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Business et Entreprises

Cameroun : la SRC accuse une perte de 2 milliards de FCFA et dénonce de « constantes entraves » au recouvrement

L'entreprise publique a clôturé l'exercice 2025 sur une perte nette de 1,97 milliard de FCFA. Elle met en cause les obstacles juridiques et administratifs qui limitent l'exécution de ses mandats de recouvrement.

Publiée vendredi 26 juin 2026 à 17:31:09Modifiée vendredi 26 juin 2026 à 17:31:10Temps de lecture 5 minPar Pierre Celestin ATANGANA

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Direction générale de la SRC

Au 31 décembre 2025, la Société de recouvrement des créances du Cameroun (SRC) a enregistré une perte nette de 1,973 milliard de FCFA, selon les informations issues de la 12ᵉ session de son Assemblée générale. Il s'agit du troisième exercice consécutif marqué par une dégradation de ses résultats : après un bénéfice de 1,746 milliard de FCFA en 2023, l'entreprise avait déjà basculé dans le rouge en 2024 avec une perte de 812 millions de FCFA. Le total du bilan recule lui aussi, passant de 10,84 milliards à 9,9 milliards de FCFA, soit une baisse d'environ 8,7 %.

Lire aussi: Cameroun : plus de 300 milliards FCFA recouvrés par la SRC au 31 décembre 2024

Dans le communiqué final sanctionnant la 12ᵉ session de son Assemblée générale, l'entité sous tutelle du ministère des Finances évoque de « constantes entraves » dans l'exercice de ses mandats de recouvrement. De fait, le portefeuille de créances à recouvrer est pourtant passé de 597 milliards de FCFA il y a quatre ans à près de 778 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, selon les données consultées. Ce paradoxe, entre un portefeuille en hausse et une rentabilité en baisse, illustre les difficultés persistantes de la SRC à collecter les créances dues à l'État auprès des débiteurs indélicats. Une situation qui contribue à l'érosion progressive de sa rentabilité financière.

Atrophie des produits d'exploitation et entraves au recouvrement
Le communiqué ne détaille pas les raisons de cette contreperformance. Toutefois, trois éléments permettent d'en éclairer les causes. Le premier, comme l'évoque l'Assemblée générale, est la baisse des recouvrements, principale source de revenus de la SRC. Son modèle économique reposant essentiellement sur les commissions de performance perçues lors des recouvrements effectifs, toute contraction de l'activité se traduit mécaniquement par une baisse de ses produits d'exploitation.

Lire aussi: Cambank, Paribas, Biaoc, UBC : la SRC enclenche des ventes aux enchères pour solder des créances datant de plus de 35 ans

La SRC subit ainsi de plein fouet d'importantes entraves opérationnelles. À titre d'exemple, sur un objectif de 10,325 milliards de FCFA à recouvrer pour le compte de l'État et de ses démembrements en 2022, elle n'avait récupéré que 5,395 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 52,26 %, en baisse de 17 % par rapport aux 6,5 milliards de FCFA recouvrés en 2021. Privée de créances à liquider ou d'actifs à réaliser en raison de goulots d'étranglement juridiques et administratifs, l'institution se retrouve structurellement limitée dans sa capacité à générer ses revenus. L'affaire des biens saisis de l'homme d'affaires Gabriel Kondo Ebelle illustre ces difficultés. En mai 2025, le tribunal avait déclaré nul le commandement de payer émis par la SRC le 12 décembre 2024, au motif qu'il ne respectait pas les formes légales, avant d'ordonner la restitution immédiate des biens meubles saisis.

Le sevrage brutal des subventions étatiques
L'autre hypothèse, en attendant la publication détaillée des états financiers 2025, réside dans le sevrage brutal des subventions publiques. La subvention d'équilibre de l'État, qui s'élevait à 505 millions de FCFA en 2023, avait été purement et simplement supprimée dès l'exercice 2024. Sans que la direction de la SRC n'établisse un lien de causalité direct, ce retrait a privé l'entreprise d'une source importante de financement et a vraisemblablement contribué au basculement de ses comptes dans le rouge.

Le troisième facteur susceptible d'expliquer l'aggravation du déficit tient à l'évolution des charges de structure, déjà perceptible dans les états financiers de 2024. Cette année-là, la masse salariale avait bondi de 18,3 %. La SRC justifiait cette hausse par le recrutement de 40 collaborateurs supplémentaires, les effectifs étant passés de 156 à 196 salariés, ainsi que par l'application de la revalorisation salariale de 6 % décidée par l'APECCAM. Les rémunérations étaient ainsi passées de 998,7 millions à 1,226 milliard de FCFA, soit une incidence financière de plus de 220 millions de FCFA.

Lire aussi: Cameroun : la SRC met aux enchères des biens saisis de l'ex-ministre Polycarpe Abah Abah

Dans le même temps, l'extension du parc automobile avait entraîné une hausse de 57 % des dépenses de carburant et de 60 % des frais de mission. Quant au poste « autres charges », il avait été multiplié par plus de quatre, passant de 131 millions à 587 millions de FCFA en un seul exercice. En l'absence des comptes détaillés de 2025, il est difficile de mesurer l'évolution de ces postes. Néanmoins, si cette dynamique s'est poursuivie, elle aurait contribué à accentuer les pertes enregistrées au cours du dernier exercice.

La résilience malgré tout
Si la situation financière se dégrade, le risque d'insolvabilité immédiat demeure néanmoins contenu. Le déficit de 1,973 milliard de FCFA a été affecté au compte « Report à nouveau ». Au 31 décembre 2024, la SRC disposait encore d'un matelas constitué de réserves et de provisions d'environ 4 milliards de FCFA, capable d'absorber une partie du choc.
Cette capacité d'absorption ne saurait toutefois masquer l'urgence des réformes. Face aux manquements relevés par la Chambre des comptes et à l'étroitesse de son modèle économique, fondé essentiellement sur les commissions de recouvrement, la SRC est confrontée à un impératif de rationalisation. Sans une levée effective des obstacles juridiques et administratifs qui freinent les recouvrements, un élargissement de ses leviers d'intervention et une meilleure maîtrise de ses coûts de fonctionnement, la consommation progressive de ses réserves ne ferait que repousser une fragilisation financière devenue de plus en plus prévisible.

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