Le Cameroun vient de franchir une étape décisive dans la concrétisation du Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK), un projet porté conjointement par la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et le Port autonome de Kribi (PAK). Après près de deux décennies de maturation, le projet a obtenu l’accord du président de la République pour son financement, ouvrant ainsi la voie au démarrage effectif des travaux. Implantée dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, l’infrastructure comprendra, dans sa première phase, un dépôt de 140 000 m³ de produits pétroliers et une capacité de stockage de 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL), avec la possibilité de doubler à terme ses capacités pour atteindre 280 000 m³.
Des économies d’échelle attendues
Au-delà de son caractère industriel, le THK répond à un impératif économique. Aujourd’hui, l’essentiel des importations de produits pétroliers du Cameroun transite par le port de Douala, dont les contraintes de tirant d’eau limitent l’accueil des grands navires. Selon Véronique Manzoua épouse Moampea Mbio, directrice générale de la SCDP, le Port autonome de Kribi permettra désormais de recevoir des navires de très grande capacité, réduisant considérablement les coûts logistiques. « Chaque fois qu’un navire passe une journée supplémentaire non réglementaire, cela représente environ 25 000 dollars de frais additionnels pour l’Etat », souligne-t-elle. Grâce à son tirant d’eau pouvant atteindre 15 mètres, Kribi devrait permettre de limiter les congestions portuaires et de réaliser d’importantes économies sur les coûts d’importation des carburants, avec un impact attendu sur les finances publiques et la facture énergétique nationale.
Kribi futur hub en Afrique centrale
L’enjeu dépasse toutefois les frontières camerounaises. Le futur terminal vise à positionner Kribi comme principal point d’entrée des hydrocarbures destinés aux marchés d’Afrique centrale. Pour Raphaël Abouem, directeur commercial Afrique de la société Negri, l’infrastructure pourrait modifier en profondeur les circuits régionaux d’approvisionnement. « Jusqu’à présent, Lomé s’imposait comme le principal hub de redistribution des produits pétroliers consommés en Afrique centrale. Avec cette infrastructure en gestation, le Cameroun fait de Kribi le nouveau carrefour énergétique de la sous-région », affirme-t-il.

Les pays enclavés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), notamment le Tchad et la République centrafricaine, vont ainsi bénéficier d’un corridor d’approvisionnement plus direct, renforçant le rôle du Cameroun dans les échanges énergétiques régionaux.
Une réponse aux défis de la sécurité énergétique
Le projet s’inscrit également dans une logique de souveraineté énergétique. Les capacités additionnelles de stockage devraient permettre au pays de renforcer ses réserves stratégiques et de réduire les risques de ruptures d’approvisionnement qui affectent périodiquement le marché national des carburants et du gaz domestique. « Nous avons visité un site que nous convoitons depuis quinze ans », a déclaré la directrice générale de la SCDP lors d’une descente organisée sur le site le 5 juin. Coté financement, une dernière étude doit être menée par les partenaires impliqués dans la réalisation du projet pour définir son coût définitif. « L'État a fourni toutes les garanties requises pour que les banques puissent débloquer les fonds nécessaires à la construction », souligne M. Abouem. Les travaux devraient s’étendre sur une période de 30 mois.
Une coordination étroite entre les acteurs publics
Pour le Port autonome de Kribi, la réussite du projet repose sur une synchronisation parfaite entre les infrastructures portuaires et les installations logistiques. « Il s’agit d’un projet avec deux composantes : la composante portuaire que le Port doit développer et la composante logistique qui revient à la SCDP », explique Patrice Melom, directeur général du PAK. L’objectif affiché est que les deux volets progressent simultanément afin d’assurer une mise en service cohérente de l’ensemble. Cette complémentarité apparaît comme l’un des facteurs clés de réussite d’un projet appelé à renforcer l’attractivité industrielle de la plateforme portuaire de Kribi.
Negri-Parlym, un consortium expérimenté aux commandes
Pour mémoire, le développement du THK repose sur le consortium français Negri-Parlym, chargé de la conception, de l’ingénierie, de la mobilisation des financements et de la construction des infrastructures. Les deux entreprises ne sont pas à leur premier projet commun. Elles ont notamment participé à la réalisation du terminal pétrolier du port de Douala mis en service en 2021 et ont récemment livré une infrastructure similaire à Djibouti. Le partenariat entre le PAK, la SCDP et le consortium a été formalisé le 18 décembre 2025 à travers la signature d’un protocole d’accord tripartite à Kribi. Cet accord a marqué le passage d’un projet longtemps resté à l’état de conception à une phase opérationnelle dont les promoteurs espèrent qu’elle transformera durablement la place du Cameroun dans la géographie énergétique de l’Afrique centrale. [Publireportage]

