Le projet de création d’une Caisse de refinancement hypothécaire au Gabon pourrait bientôt se concrétiser si l’on en croit les derniers développements sur le dossier. En effet, le sujet a été remis sur la table lors d’une audience le 13 mai 2025 entre le Vice-Président du gouvernement, Alexandre Barro Chambrier, et Thierno-Habib Hann, Directeur général de Shelter Afrique. « Avant les élections, nous avions signé un partenariat avec la SNI (Société nationale immobilière) et aujourd’hui, nous sommes en phase de mise en œuvre de ce partenariat, avec déjà la mise en place des comités techniques de travail des deux côtés : côté Shelter Afrique et la SNI. Ensuite, nous avons entamé les discussions pour la mise en place éventuelle d’une Caisse de refinancement hypothécaire qui va refinancer les banques à long terme, pour que les banques financent l’accès aux crédits hypothécaires à long terme pour les ménages à plus faibles revenus », a déclaré à la presse, le DG cette institution financière panafricaine dédiée à la promotion de l’habitat et de l’immobilier.
Résorber le déficit de logements
Il faut dire que l’idée de la création de cette caisse a émergé le 10 juillet 2024 à Libreville lors d’une rencontre entre l’ancien ministre de l’Economie Mays Mouissi et les différents acteurs du secteur de l’immobilier au Gabon. Pour ces derniers, la Caisse de refinancement hypothécaire permettrait aux ménages d’accéder à des ressources à long terme pour acheter des maisons et pouvoir les rembourser à un coût mensuel raisonnable c’est-à-dire, sans difficultés financières excessives. Selon de nombreux experts, le mécanisme de refinancement hypothécaire reste la meilleure option pour un pays comme le Gabon, qui affiche un déficit estimé à plus de 260 000 logements, et où « la majorité des ménages n'ont accès à un crédit immobilier que sur 5 à 7 ans », déplore Folly Koussawo, PDG du constructeur Trianon Homes, dans une tribune publiée le 5 mai dernier.
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Cet entrepreneur explique cette situation par plusieurs facteurs, notamment le difficile accès au foncier caractérisé par l'insuffisance de terrains viabilisés, titrés et sécurisés ; l’insuffisance des schémas et plans directeurs d'urbanisme inadéquats ainsi que la fiscalité défavorable. Pour pallier cette situation, l'homme d'affaires estime que la création d'une Caisse de refinancement hypothécaire pourrait : « alléger la pression sur les banques commerciales tout en sécurisant les emprunteurs ; permettre aux banques de céder une partie de leurs prêts immobiliers à la Caisse ; permettre à la Caisse de lever des fonds à long terme (15 à 25 ans) sur les marchés financiers grâce à la garantie de l'État et permettre aux banques de refinancer et d'accorder des crédits immobiliers de 15 à 25 ans, sans mettre en danger la solidité du système bancaire ».
Exemple de l’UEMOA
Au sein de l'UEMOA, le refinancement hypothécaire a été un projet commun aux huit États de la zone, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. En 2010, ces pays ont créé la Caisse régionale de refinancement hypothécaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (CRRH-UEMOA), sous l'égide d'institutions telles que la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et de l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA).
Dans une interview accordée au site de la Banque mondiale le 7 novembre 2023, Yedau Ogoundele, Directrice régionale de la CRRH-UEMOA opérationnelle depuis 2012, expliquait que la principale innovation de la Caisse est qu'« elle est suffisamment solide pour lever des ressources à long terme et à des taux attractifs sur les marchés. Elle s'est également révélée un partenaire privilégié pour des bailleurs de fonds qui lui ont donné accès à des ressources concessionnelles ». À cette période, la Directrice générale indiquait par ailleurs que la Caisse disposait de 58 banques actionnaires, dont près des deux tiers des banques commerciales de l'UEMOA, qui détenaient les deux tiers du capital. Le reste du capital était détenu par la BOAD, la Société financière internationale (IFC), la Banque d'investissement et de développement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (BIDC) et Shelter Afrique.

