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Planification : le gouvernement va ériger la SND30 en loi

A la différence du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (Dsce), le gouvernement souhaite intégrer la Stratégie nationale de Développement 2030 qui sera présentée le 16 novembre 2020, dans le droit positif national et la rendre ainsi plus contraignante.

Selon une note d’information officielle, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey, présente ce lundi 16 novembre 2020, la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SDN30). En prélude à cet évènement, les collaborateurs du ministre ont rendu publique une note de synthèse de la dite Stratégie, qui en présente la philosophie, les piliers et les principaux axes.

Selon cette note de synthèse, ce nouveau cadre de référence des politiques publiques que conduiront le gouvernement et l’administration publique repose sur trois orientations fondamentales. D’abord, le gouvernement s’engage à opérer un mix entre import/substitution et promotion des exportations. «En effet la forte extraversion de notre économie, qui rend difficile nos politiques de relance et ne favorise pas l’éclosion de nos PME/PMI, exige des mesures volontaristes au titre d’une substitution des importations. De même, nous ne pouvons sérieusement envisager notre industrialisation en comptant seulement sur notre marché intérieur. Nous devons envisager un développement industriel tourné vers l’exportation», explique le document.

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Ensuite, l’Etat devra investir optimalement ses aspects stratégiques et programmatiques pour mettre «en place les facilités pour l’émergence du secteur privé comme principal moteur de la croissance économique et réalise opportunément des interventions ciblées».

Enfin, la stratégie combinera planification ferme et planification stratégique. «L’idée de fond étant de soutenir la planification par un cadre légal et réglementaire approprié, renforçant ainsi son statut», écrit le document.

En clair, le gouvernement entend faire de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, une loi. Ce qui sera l’une des ruptures majeures avec le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (Dsce), qui opérationnalisait, dans la décade 2010-2020, la vision d’émergence du Cameroun à l’horizon 2035, et qui, sans jeu de mot réducteur, n’est resté qu’un…document. L’option du gouvernement d’inscrire la SDN30 dans le droit positif national, qui signe ainsi une innovation majeure dans la planification contemporaine du développement du pays, est d’autant plus acquise qu’elle est impulsée, à la réalité, depuis le sommet de l’Etat.

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Une avancée vers…le passé

Dans sa circulaire relative à la préparation du budget de l’Etat pour l’exercice 2021 signée le 10 juillet 2020, le président de la République, Paul Biya, avait en effet chargé le gouvernement, entre autres, d’«élaborer l’avant-projet de loi de modernisation de l’économie, portant orientation programmatique de la Stratégie Nationale de Développement du Cameroun pour la période 2020-2030».

Si cette décision signe une avancée, il s’agit surtout, dans la tradition de programmation stratégique du Cameroun post-indépendance, d’une avancée vers…le passé : de 1960 à 1985, le Cameroun a élaboré et exécuté cinq plans quinquennaux qui étaient tous votés à l’Assemblée nationale, traduisant ainsi, de la part des dirigeants du pays, une volonté politique forte de les voir réussir. Cette option, qui fut l’une des forces majeurs ayant contribué à la conduite satisfaisante de la plupart de ces plans de développement, en fut aussi, à la vérité, une des principales insuffisances : la faible flexibilité ou adaptabilité de cette planification par rapport à l’évolution de l’environnement économique, du fait de la rigidité de la loi, qui ne donnait pas toujours la possibilité de redimensionner les projets en temps de crise.

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C’est pour s’en prémunir que le gouvernement a opté, dans le cadre de la deuxième décennie de mise en œuvre de sa vision d’émergence à l’horizon 2035, pour la combinaison d’une planification stratégique ferme, plus contraignante, pour toute la décade, et d’une planification structurelle (plus souple), qui permettra, dans le cadre des budgets-programmes triennaux ou des budgets annuels, d’adapter la première, aux contraintes conjoncturelles.

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