Le gouvernement camerounais ambitionne de créer son tout premier Fonds souverain (FSC), doté d'une enveloppe initiale d'un milliard de dollars (plus de 600 milliards de FCFA), afin de capter et redistribuer sa rente extractive. Si l'initiative émane de Yaoundé, c'est la Banque africaine de développement (BAD) qui, à travers son Rapport Pays 2026, presse aujourd'hui l'État de passer de la théorie à la pratique. « Des recommandations institutionnelles pour la mise en place d’un fonds souverain ont été suggérées et discutées au niveau panafricain (notamment par des institutions de l’Union africaine) pour aider le Cameroun à matérialiser ce fonds et à mieux capitaliser sur son immense potentiel minier », martèle le document.
L'institution financière souligne en effet qu'au-delà des discussions continentales, le projet n'a toujours pas d'existence administrative ou légale sur le terrain. Contactés par EcoMatin, plusieurs acteurs publics du secteur extractif n'ont pas souhaité se prononcer sur cette lenteur institutionnelle.
Quelle urgence pour la réforme ?
Le document de la BAD, qui explore la thématique de la mobilisation massive de ressources pour le développement du Cameroun dans un monde en pleine conjoncture, inscrit ce fonds dans la stricte continuité des réformes d'industrialisation prévues pour 2030. Surtout, la création de ce véhicule financier devrait répondre au déficit structurel de transparence et d'efficience dans la collecte des revenus mis en exergue par l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).
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Actuellement, la gestion de la rente extractive échappe en grande partie au budget de l'État. D’après Le rapport ITIE 2023, les redevances pétrolières sont diluées dans une dotation forfaitaire de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), tandis que l'Impôt Synthétique Minier Libératoire (ISML), perçu en nature par la Société Nationale des Mines (Sonamines) sur l'or artisanal, stagne à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) sans être monétisé par le ministère des Finances.
Les conséquences de cette opacité comptable pèsent lourdement sur la macroéconomie nationale. Jusqu'ici, le secteur extractif présente un paradoxe budgétaire saisissant. Bien qu'il constitue l'une des principales sources de liquidités de l'État (les hydrocarbures ayant fourni environ 11 % des recettes publiques en 2025) sa contribution globale reste marginale, plafonnant à peine à 1 % du PIB national selon le récent rapport ITIE 2023. La mise en place de ce FSC de 600 milliards FCFA permettrait de corriger cette anomalie en centralisant des ressources aujourd'hui éparpillées.
Le rapport de l'ITIE relève par exemple que les provisions pour réhabilitation environnementale sont restées vides en 2023. Ce fonds devrait ainsi capter ces ressources latentes pour les transformer en investissements productifs.
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Historiquement dépourvu d'un tel matelas financier intergénérationnel, le Cameroun prépare minutieusement la transition vers l'après-pétrole. Avec le lancement en cours de six projets de mines industrielles (fer, bauxite, or et marbre), Yaoundé table sur des recettes de 2 000 milliards de FCFA par an à l'horizon 2028. L'État a d'ailleurs déjà posé des jalons institutionnels parallèles pour encadrer cette manne : outre la montée en puissance de la CDEC qui sécurise le stock d'or souverain, un décret de juillet 2024 a transformé la Société Nationale d'Investissement (SNI) en société à capitaux 100 % publics. Si le Fonds souverain camerounais se matérialise enfin, le pays deviendra la deuxième économie de la zone CEMAC à se doter d'un tel instrument, emboîtant le pas au Gabon et à son Fonds Souverain de la République Gabonaise (FSRG).
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