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Bvmac : pourquoi les obligations de la Bdeac n'attirent pas les investisseurs  

Après une levée de fonds réussie, le premier emprunt de la Bdeac peine réellement à circuler sur le marché secondaire de la bourse.

Publiée mardi 22 mars 2022 à 11:26:56Modifiée jeudi 24 mars 2022 à 09:21:53Temps de lecture 7 minPar Cedrick JIONGO

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Un marché financier à dynamiser sous tous ses compartiments

Après une levée de fonds réussie, le premier emprunt de la Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale(Bdeac) peine réellement à trouver ses marques sur le marché secondaire de la bourse. En mars 2021, juste après leur admission à la cote, 937 391 titres de la valeur BDEAC 5,45% net 2020-2027 étaient proposés à la vente sur le marché secondaire de la Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique centrale(Bvmac). Un an après, pas un seul titre n’a été transigé. Pourtant, les jours passent, les séances de cotation se suivent, mais les investisseurs ne semblent pas particulièrement enthousiastes à l’idée de faire des placements sur ces actifs. Sur le marché, elles détiennent le record de longévité des ordres non exécutés. A cela, il faudrait désormais ajouter les 50 000 titres du second emprunt BDEAC 5,60% net 2021-2028 eux aussi placés à la vente depuis le 14 mars dernier 2022. Pourquoi un tel désintérêt des investisseurs sur ces titres rémunérés pourtant au taux de 5,45% ? La Bdeac n’est-elle plus crédible aux yeux des investisseurs ?

L’équation du rendement

L’investissement en obligations, considéré comme l’un des plus sûrs sur les marchés, prend en considération plusieurs facteurs tels que la qualité de l’émetteur et le coupon ou le taux d’intérêt. De ce point de vue, la Bdeac est un émetteur de référence dans la sous-région reconnue comme tel auprès des investisseurs. En règle générale, la qualité de l’émetteur se traduit à travers une notation risque. La Bdeac, apprend-t-on, serait dans un processus de notation enclenché il y’a 3 ans. Ce qui ne remet cependant pas en cause la qualité de cet émetteur ; la preuve les deux derniers appels publics à l’épargne lancés par l’institution se sont clôturés par des sursouscriptions soit 107% en 2020 et 115% en 2021.

Lire aussi : Cemac : la Beac et la Bvmac évaluent la fusion des deux places boursières

S’agissant du rendement, le premier constat est que le titre BDEAC 5,45% net 2020-2027, détient le 2e taux d’intérêt le plus faible du marché soit 5,45% contre 5,40% pour Alios 21/25. A maturité moins longue, les autres valeurs sont mieux rémunérées ; c’est le cas d’Alios Finance Gabon14/21 rémunéré à 6,25%, ECMR 18/23 à 5,6%, EOG 17/22 à 6,5%... La faiblesse du taux d’intérêt pour cette maturité, selon les experts, est pour beaucoup dans l’illiquidité du titre. « Actuellement sur le marché pour être intéressant, il faut au moins avoir un taux d’intérêt de 5,6%. Nous les gestionnaires de portefeuille, nous faisons des arbitrages entre les différentes valeurs. Si une valeur vient en dessous de ce pourcentage, elle ne peut que réduire la performance d’un portefeuille » explique un gestionnaire d’actif agréé par la Cosumaf.

Lire aussi : Marché monétaire : la Bvmac enregistre 2 milliards de FCFA de transactions entre janvier et février 2022

A cela, il faudrait également ajouter la prééminence d’autres produits financiers nettement plus rentables, notamment les valeurs des Trésor, émis sur le marché des titres de la Beac, qui offrent des taux de rendement et des décotes tout aussi attractives pour les investisseurs. A titre d’exemple, le taux d’intérêt sur les OTA du Gabon est de 5,25% sur 3 ans tandis que ceux du Cameroun ont atteint 5,90% sur une maturité de 6 ans. « Toutes les semaines, les Etats font des sorties plus intéressantes sur le marché de la Beac. Du coup, pour acquérir des titres à faible rendement, les acheteurs vont souvent exiger une petite décote ce qui jusqu’ici n’a pas encore trouvé un écho favorable auprès des détenteurs de ces titres » poursuit notre expert.  

Contexte
« Si le rendement ou la qualité de l’émetteur suffisaient à expliquer la liquidité d’un actif, le marché secondaire des titres publics serait extrêmement liquide ». Pour Michelle Atangana, DG de USCA et membre du consortium d’arrangeurs pour les deux emprunts Bdeac,apprécier la liquidité d’un actif précis sans le mettre en contexte pourrait biaiser l’analyse, car, explique-t-elle, le problème de la liquidité est un problème global. « Si vous portez votre analyse sur des titres cotés et même des valeurs non cotées comme les valeurs du Trésor, vous allez vous rendre compte que la déficience de liquidité de notre marché est structurelle et c’est une problématique globale. Nous devons plutôt interroger la capacité de notre écosystème à produire de la liquidité. Et là, il faut regarder des éléments tels que la variété des offres, les solutions de placements, le fonctionnement de l’organisation du marché, la réglementation et même la culture financière », explique-t-elle. Autant dire qu’en contexte d’un marché plus dynamique, les titres Bdeac n’auraient pas beaucoup de problèmes à circuler.

Contrats de liquidités

Pour favoriser des transactions sur le marché et éviter des statu quo comme celui de la Bdeac, le conseil d’administration de la Bvmac a décidé de systématiser, pour les émetteurs de valeurs mobilières, l’obligation de signer un contrat de liquidité avec leur Société de bourse(SDB). Concrètement, les émetteurs sollicitant l’admission de leurs titres à la côte doivent mettre à la disposition d’une SDB avec laquelle ils ont signé lesdits contrats, une enveloppe financière et des titres en utilisant comme assiette, le volume de l’emprunt souscrit par les investisseurs personnes-physiques. Le taux est fixé à 2% et 0,5% de l’assiette respectivement pour le montant en espèces et la dotation en titres. Dès lors, la société de bourse est tenue d’intervenir sur la plateforme de la Bvmac en « offrant à la vente ou à l’achat et/ou les deux, le titre concerné dès lors qu’elle constate que sur une période d’une semaine allant de lundi à vendredi, il n’y a eu aucun échange relevant de l’activité normale du marché boursier sur ce titre pour lequel il assure l’animation contractuellement ». Pour les valeurs déjà côtés à la bourse, il leur est accordé un moratoire de 3 mois à l’effet de se conformer à cette disposition.

Lire aussi : Bvmac : la Régionale capte 3 millions de FCFA de transactions en un jour

« Les petits porteurs et même les plus gros comme les asset manager ont besoin de sortir et de rentrer dans le marché le plus fréquemment possible. Soit pour gérer leur trésorerie soit pour spéculer en faisant des prises de bénéfices lorsque les cours deviennent favorables. Les asset manager par exemple doivent faire face au rachat de parts de  temps en temps ils doivent eux-mêmes vendre pour pouvoir désintéresser ceux qui veulent sortir et si le marché ne présente pas de contrepartie leur travail est faussé» commente Louis Banga Ntolo, le DG de la Bvmac joint par EcoMatin. Une bonne décision à priori mais qui est diversement appréciée par les acteurs du marché. « Ce sont des contrats liés à une duration, et qui quittent la cote une fois l'échéance arrivée. Ceux qui les détiennent par principe les conservent pour percevoir les coupons. Historiquement ce sont des titres moins liquides que les actions sur tous les marchés du monde et qui ne fluctuent presque pas. Ce sont les actions qu'il faut dynamiser, quand on les achète c'est une propriété à vie » réagit notre Asset Manager.

Lire aussi : Bvmac : avec plus de 600 titres demandés, l’action Socapalm reste la plus courtisée du marché

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