La République centrafricaine (RCA) s’apprête à franchir un tournant décisif dans son ambition de développement. Les 14 et 15 septembre 2025 à Casablanca, le gouvernement organise une table ronde internationale des investisseurs, destinée à mobiliser des financements pour son Plan national de développement (PND 2024-2028), estimé à plus de 7000 milliards Fcfa. Ce rendez-vous représente le premier grand test de la capacité de l’État centrafricain à séduire et convaincre le marché international. L’exécutif cherche des engagements concrets pour ses grands chantiers dans le domaine routier, la modernisation énergétique, la relance agricole, le numérique, le développement minier, ainsi que les secteurs stratégiques tels que l’éducation et la santé.
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Les infrastructures routières, essentielles pour relancer l’économie, représentent plus de 65% des financements ciblés. En choisissant Casablanca, Bangui mise sur l’image d’un environnement stable, attractif et rassurant pour les bailleurs traditionnels et les investisseurs privés, en quête d’opportunités sur des marchés africains à fort potentiel. La RCA a franchi une étape majeure en obtenant sa première notation financière souveraine en monnaie locale. En avril 2024, l’agence panafricaine Bloomfield Investment Corporation lui a attribué la note BB+ à long terme (perspective stable), assortie d’une note B à court terme. Cette double notation (BB+ / B) place la RCA dans la catégorie spéculative, mais avec une perspective stable, soulignant une capacité modérée à mobiliser des ressources sur le marché tout en restant exposée à des vulnérabilités structurelles.
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Selon Bloomfield, cela constitue toutefois une avancée historique, témoignant d’une prise de conscience politique forte en matière de transparence et de bonne gouvernance. Cette notation ouvre en théorie au pays l’accès à un plus large univers d’investisseurs, notamment au sein de l’espace financier de la CEMAC, facilitant l’émission de titres publics à des conditions plus favorables. Par exemple, le pays a levé un peu plus de 14,6 milliards Fcfa sur le marché des titres publics de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) au mois de juillet dernier. Son objectif initial était de mobiliser un total de 17,5 milliards Fcfa au cours du troisième trimestre qui en est à son dernier mois.
Des soutiens institutionnels majeurs
La Banque africaine de développement (BAD) participe activement à l’organisation de la table ronde et soutient les projets structurants du pays. La Banque mondiale, elle, a déjà consacré 669 milliards Fcfa à des projets prioritaires du PND, dans les secteurs des transports, de l’éducation, de l’agriculture et de l’énergie. Elle a aussi financé un projet de résilience urbaine (PROVIR) à hauteur de 70 millions de dollars (41 milliards Fcfa), et débloqué 9,175 millions de dollars (5,3 milliards de FCFA) destinés à des projets environnementaux à Bangui et Berbérati.
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À cela s’ajoutent les contributions attendues de l’Union européenne, du FMI, de l’AFD et d’agences des Nations Unies. Dans le fond, la table ronde va au-delà de la seule levée de fonds. Elle devient un examen de crédibilité internationale, après des années de crises sécuritaires et d’attractivité économique limitée. Le gouvernement veut démontrer sa capacité à piloter des investissements à grande échelle, dans la transparence et la stabilité. Bangui devra convaincre sur deux fronts : la fiabilité des projets, leur maturité financière et leur rentabilité ; la volonté politique, en rassurant sur la gouvernance, la transparence, la sécurité et le climat des affaires.
Si cette mobilisation aboutit, la RCA pourrait transformer son image de « fragile économie » en pays porteur d’opportunités. À l’inverse, une performance ratée pourrait nuire à sa crédibilité et freiner ses ambitions de développement. La table ronde de Casablanca se profile ainsi comme un moment décisif où la crédibilité de la RCA sur la scène financière internationale sera mise à l’épreuve. Un test crucial pour transformer ses aspirations en réalités économiques.

