Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, a signé le 24 avril 2026 deux décrets réorganisant en profondeur la gouvernance du secteur minier de son pays. Le premier institue le Secrétariat Permanent de Certification des Substances Minérales (SPCM), un établissement public autonome chargé de piloter la traçabilité des minerais. Le second transforme la Police des Mines en un corps paramilitaire structuré. Selon la présidence, cette réforme vise à instaurer une « traçabilité intégrale, de l’extraction jusqu’à l’exportation des ressources », en alignant le pays sur les standards du Processus de Kimberley, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Un système intégré de certification et de contrôle
Au cœur du dispositif, le SPCM introduit une innovation structurelle : un système national unifié de certification, adossé à un maillage de six divisions régionales et des relais au niveau sous-préfectoral. Concrètement, chaque lot de production minière devra être enregistré, scellé via des sachets inviolables et suivi jusqu’à son point d’exportation, créant une chaîne de traçabilité continue. Ce modèle rapproche la RCA des standards internationaux en matière de “due diligence”, avec un suivi documentaire et physique des flux miniers rarement appliqué à cette échelle dans des économies à forte prédominance artisanale.
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En parallèle, la réforme sécuritaire renforce l’exécution. La Police des Mines devient une force paramilitaire dotée d’unités mobiles d’intervention musclée, habilitée à contrôler les sites, démanteler les exploitations illégales et surveiller les corridors transfrontaliers. L’objectif affiché est clair : fermer les circuits informels qui captent une part significative de la production aurifère et diamantifère, et reprendre le contrôle effectif des zones d’extraction.
Industrialisation et captation de la rente
Cette reprise en main s’inscrit dans une stratégie économique plus large. En verrouillant la chaîne de certification, l’État cherche à capter une part accrue de la rente minière, via des taxes formelles et des instruments de contrôle des exportations. Elle accompagne aussi un basculement vers l’industrialisation du secteur.
En 2025, Bangui a signé un accord d’exploitation de 25 ans avec la société canadienne CMVR, tandis que l’émirati SML Gold a engagé 10 millions de dollars pour la construction d’une raffinerie d’or dans la capitale. A cela s’ajoute d’autres initiatives avec des entreprises russes et chinoises. Ces investissements traduisent une tentative de sortie du modèle dominé par l’exportation brute et informelle, au profit d’une montée en gamme locale.
Gouvernance : corriger les angles morts
La réforme intervient dans un contexte de critiques persistantes sur la transparence des revenus extractifs. Le rapport 2023 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) souligne que plusieurs flux échappent encore au Compte unique du Trésor. Les bonus de signature, parfois versés en nature, ainsi que les parts de production de l’État – estimées à au moins 15 % – restent insuffisamment retracés dans les comptes publics.
De plus, la gestion des fonds spéciaux et des obligations sociales des entreprises extractives demeure opaque, faute de publication systématique des contrats et des rapports d’exécution. Dans ce contexte, le SPCM et le renforcement coercitif de la Police minière apparaissent comme des outils destinés à réduire ces fuites de valeur et à améliorer la traçabilité financière autant que physique.
À moyen terme, Bangui vise une hausse soutenue de ses exportations minières, estimée à +14 % par an d’ici 2030 selon le FMI, en levant les restrictions qui pèsent sur ses diamants et en rassurant les investisseurs sur la conformité aux standards internationaux. Historiquement marquée par une exploitation artisanale fragmentée et des circuits parallèles, la République centrafricaine tente ainsi de transformer son potentiel géologique en levier de croissance.
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