Le Gabon, pays en quête de stabilisation économique, a récemment lancé une offre publique de rachat anticipé de 50% de son eurobond de 500 millions d’euros, initialement émis en 2015. Cette opération, estimée à environ 192 milliards de Fcfa (plus de 292,5 millions d’euros), intervient dans un contexte marqué par une dette publique croissante, atteignant 70,5% du PIB en 2023. Le président de transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a affirmé que cette initiative répondait à la volonté de rassurer les investisseurs et partenaires financiers internationaux sur la crédibilité de la signature de ce pays de la Cemac, tout en réduisant les contraintes de trésorerie internes : « Ainsi, notre pays, sans avoir à recourir à un nouvel eurobond, réalise une opération inédite de remboursement anticipé de cette dette souscrite en juin 2015. Cette nouvelle action vient confirmer notre ferme volonté de restaurer la confiance dans la signature du Gabon », a-t-il réagi.
L'eurobond de 2015, émis sous l'ancien régime pour financer des infrastructures clés dans les secteurs de l’énergie, de l’adduction d’eau, de l’éducation et de la santé, portait une maturité de 10 ans avec un taux de 6,95%. Alors que l’échéance de remboursement est prévue pour juin 2025, soit dans moins de 10 mois, le Gabon semble vouloir éviter un refinancement total en recourant à cette solution proactive. Sur le plan stratégique, cette opération de rachat partiel de l’eurobond de 2015 vise à renforcer la crédibilité du Gabon sur les marchés internationaux, tout en améliorant ses conditions d’accès à des financements futurs. Notamment en prévision de l’émission d’un eurobond de 30 ans sur le marché financier international prévue cette année par le projet de loi de finances 2024 du pays, d’un montant d’environ 468,5 milliards de Fcfa.
Ainsi, il est également question de montrer un engagement envers une gestion de la dette plus disciplinée, surtout au lendemain d’une année 2023 marquée par une explosition des engagements financiers du pays qui ont bondi de 127%, alimentés par des financements extérieurs et régionaux, dont 444,6 milliards de Fcfa obtenus à travers des créanciers internationaux. Cette hausse significative de la dette extérieure, couplée à une hausse des besoins en liquidité, a alarmé de nombreux observateurs, y compris des instances comme le FMI. L’institution de Bretton Woods prévoit d’ailleurs que le niveau de la dette publique gabonaise devrait atteindre 73,1% du PIB à fin 2024 et 78,9% en 2025, si le pays maintient son rythme d’endettement. Ce rachat marque donc une tentative de rééquilibrage prudent de la balance des engagements financiers du pays.
En menant cette opération, le Gabon envoie un signal fort de gestion responsable de ses obligations financières, ce qui pourrait marquer un tournant dans sa relation avec les marchés financiers mondiaux. Certains analystes estiment que cette initiative pourrait inciter d'autres pays africains à envisager des stratégies similaires pour anticiper les remboursements et gagner en crédibilité, dans un contexte où de nombreuses économies du continent en général et de la Cemac en particulier font face à des charges de dette croissantes. Le cas de la République du Congo illustre la situation.
Aux prises avec un niveau d’endettement qui a frôlé 100% du PIB, des remboursements qui absorbent plus de 60% des recettes intérieures, une trésorerie tendue et de nombreux arriérés intérieurs, Brazzaville a récemment sollicité un allègement auprès des investisseurs sur le marché des titres publics de la Beac. Le pays propose de lui accorder 10 années supplémentaires pour rembourser sa dette estimée à 2 314 milliards de Fcfa à fin septembre 2024. C’est la première fois depuis 2011 qu’un État annonce une telle mesure sur le marché régional des capitaux.









