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Banques et Finance

13 898 milliards FCFA rapatriés, 13 409 milliards sortis : la CEMAC dans un cercle vicieux

Malgré une nette amélioration des rapatriements de devises grâce à la réforme de change, les transferts sortants atteignent eux aussi des sommets en 2024. Une situation qui alerte la BEAC et questionne l’efficacité à long terme du dispositif règlementaire sur le change.

Publiée jeudi 19 juin 2025 à 17:44:23Modifiée jeudi 19 juin 2025 à 20:22:03Temps de lecture 4 minPar Arthur WANDJI

Tableau des rétrocessions et transferts sortants de dévises de 2018 à avril 2025 (BEAC)
Tableau des rétrocessions et transferts sortants de devises de 2018 à avril 2025 (BEAC)

Depuis son entrée en vigueur en mars 2019, la nouvelle réglementation des changes en zone CEMAC n’a cessé de produire des effets économiques mesurables. Au premier rang desquels, la hausse spectaculaire de la valeur des devises rapatriées par les opérateurs économiques et reversées à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Selon les révélations faites par le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, à l’occasion de la 3ème édition de la Finance Week au Cameroun, elle est passée de 6 201 milliards FCFA en 2019 à 13 898 milliards FCFA en 2024. « Cette hausse, de l’ordre de 75,6%, illustre à la fois la montée en puissance du dispositif et l’amélioration du contrôle des flux financiers extérieurs », dixit le dirigeant centrafricain.

Toutefois, malgré ces efforts de rapatriement de devises, la CEMAC a enregistré, en 2024, 13 409 milliards FCFA de transferts sortants, soit trois fois plus qu'en 2018. Le paradoxe est saisissant : alors que la CEMAC enregistre des rapatriements record de devises, ces dernières repartent presque aussitôt à l’étranger. Ce flux quasi symétrique entre entrées et sorties affaiblit l’effet stabilisateur recherché, et enferme la sous-région dans une mécanique monétaire épuisante.

Lire aussi : Sana Bangui : « Le Cameroun doit accélérer la réhabilitation de la Sonara pour soulager nos réserves de change »

Or, la rétrocession des devises constitue une obligation réglementaire majeure : les recettes en devises générées par les exportations doivent être rapatriées dans la zone CEMAC, puis partiellement reversées à la BEAC. Ce mécanisme permet à l’institution d’alimenter ses réserves officielles de change et de maintenir une parité stable du franc CFA. Autrement dit, plus les rétrocessions sont importantes, plus la Banque centrale dispose de marges de manœuvre pour défendre la stabilité monétaire de la zone et éviter un réajustement de la parité avec l’euro.

Cette dynamique est née d’un besoin de rupture. Entre 2014 et 2016, la CEMAC a été frappée par une crise de liquidité extérieure, liée à la chute des prix du pétrole, aux tensions sécuritaires et à une faible discipline réglementaire. À l’époque, les réserves de changes étaient tombées à un seuil critique de 2 à 2,2 mois d’importations, exposant la région à une possible crise monétaire. C’est dans ce contexte que la nouvelle réglementation en vigueur, adoptée en décembre 2018, a introduit un cadre rigoureux de gestion des devises, dont les effets sont aujourd’hui palpables.

Lire aussi : Cemac : les réserves de change progressent de 9% à 7 515 milliards FCFA à fin janvier 2025

« Ce processus, lancé en 2018, s’est appuyé sur une large concertation avec l’ensemble des parties prenantes. Il a abouti à l’adoption, en 2019, d’un cadre renouvelé, mieux adapté aux enjeux actuels. Aujourd'hui, nous pouvons dire avec certitude que les preuves de l'efficacité de cette réglementation de changes sont indiscutables », a expliqué Yvon Sana Bangui. Le gouverneur de la BEAC se félicite de cette évolution, soulignant que la réforme a non seulement renforcé les réserves de changes, mais également amélioré la traçabilité des opérations internationales, participant ainsi à la lutte contre l’évasion fiscale.

Obstacles

Cependant, tout n’est pas encore acquis. Le processus de rapatriement des recettes d’exportation reste incomplet dans certains secteurs, en particulier le secteur extractif. Malgré l’injonction des chefs d’État de la CEMAC, fixant au 30 avril 2025 l’échéance pour une application stricte des règles, des résistances subsistent. « Les échanges avec certaines entreprises pétrolières restent complexes et interminables », a regretté le gouverneur, appelant à une responsabilisation accrue des opérateurs. « Tous les assujettis dit-il, sont invités à rapatrier l'intégralité des réserves d'exportation. C'est par là que nous allons renforcer et solidifier l'autonomie de la zone CEMAC ».

La BEAC ne compte pas pour autant se replier sur une posture rigide. Consciente des contraintes exprimées par les milieux d’affaires, l’institution envisage des concertations avec les acteurs. « La réglementation des changes n’est pas figée. Elle est dynamique et évolutive », a rappelé Yvon Sana Bangui, insistant sur l’importance du dialogue avec le secteur privé. A plus long terme, la banque centrale ambitionne de moderniser l’ensemble du dispositif, à travers des plateformes numériques (eTransfer, SwiftScope), le renforcement des contrôles de terrain, et la vulgarisation des textes auprès des assujettis.

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