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Centrafrique : qui était Luca Maggini, le géologue suisse dont l’assassinat agite le secteur minier ?

Expert de l’exploration minière, passé par plusieurs grands groupes internationaux, Luca Maggini pilotait les activités d’exploration d’ADMOG Gold en Afrique. Son assassinat, le 1er août au nord de Bangui, intervient alors que la Centrafrique tente d’attirer davantage d’investissements dans un secteur stratégique, mais encore miné par l’insécurité, la contrebande et l’opacité.

Publiée mercredi 12 août 2026 à 20:07:19Modifiée mercredi 12 août 2026 à 20:41:22Temps de lecture 8 minPar Jean Omer Eyango

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Luca Maggini, le géologue suisse tué le 1er août 2026 dans une zone aurifère au nord de Bangui en Centrafrique

La République centrafricaine a perdu un homme qui consacrait son métier à traquer, sous la terre, les richesses susceptibles de transformer l’économie du pays. Luca Maggini, géologue suisse et vice-président chargé de l’exploration chez ADMOG Gold, a été tué le 1er août dernier dans une zone aurifère au nord de Bangui. Selon les informations disponibles, l’expert aurait été enlevé près de Gbango-Carrière, à environ 55 km de la capitale. Un artisan minier centrafricain a également perdu la vie dans l’attaque. Un sous-officier de l’armée centrafricaine, présenté comme le garde du corps du géologue, a, lui, été enlevé par le même commando. L’assaut, mené en plein après-midi, reste encore entouré de nombreuses zones d’ombre. Au-delà du drame humain, la disparition de Luca Maggini intervient à un moment sensible pour le secteur minier centrafricain. Pour un pays qui cherche à convaincre de nouveaux investisseurs de prendre pied dans ses sous-sols, chaque incident sécuritaire constitue un signal préoccupant. Or, l’exploration minière est précisément l’une des premières étapes d’un investissement qui peut s’étaler sur plusieurs années.

Lire aussi : RCA : pourquoi l’État récupère les permis d’exploitation d’or et de diamants de DSTM

Diplômé de l’Université de Lausanne, en Suisse, Luca Maggini avait consacré plus de deux décennies à l’exploration minière en Afrique. Son parcours l’avait, notamment, conduit dans la Copperbelt, cette importante région minière qui s’étend entre la République démocratique du Congo et la Zambie. Géologue enregistré auprès du South African Council for Natural Scientific Professions (SACNASP), il avait développé une expertise particulière dans l’identification et le développement de projets miniers, notamment aurifères. Son parcours professionnel l’avait conduit auprès de plusieurs grands noms de l’industrie extractive internationale, parmi lesquels AngloGold Ashanti, Endeavour Mining, Robex Resources et Vale. Ce parcours en faisait bien plus qu’un technicien de terrain. Son travail consistait à identifier les zones présentant un potentiel géologique, à évaluer les ressources et à faire progresser les projets vers les différentes étapes de leur développement. En clair, il intervenait à l’un des moments les plus risqués, mais aussi les plus déterminants, de la chaîne minière, celui où l’on engage des capitaux pour déterminer si une richesse supposée peut réellement devenir une exploitation rentable.

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Chez ADMOG Gold, il occupait ainsi une fonction stratégique. En tant que vice-président chargé de l’exploration, il participait à la constitution du portefeuille minier du groupe en Afrique. Créée en 2024 et basée aux Émirats arabes unis, ADMOG Gold appartient à cette nouvelle génération de sociétés qui cherchent à se positionner sur le continent à travers l’exploration et le développement de nouveaux actifs aurifères. L’entreprise ne figure pas encore parmi les grands producteurs mondiaux disposant de mines industrielles en exploitation. Son activité repose essentiellement sur l’identification de gisements, l’évaluation de leur potentiel et la préparation de futurs projets. Sa présence en Centrafrique répond donc à une logique de conquête d’un territoire encore largement sous-exploré, mais considéré comme prometteur. Le sous-sol centrafricain recèle pourtant d’importantes ressources. Or, diamant, uranium, fer ou encore pétrole figurent parmi les richesses identifiées dans le pays, qui compterait environ 500 gisements et indices miniers. L’or occupe une place particulière. Mais derrière le potentiel géologique se trouve une réalité plus complexe : une grande partie de la production reste artisanale et échappe encore aux circuits formels.

Lire aussi : La Centrafrique instaure un contrôle vidéo et physique de toute la chaîne de production de l’or

Selon l’US Geological Survey (USGS), l’or et le diamant représentaient en 2024 environ 36,3% de la valeur des exportations de marchandises de la Centrafrique. L’or pesait à lui seul 25,7% de ces exportations, contre 10,6% pour le diamant. La difficulté est cependant de savoir quelle quantité de métal jaune est réellement extraite et exportée. Dans son rapport de validation publié en octobre 2024, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) faisait état d’importants écarts entre les chiffres officiellement déclarés et certaines estimations disponibles. La Direction générale des mines avait notamment déclaré une production de 512,449 kg d’or, alors que d’autres données citées dans le rapport évoquaient des volumes pouvant atteindre plusieurs tonnes par an. Ces écarts disent beaucoup des difficultés rencontrées par l’État pour suivre l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à l’exportation, en passant par la commercialisation et la fiscalité. Les autorités tentent aujourd’hui de reprendre la main. En juin dernier, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un dispositif de surveillance vidéo destiné à renforcer le contrôle de la chaîne de production de l’or.

Cette mesure accompagne le déploiement de la première promotion des agents de la police des mines, créée dans le cadre du Code minier du 30 mai 2024. L’objectif est de mieux contrôler une activité longtemps marquée par la fraude, la contrebande et l’opacité. Selon les estimations du gouvernement, plus de la moitié de la production nationale d’or échapperait encore aux circuits officiels. La Banque mondiale avance, de son côté, une proportion pouvant atteindre 75%. Dans plusieurs régions, l’exploitation artisanale clandestine demeure importante et prive l’État de recettes fiscales considérables. À cette difficulté s’ajoutent les réseaux de contrebande qui alimentent les marchés voisins et rendent encore plus complexe la traçabilité du minerai. Le problème concerne également les entreprises formelles. Dans son dernier rapport, l’ITIE relevait que, parmi les 19 entreprises minières retenues dans son périmètre de conciliation, seules trois avaient transmis leurs déclarations au début de 2025. Les obligations de transparence portant sur les paiements, les contrats ou encore les bénéficiaires effectifs restent donc difficiles à faire respecter.

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C’est dans ce contexte que l’assassinat de Luca Maggini prend une dimension particulière. La mort du géologue intervient alors que la gouvernance des ressources naturelles centrafricaines fait l’objet d’une attention croissante de la part des organisations internationales. Dans son rapport Malicious Markets – Mapping the violent ecosystem in the Central African Republic, publié en juin 2026, la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) décrit un environnement dans lequel les ressources naturelles se retrouvent au centre de rivalités mêlant acteurs économiques, groupes armés et réseaux transnationaux. Le secteur aurifère est particulièrement exposé. Le site de Ndassima, dans la préfecture de Haute-Kotto, est devenu l’un des exemples les plus emblématiques de ces tensions. Le gisement apparaît régulièrement dans les analyses consacrées à l’implication d’acteurs liés aux réseaux russes et chinois dans l’exploitation des ressources centrafricaines.

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Dans ce contexte, l’assassinat d’un géologue étranger travaillant sur l’exploration minière dépasse largement la seule question criminelle. Il pose celle de la capacité du pays à garantir la sécurité des hommes et des capitaux nécessaires au développement de son industrie extractive. En effet, entre la découverte d’un indice minier et l’ouverture d’une mine industrielle, le chemin est long. Il faut financer des campagnes d’exploration, confirmer les ressources, réaliser des études techniques et économiques, mobiliser des capitaux considérables et, surtout, pouvoir travailler durablement sur le terrain. La disparition de Luca Maggini touche donc précisément l’un des maillons sur lesquels repose cette transformation du potentiel géologique en richesse économique. Pour Bangui, l’enjeu est double : établir les circonstances exactes de sa mort et identifier les responsables, mais aussi rassurer les investisseurs sur la capacité de l’État à sécuriser les opérations minières.

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