Pour la première fois depuis 2019, la Banque centrale européenne (BCE) a pris la décision d’abaisser son principal taux directeur de 25 points de base à 3,75%. Cette décision intervient après une série de 10 relèvements successifs jusqu’en septembre dernier, avant une stagnation. Responsable de la politique monétaire de la zone Euro, l’institution change donc l’orientation de sa politique monétaire alors même que le taux d’inflation (2,7%) reste supérieur au seuil admissible sur le vieux continent.
Compte d’opérations
Cette décision, qui à priori, ne touche que la zone euro devrait avoir de fortes conséquences sur les revenus de la Beac, la Banque centrale de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), en 2024. Selon les termes des accords qui régissent le fonctionnement du Franc CFA, les pays de la Cemac sont tenus de déposer au moins 50% de leurs avoirs en devises auprès du Trésor français en contrepartie de la garantie de convertibilité Fcfa-Euro offerte par la France. La rémunération de ce placement par le Trésor français est calculée sur la base du Taux de facilité de prêt marginal (TFPM) de la BCE. Lorsqu’il est inférieur à 0,75%, la Beac perçoit au moins 0,75% d’intérêts mais s’il est supérieur ou égal à 0,75%, le rendement minimum pour la Banque centrale est de 1% du montant.
Ainsi donc, le resserrement agressif de la politique monétaire de la BCE depuis 2022, matérialisé par 10 hausses successives des taux a produit une incidence positive pour la Beac. De manière pratique, la rémunération du compte d’opérations est passée de 12,4% en 2021 à 42,915 milliards de Fcfa en 2022 (+244%) puis 196,7 milliards de Fcfa (+358%) en 2023. Ce qui a permis à la Beac d’atteindre un bénéfice record de 310 milliards Fcfa en 2023.
Moins de gains pour la Beac
Suivant donc cette logique, l’abaissement du TFPM de la BCE décidé début juin affectera forcément les performances de l’institution de la Cemac. Ce qui ne devrait pas être le cas pour la Bceao qui gère elle-même ses réserves depuis 2021. Malgré les multiples critiques liées à la fermeture de son compte d’opérations, la banque centrale ouest-africaine a réalisé une plus-value de 177 milliards de Fcfa en 2023, en prenant elle-même le risque sur ses propres placements à l’international.
Le revers que devraient provoquer un relâchement prolongé de la politique monétaire de la BCE sur la Beac, donnera du grain à moudre aux pourfendeurs du Franc CFA qui la décrivent comme une monnaie coloniale reflétant les réalités de la zone Euro.
Quid des 50% restants ?
Un autre débat qui pourrait être suscité, c’est la capacité de la Beac à gérer les 50% restants de ses avoirs en devises qui ne sont pas logés au Trésor français. Le rapport 2023 de la Banque révèle qu’une partie a été placée auprès des banques correspondantes à savoir : Standard Chartered Bank Londres, Banque de France et BNP Paribas. Une autre partie est gérée par la Banque mondiale dans le cadre de son programme RAMP (Reserve Advisory and Management Program), une autre est investie sur des obligations internationales… Seulement, la Beac ne précise pas les rendements générés par ces autres placements qui, on pourrait l’envisager, serviraient à combler le déficit généré par le compte d’opérations.
Une réforme monétaire en étude depuis 2019
Cette conjoncture défavorable intervient au moment où au sein de la zone Cemac, le débat sur l’avenir du franc CFA est évoqué en haut lieux. Le 17 mars 2023, les chefs d’États de la région ont reçu les résultats d’une étude commandée à la Beac en 2019 laquelle propose « un schéma approprié, conduisant à l’évolution de la monnaie commune ».
Les contours de cette proposition n’ont pas été mis à la disposition du public mais des sources médiatiques anticipent sur une réforme calquée sur le modèle de l’Uemoa c’est-à-dire clôture du compte d’opérations, rapatriement des réserves de change au siège de la Banque Centrale, retrait progressif des représentants français au sein du conseil d’Administration de la Beac, ainsi qu’une nouvelle dénomination de la monnaie.
Le 17 mars 2023 à Yaoundé, les dirigeants de la sous-région avaient prescrit au président de la commission, d’élargir la réflexion aux ministres en charge des Finances et de l’Economie de la région, et de lui remettre des conclusions conjointes.










