Au cours du mois d’avril 2025, l’indice EcoMatin Food Price Index (FPI), un indicateur interne à EcoMatin pour mesurer le niveau de progression des prix d’une vingtaine de produits alimentaires dans les marchés, a enregistré une progression mensuelle de 4,90 % à Yaoundé et de 5,65 % à Douala, marquant un ralentissement global par rapport au mois précédent. Toutefois, les deux villes présentent des tendances différenciées selon les produits. À Yaoundé, le sac de 10 kg d'oignons est passé de 10 000 à 8 000 FCFA, soit une baisse de 20 %, grâce à une bonne récolte. En revanche, plusieurs autres produits ont connu des hausses notables. Par exemple, un poulet moyen s’échange désormais à 3 500 FCFA, en hausse de 40 %.
Lire aussi : Produits alimentaires - le retour des pluies réorganise les prix
À Douala, la pression se fait plus forte sur certains produits comme l’huile de palme, vendue désormais à 900 FCFA le litre (+12,5 %), ainsi que la morue fumée (1 900 FCFA/kg, +20 %). Ces variations s’expliquent par plusieurs facteurs, tels que les difficultés logistiques liées à la saison des pluies, les perturbations climatiques dans les zones agricoles, la spéculation et l’augmentation des coûts de transport. Par exemple, le prix de la banane dessert à Yaoundé a augmenté de 20 %, atteignant 3 000 FCFA le régime, en raison de difficultés d’accès aux bassins de production.
Face à ces évolutions, les ménages sont contraints d’ajuster leurs dépenses quotidiennes, en substituant les produits trop chers par d’autres restés accessibles. Par exemple à défauts du poulet ou de la viande de bœufs, ils optent pour le poisson maquereau dont le prix est resté stable (1 800F) ou encore le poisson fumé. Les écarts entre Yaoundé et Douala montrent que l’inflation n’affecte pas uniformément les deux villes, ce qui souligne la nécessité d’une meilleure organisation des circuits d’approvisionnement et d’une surveillance plus active du marché pour protéger le pouvoir d’achat des ménages.
Allo Marché
Oignon : la saison des récoltes fait chuter les prix

À Yaoundé, le prix de l’oignon a connu une baisse notable ces derniers jours. Sur le marché d’Etoudi, par exemple, le kilogramme est désormais vendu à 1 500 FCFA, contre 2 000 FCFA en mars dernier. Bien que les prix au détail soient restés stables (100 FCFA, 200 FCFA…), la quantité offerte a nettement augmenté : deux oignons de taille moyenne sont désormais proposés pour 100 FCFA. Selon plusieurs commerçants, cette diminution s’explique principalement par l’arrivée de la saison des récoltes dans les zones productrices du pays, notamment dans les régions de l’Ouest et du Nord. Cette période favorable devrait s’achever vers la fin juin 2025.
Avocat : le prix grimpe à Yaoundé
Au marché de Mendong, arrondissement de Yaoundé 6, le prix de l’avocat a connu une hausse significative ces dernières semaines. Ce fruit très prisé se vend actuellement à 350 FCFA l’unité, contre 200 FCFA auparavant. En pratique, les consommateurs préfèrent généralement opter pour des lots de trois avocats à 1 000 FCFA, ce qui leur donne l’impression de faire une meilleure affaire. Sur le marché de gros, le sac de 50 kg en provenance de Mbouda, dans l’Ouest du Cameroun, est évalué à environ 15 000 FCFA [à préciser : montant précédent pour comparaison]. Cette augmentation s’explique par une baisse temporaire de la production, liée à des conditions climatiques irrégulières. Il est également à noter que, depuis quelques années, le prix de l’avocat connaît une hausse continue.
Gingembre : à prix d’or sur les étals

Le mois d’avril a été particulièrement difficile pour les amoureux de gingembre à Yaoundé. Dans les marchés de la capitale, le prix de cette racine a presque triplé. Une portion moyenne, autrefois vendue à 100 FCFA, est désormais proposée à 250 FCFA. Le kilogramme, fixé à 1 000 FCFA, ne comprend plus que trois portions, contre cinq en moyenne en mars. Selon certains commerçants, cette flambée des prix s’explique par des récoltes insuffisantes dans les régions productrices comme l’Ouest et l’Extrême-Nord, touchées par des précipitations irrégulières.
Interview
Yaya Youssoufa, président de la Société de développement et d’exploitation des productions animales
« La saison des pluies rend extrêmement difficile le transport du bétail vers Yaoundé »

Ces dernières semaines, une hausse vertigineuse du prix du kilogramme de bœuf a été observée dans les marchés de Yaoundé et Douala. On estime ce prix entre 3 000 FCFA avec os et 3 500 FCFA sans os. Quelles en sont les causes principales ?
Cette augmentation s’explique principalement par la saison des pluies, qui rend extrêmement difficile le transport du bétail depuis les zones de production vers les grands centres urbains. Actuellement, pour transporter les bœufs depuis Kousséri, dans l’Extrême-Nord, jusqu’à Yaoundé, il faut compter plus de dix jours, contre sept à huit en période sèche. Cela est dû à l’état déplorable de certaines routes, qui ralentit considérablement les convois. En outre, durant ces trajets longs et éprouvants, nous devons effectuer de nombreux arrêts pour permettre aux animaux de se reposer et de s’abreuver.
S’il est vrai que durant la saison pluvieuse les bêtes mettent plus de temps à arriver à Yaoundé, est-ce un facteur suffisant pour justifier cette hausse de 16 % du kilogramme de viande ?
Oui, c’est un facteur important. Malheureusement, chaque arrêt entraîne des pertes, tant en temps qu’en santé pour les bêtes. En moyenne, nous perdons environ 300 000 FCFA rien que sur un seul camion. À l’arrivée, sur les 30 bœufs chargés, nous n’en retrouvons souvent que 25 : les autres sont soit décédés, soit trop affaiblis pour être commercialisés. Tous ces aléas impactent naturellement le coût final de la viande, ce qui explique en grande partie la forte hausse observée sur les marchés.
Et comment cela impacte-t-il la ville de Douala ?
Yaoundé joue un rôle central dans la distribution de la viande bovine au Cameroun. Elle constitue en quelque sorte un centre de tri et de redistribution vers d'autres grandes villes, notamment Douala. Ainsi, lorsque le prix augmente à Yaoundé, cette hausse se répercute automatiquement à Douala. D’autres facteurs locaux, comme les frais de douane, de manutention ou de stockage, peuvent également amplifier l’augmentation finale. Le consommateur final à Douala subit donc lui aussi cette pression inflationniste sur le prix de la viande.








