FlyGabon a publiquement fait part de ses inquiétudes, dans un communiqué publié ce 5 août 2026, sur le montage financier du futur aérogare de Libreville. En cause : un budget jugé disproportionné, qui menace selon la compagnie la compétitivité du hub national face aux standards régionaux. Le constat de la compagnie est sans détour : « Le projet de nouvelle aérogare de Libreville affiche aujourd'hui un budget de 259 milliards de FCFA, quand tous les projets comparables de la sous-région se situent entre 42 et 110 milliards de FCFA », écrit FlyGabon dans son communiqué. Pour l'opérateur, cet écart budgétaire fait craindre une hausse des tarifs pour amortir un tel investissement.
Cette prise de position intervient alors que l'aéroport de Libreville accuse déjà un retard préoccupant. Libreville a perdu environ 100 000 passagers depuis 2018, à contre-courant de la croissance observée sur le reste du continent. Selon FlyGabon, répercuter le coût du nouvel aéroport sur les usagers, via de nouvelles taxes et redevances, risque d'accélérer ce déclin : hausse du prix des billets, baisse de la fréquentation, réduction des vols des compagnies étrangères, et trafic détourné vers des hubs voisins plus attractifs. Un scénario qui pèserait directement sur le tourisme et l'économie nationale, alors que d'autres pays africains font le choix inverse en baissant leurs coûts d'accès pour élargir leur base fiscale.
Un projet d'envergure porté par un pool bancaire international
Ces critiques interviennent alors que le financement du projet est déjà bien engagé. Le 4 juillet 2025, Afreximbank avait signé, aux côtés du gouvernement gabonais et de l'opérateur GSEZ Airport SA, la fiche indicative de financement pour la construction du nouvel aéroport international d’Andeme. Ce prêt de 290 millions d'euros (soit 190 milliards de FCFA) repose sur trois tranches, libellées en euros et en francs CFA. Dans le détail, Afreximbank apporte 100 millions d'euros (65,6 milliards de FCFA), tandis qu'un consortium bancaire régional composé de BGFI Bank Gabon et AFG Bank Cameroun injecte 190 millions d'euros (124,6 milliards de FCFA).
L'infrastructure a été pensée pour répondre aux meilleurs standards internationaux : une capacité d'accueil portée à 2 millions de passagers par an, un terminal moderne de 22 500 m², une zone fret capable de traiter 25 000 tonnes de marchandises et une piste allongée calibrée pour les gros-porteurs. Lors de la signature du contrat, réunissant notamment le ministre en charge des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, et le directeur général de GSEZ Airport, Igor Simard, le président désigné d'Afreximbank, Dr George Elombi, vantait un outil « central dans l'expansion des infrastructures du Gabon et la stimulation des exportations minières, pétrolières et forestières ».
Bras de fer entre vision industrielle et viabilité commerciale
Née en 2024 dans le cadre du plan de souveraineté visant la reprise en main des secteurs stratégiques nationaux, FlyGabon est détenue à 56 % par l'État gabonais et à 44 % par des actionnaires privés. Née de la transformation d'Afrijet Business Service, dont elle a hérité l'expertise opérationnelle et la certification de sécurité IOSA, la compagnie exploite l'ensemble du réseau commercial du pays.
En s'élevant contre ce qu'elle perçoit comme une dérive budgétaire, la compagnie nationale pose la question centrale du modèle économique de l'aérien au Gabon. Le défi pour les autorités sera désormais de concilier la modernisation nécessaire des infrastructures avec la préservation de coûts d'escale compétitifs, condition sine qua non pour que le futur aéroport d'Andeme devienne un véritable levier de croissance et non un frein à la connectivité régionale.



