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Livre scolaire : comment le marché de l’impression a échappé aux imprimeurs locaux

Le Gouvernement avait recommandé au Conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques (Cnammd) en décembre 2020 de leur réserver 50% des parts du marché de la production pour le compte de l’année 2021. Et pourtant, il n’en est rien. Les éditeurs ont opté pour des commandes à l’étranger, au grand dam de ces imprimeurs qui se sont sentis floués.

Publiée mardi 24 août 2021 à 19:33:49Modifiée mardi 24 août 2021 à 19:33:52Temps de lecture 4 minPar Yannick KENNE

Imprimerie
Le ciel s’assombrit subitement pour les imprimeurs locaux

La rentrée scolaire est là. L’heure est aux préparatifs et l’ensemble du système éducatif est mobilisé à cet effet, des instances tutélaires aux parents et/ou élèves, en passant par les intervenants de la chaine de production des manuels scolaires et matériels didactiques. Une des problématiques à résoudre à l’occasion, est celle de la disponibilité du livre scolaire, qui a constitué l’année dernière un véritable casse-tête pour le Conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques (Cnammd). Etant donné la récurrence du problème, les imprimeurs locaux, réunis sous la coupole du Groupement interprofessionnel des imprimeurs et arts polygraphiques (Gipiap), ont cru devoir constituer une alternative pour le compte de l’année scolaire 2021-2022. Mais il n’en sera rien, puisque les éditeurs ont déjà adressé leurs commandes à l’étranger, au grand dam de ceux-ci, a appris EcoMatin.

Déni de competence

La proportion de 50% du marché de la production du livre qui leur avait été promise par le Conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques après recommandation du Premier ministre chef du gouvernement, leur a filée au bout des doigts. Les imprimeurs réfléchissaient pourtant à la mise en œuvre effective de la recommandation gouvernementale à leur bénéfice, et ont entrepris de mettre sur pied un cluster le 11 mars dernier, avec l’appui de l’Agence des petites et moyennes entreprises (Apme). « Le maitre d’œuvre doit être la confiance ensuite le professionnalisme. La politique du Premier ministre est non seulement de rendre le livre compétitif sur le plan financier mais aussi sur le plan qualitatif. Pour y parvenir, il ne faut pas entrer en compétition avec les collègues locaux mais plutôt avec ceux de l’extérieur. Si nous nous complétons, nous allons réussir. Nous produirons des livres de qualité », confiait alors François Kewou, directeur de la structure « Les grandes Editions Sarl », au journal Le Jour du vendredi 12 mars 2021.

Lire aussi : Education : 600 milliards de FCFA à glaner dans la rentrée scolaire

Sauf qu’à l’heure de l’implémentation de cette mesure, les imprimeurs locaux s’entendront dire du Conseil national d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques qu’ils ne disposent pas des capacités opérationnelles pour remplir cette mission, a-t-on appris d’une source au sein du Gipiap. « On n’a rien reçu. Même pas 1%. Le conseil d’agrément nous a réunis récemment avec les éditeurs à l’hôtel Djeuga de Yaoundé, et séance tenante, le président du conseil déclare publiquement que nous ne pouvons pas réaliser ce marché. Par la suite, le conseil nous a laissé en salle prétextant qu’il fallait qu’on trouve un terrain d’entente avec les éditeurs, tout en sachant que les éditeurs avaient déjà passé des commandes à l’étranger. Entretemps, les éditeurs disent qu’ils n’étaient pas au courant de la décision du premier ministre. On a réalisé qu’on avait été floués, et la réunion s’est terminée en queue de poisson », susurre notre informateur. Cette année encore, ils vont devoir subir le diktat des imprimeries étrangères, avec la bénédiction des éditeurs.

Lire aussi : Livre scolaire : les éditeurs locaux gagnent 75% du marché

Selon une enquête camerounaise sur les ménages (Ecam), réalisée en 2001 par l’institut national de la statistique (INS), plus de 90% du chiffre d’affaires généré par le manuel scolaire sont plutôt bénéfiques aux entreprises étrangères. Le Cameroun a ainsi déboursé près de 80 milliards en 2012 pour les comptes des éditeurs occidentaux contre 45 milliards en 2009. Il faut cependant préciser qu’avec les 50% de la part de production du livre scolaire octroyés aux imprimeurs, les coûts de production ne devaient pas être sans incidence sur les prix des manuels. Le Cameroun ne produisant pas localement le papier, les imprimeurs se seraient vus dans l’obligation d’en importer.

Lire aussi : Edition : Le livre scolaire camerounais enrichi les pays étrangers

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