernement de la Transition consiste à mettre en place un cadre propice à l'amélioration de la mobilisation des recettes budgétaires, ainsi que l'efficacité de la dépense publique. « Tout en continuant dans la mise en œuvre de ses actions prioritaire en faveur des populations, le gouvernement s'emploie à œuvrer pour que les produits de la dette soient affectés aux projets y relatifs », commente le ministère.
Cette évolution positive de la note souveraine du Gabon auprès de l’agence Moody’s repositionne ainsi ce pays sur le marché financier comme un créancier doté d’une signature plus ou moins crédible. En effet, lorsqu’une entreprise ou un Etat subit une dégradation de sa note, cela a pour conséquence d’augmenter le coût de son financement et d’aggraver les difficultés de l’émetteur. Inversement dans le cas contraire. La notation joue donc de façon procyclique.
Au Gabon, s'agissant particulièrement de la dette publique, seuls les engagements de l'Etat ayant fait l’objet d’une convention de dette entre l'Etat et l’acteur concerné ainsi que les Obligations du Trésor, relèvent de la compétence de la Direction Générale de la Dette (DGD). Outre cette dette publique dont la DGD assure l’administration, le champ d’analyse de Moody’s reprend les chiffres corrigés à l’issue de la récente mission du Fonds monétaire international (FMI) en mai dernier et intègre certaines créances de l’État notamment la dette TVA, les instances du Trésor, les arriérés de salaires ainsi que les Bons du Trésor qui sont des engagements de trésorerie à court terme.
Cette différence dans la prise en compte des éléments constitutifs de la dette par chaque partie conduit à un taux d'endettement du Gabon estimé à 58,2% du PIB au 31 décembre 2023 pour ce qui concerne la dette administrée par la DGD et 70,5% du PIB selon l’approche étendue du FMI qui l'avait évalué à 63,5% en 2022.



