Au premier trimestre 2024, les performances du groupe sud-africain MTN ont été en partie ternies par un environnement international encore précaire, marqué outre les tensions géopolitiques dans le monde, par la persistance de l’inflation à un niveau assez élevé, la dévaluation des monnaies sur certains de ses marchés sur le continent, à l’instar de celui clé du Nigeria où les revenus de services du groupe ont chuté de 52,8 % à 553,7 millions de dollars, soit environ 343 milliards Fcfa, contre 1,18 milliard de dollars, soit un peu plus de 614 milliards Fcfa à la même période un an plus tôt. Il s’agit en fait de pertes de changes liées à l’effondrement du naira. Cette forte dévaluation de la monnaie ayant cour légal au Nigeria avait occasionné la chute de 80% du bénéfice annuel de l’opérateur télécoms dans ce pays en fin 2023. Ces résultats déteignent quelque peu sur la fin de mandat de Ralph Tendai Mupita, Président et Directeur général de MTN Group qui a pris les rênes du géant des télécoms en 2020 pour un mandat de 5 ans.
Autre événement conjoncturel dont l’impact sur les derniers résultats de l’entreprise de télécommunications était prévisible, c’est les coupures de câbles sous-marins reliant une partie de l’Afrique à l’Europe le continent africain, à l’origine des pannes d’Internet qui ont atteint un pic au mois de mars dernier. Qu’il s’agisse de l'African Coast to Europe (ACE), du West African Cable System (WACS), de MainOne ou encore de SAT3, toutes ces infrastructures ont subi des dommages qui ont affecté gravement la connectivité internet dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, tous opérateurs confondus. Les moyens mobilisés pour renforcer la résilience des réseaux ont eu pour corollaire la hausse des coûts de production, déjà en hausse dans certains pays en raison de la hausse des prix de l’énergie. La maison-mère, en particulier, aurait beaucoup pâti de la hausse des coûts de l’électricité en Afrique du Sud, entre autres facteurs. Pourtant, même au plus fort de la pandémie du Covid-19, Ralph Tendai Mupita, 52 ans, a assuré en permettant à MTN de garder la tête hors de l’eau.
Redresser la situation des revenus de services
La dynamique managériale qu’il a su impulser face à cette crise majeure a également opéré après le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, qui a tant fait flamber les incertitudes. L’un de ses plus grands défis, si ce n’est le plus important aujourd’hui, c’est de pouvoir identifier le levier à actionner pour redresser la situation des revenus de services. Y parvenir d’ici le 1er septembre 2025 n’est (a priori) pas déterminant pour son maintien à la tête du groupe – encore faudrait-il que lui-même manifeste l’envie de poursuivre l’aventure à la fin du mandat en cours. Le conseil d’administration pourrait bien s’appuyer sur ce qui constitue les points forts grâce auxquels il maintient la boîte à flot, pour lui renouveler sa confiance. Notamment, ses prouesses dans les Fintech. Le rapport d’activités de MTN pour le compte du premier trimestre 2024 renseigne que le volume des transactions électroniques, notamment via l’application Mobile Money (MoMo) de l’opérateur, a augmenté de 18,3% à 4,8 milliards de dollars dans la période sous-revue. Dans le même temps, ses gains dans ce segment ont connu une hausse de 11,4 %.
Manager africain de l'année
Les utilisateurs actifs de MTN Mobile Money atteignent mensuellement 72,5 millions, soit plus de ¼ de ses abonnés qui atteignaient environ 294,8 millions fin 2023. La montée en flèche de cet opérateur télécoms dans le développement des technologies financières admirable que le jury des Africa CEO Forum Awards, organisés par Jeune Afrique Media Group (JAMG), en partenariat avec le cabinet de conseil Mazars, a décerné le 17 mai dernier au patron du groupe, Ralph Tendai Mupita, la distinction de « CEO of the Year », qui prime le meilleur manager africain sur une année civile. Plus gratifiant pour l’ingénieur et financier d’origine zimbabwéenne, il avait comme concurrents à ce prix en 2024, l’homme le plus riche d’Afrique, le Nigérian Aliko Dangote, l’un des « seigneurs » du pétrole, du ciment et de l’agroalimentaire sur le continent, et le milliardaire burkinabè Idrissa Nassa, PDG du groupe financier ouest-africain Coris Holding. Le potentiel des Fintech sur le continent est énorme. Nombre d’experts estiment même que le terrain dans ce domaine est encore en friche sur le continent africain.
Pas étonnant que le géant américain des technologies financières Mastercard ait accepté en 2023 de former une alliance stratégique avec MTN Group, qui est sur le point de séparer ses activités de télécommunications de sa branche Fintech, dans laquelle son nouveau partenaire s’est engagé à investir 200 millions de dollars pour acquérir une participation minoritaire de 3,8%. D’autres acteurs du secteur devraient bientôt rejoindre le tour de table de MTN Fintech. Puisque, le 14 août 2023, Ralph Tendai Mupita, a fait part au public et à la communauté des affaires de l'intention de la société de vendre une participation de 30 % dans la société Fintech. MTN est, du reste, engagé dans la voie de la consolidation de ses acquis dans les technologies financières. Jeune Afrique Media Group, organisateur de l’Africa CEO Forum, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), appelle en tout cas au développement d’un secteur financier africain de classe mondiale. Ceci implique, notamment, de doper l’inclusion financière à travers les Fintechs qui offrent une infinité d’opportunités pour le financement des économies du continent.


