Faire la cuisine, nettoyer le logement, s'occuper des enfants, accompagner les personnes âgées ou malades… Ces activités sont rarement associées à la création de richesse. Pourtant, leur contribution à l'économie camerounaise est loin d'être marginale.
Selon le rapport « Genre et emploi du temps au Cameroun en 2022 », publié le 16 juin par l'Institut national de la statistique (INS), les travaux domestiques et les soins non rémunérés représentent une production économique évaluée à 5 148 milliards de FCFA. Un montant considérable qui équivaut à 18,6 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Autrement dit, près d'un cinquième de la richesse produite au Cameroun proviendrait d'activités qui ne sont ni rémunérées ni comptabilisées dans les agrégats économiques traditionnels.
Lire aussi: Cameroun : le gouvernement manque son objectif de créer 300 000 nouveaux emplois en 2025
L'étude met surtout en lumière le rôle central des femmes dans cette économie invisible. Sur les 5 148 milliards de FCFA estimés, 3 892 milliards sont générés par les femmes, soit 75,6 % du total. Leur contribution représente à elle seule 14,1 % du PIB national. Ces chiffres illustrent l'importance économique d'un travail longtemps considéré comme relevant exclusivement de la sphère familiale. Pour parvenir à cette estimation, les statisticiens ont valorisé le temps consacré aux tâches ménagères et aux soins non rémunérés en lui attribuant une valeur monétaire équivalente à celle qui serait versée si ces services étaient réalisés sur le marché du travail. Une méthode désormais utilisée dans plusieurs pays afin de mieux mesurer l'apport réel des ménages à l'économie.
Lire aussi: Entrepreneuriat au Cameroun : la part des femmes dans le tissu productif recule à 36,4 %(INS)
Au-delà du montant global, le rapport souligne l'ampleur des disparités entre hommes et femmes. Les Camerounaises consacrent en moyenne 15,2 % de leur temps quotidien aux activités domestiques et aux soins non rémunérés, contre seulement 3,9 % pour les hommes. Elles effectuent ainsi près de quatre fois plus de travail domestique. Cette charge a des conséquences économiques directes : le temps consacré aux tâches ménagères réduit mécaniquement celui disponible pour l'emploi rémunéré, l'entrepreneuriat, la formation ou encore les loisirs. Les auteurs de l'étude évoquent ainsi une forme de « pauvreté temporelle » qui affecte particulièrement les femmes et limite leur participation à l'économie formelle.
Les données révèlent également que le mariage accentue ces inégalités. Les responsabilités domestiques et familiales augmentent significativement pour les femmes mariées, tandis que leur répartition demeure beaucoup plus favorable aux hommes. Selon l'INS, cette situation freine l'autonomisation économique des femmes et contribue au maintien des écarts observés sur le marché du travail. Pour les experts, l'enjeu dépasse la seule question de l'égalité entre les sexes. La reconnaissance du travail domestique constitue également un impératif économique. En mettant en lumière cette richesse invisible, l'INS fournit aux pouvoirs publics des éléments susceptibles d'orienter les politiques sociales, les dispositifs de garde d'enfants et les mesures de soutien à l'emploi féminin.

