Le Cameroun, bien que n’étant pas encore un exportateur établi de mines solides, affiche désormais des avancées tangibles sur plusieurs projets miniers d'envergure. Ces progrès notables, confirmés par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (Minmidt) dans un récent état des lieux, semblent enfin concrétiser la vision présidentielle. Lors de son adresse à la nation du 31 décembre 2023, le Chef de l'État avait en effet instruit le démarrage effectif de trois grands projets structurants : la bauxite de Minim-Martap dans l’Adamaoua, le fer de Grand-Zambi et le fer de Kribi dans la région du Sud. Sur le terrain, le constat est irrévocable : ces initiatives ont résolument démarré. Cette impulsion vise à transformer le vaste potentiel géologique du Cameroun en une réalité économique tangible, offrant de nouvelles perspectives de diversification des revenus de l'État, confronté à la baisse drastique des recettes pétrolières, et créant des milliers d'emplois. Un classement par degré d'avancement permet de mieux appréhender la dynamique de ce secteur stratégique.
Projet d’Or de Colomine : la production industrielle en vue
Développé dans la région de l’Est par la juniore minière locale Codias S.A., le projet aurifère de Colomine s'affirme à date comme le plus avancé du secteur minier camerounais. Il s'agit de la toute première mine souterraine du pays, dont l'exploitation a déjà atteint 40 mètres de profondeur par chambres et piliers. L'unité de traitement en vase clos, destinée à optimiser la récupération de l'or, est quant à elle achevée à plus de 90%, selon une récente inspection ministérielle début juin 2025. Avec des réserves estimées à 500 000 tonnes de minerai et 1867,42 kg d'or métal, cette mine alimentera l'unité de traitement, avec une projection de production à court terme de 50 kg d'or en lingot par mois (soit 600 kg/an, ou environ 20 000 onces/an).
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L’exploitation de ce gisement est prévue sur une période de vingt ans, et pourrait à terme produire environ quatre cent mille (400 000) onces d’or (soit environ 12,44 tonnes). Pour optimiser ce projet stratégique, le gouvernement a prescrit l'adoption du système de lavage en vase clos, pour lequel le Minmidt affirme que Codias a bénéficié d'exonérations douanières. L’Etat vise un chiffre d'affaires annuel estimé à 60 millions de dollars (environ 30 milliards de Fcfa) avec ce projet.
Projet de Fer de Grand-Zambi : Cap sur les premières exportations en juin 2025
Localisé dans la région du Sud, le projet de fer de Bipindi Grand-Zambi est piloté par la société G-Stones Resources S.A., qui s'affirme comme pionnier du fer au Cameroun. Le site recèle des réserves de 150 millions de tonnes de minerai (teneur moyenne 29,45%), prévues pour une exploitation sur vingt ans. L'extraction à ciel ouvert a déjà débuté, avec plus de 600 000 tonnes de minerai déjà extraites et stockées. Sur place, un concasseur d’une capacité de 300 tonnes/heure est installé, et l'unité de traitement du minerai est en cours d'installation, bénéficiant de l’accord de KPDC pour la fourniture d’énergie. Une première mise en production d’environ 1 million de tonnes de concentré de fer est projetée pour la fin du mois de juin 2025 par l’entreprise minière. Côté infrastructures, un pylône de réseau mobile de 40 km de rayon est déjà opérationnel, assurant la connectivité bien au-delà de la zone du projet. La construction de la base vie et de la route secondaire devant rallier le Port Autonome de Kribi sont en cours de finalisation, tandis que la route de 7 km reliant le carrefour G-STONES au site d’extraction est achevée. Pour l'exportation, la compagnie minière dispose d'une aire de 2,5 hectares au Port Autonome de Kribi (PAK), facilitant le stockage et l'acheminement du concentré de fer via les installations existantes du port.
Projet de Bauxite de Minim-Martap : exportations dans neuf mois
La société minière australienne Canyon Resources, via sa filiale locale Camalco, est en charge de l'exploitation de la bauxite de Minim-Martap, dans la Région de l’Adamaoua. Ce gisement, riche de 99,1 millions de tonnes (51% d'alumine, 2,4% de silice), est prévu pour une exploitation sur vingt ans. Le projet avance sur plusieurs fronts : une Déclaration d’Utilité Publique a été obtenue pour la mine à ciel ouvert, le design de la mine est finalisé, et une demande d'exonérations douanières soumise aux autorités pour faciliter la mobilisation du matériel de production. Sur le site, les études topographiques du tronçon routier de 45 km vers la gare ferroviaire de Makor sont achevées, et les autorisations nécessaires obtenues.
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L'emplacement de la gare minéralière est validé, et sa construction est prévue sur sept mois. Parallèlement, Canyon Resources a obtenu les autorisations pour la fabrication et l’importation des locomotives et wagons, et a procédé à l’acquisition de 9,1% des parts de Cameroon Railways, l'opérateur ferroviaire national. Bien que la Convention État-Camalco soit encore en attente de signature, la société australienne s'est déjà engagée à financer 4,5 milliards de Fcfa pour la réhabilitation des 600 km de chemin de fer entre Makor et Douala, permettant un transport initial de 500 000 à 1 million de tonnes de bauxite sur 18 mois. En ce qui concerne l'exportation maritime, la minière a sécurisé un espace de 6,5 hectares au terminal minéralier du Port Autonome de Douala (PAD). Enfin, les études de faisabilité pour une unité de traitement de la bauxite en alumine sont en cours (première mouture attendue en septembre 2026), et le certificat de conformité environnementale a été délivré. Au regard de ces avancées très significatives, le Minmidt et Canyon projettent les premières exportations de bauxite dans neuf mois.
Projet de Fer de Kribi-Lobe : Les yeux rivés sur 2026
La société chinoise Sinosteel vise les premières exportations de fer de Kribi-Lobe (région du Sud), en 2026. Ses réserves sont estimées à 632 millions de tonnes (teneur moyenne 33%) sur vingt ans. Sur le site, l'extraction du minerai à ciel ouvert et son stockage sont effectifs. L'unité d'enrichissement, pour produire 4 millions de tonnes de concentré de fer à plus de 62%, est en cours d'installation. Les équipements pour une centrale énergétique à charbon de 50 Mégawatts sont disponibles. La construction de la base vie (1000 logements) avance. Le tronçon routier vers le Port Autonome de Kribi est achevé, et les négociations pour la délimitation du site du terminal minéralier sont en cours.
Projet de Fer de Mbalam : Le défi de l'infrastructure ferroviaire
Lancé le 8 mai 2024 et géré par la Cameroon Mining Company (CMC), le projet d'exploitation du fer de Mbalam (Régions de l’Est et du Sud), avec ses réserves considérables de 805 millions de tonnes (teneur moyenne 62,3%) exploitables sur vingt ans, fait face à des défis qui le placent en retrait par rapport aux autres initiatives minières du Cameroun. En effet, plus d’un an après son lancement, ce projet manque encore d'une visibilité claire. L'unité de conditionnement du « Direct Shipping Ores » (DSO), essentielle au traitement du minerai, est toujours en cours d'installation. Par ailleurs, des difficultés juridiques et financières continuent d'entraver sa progression : l’affaire judiciaire avec Sundance Resources demeure pendante au Tribunal de commerce international, tandis que le Cabinet Jeantet continue de réclamer ses honoraires à l'État. Concernant l'évacuation du minerai, des camions pour le transport routier vers le Port Autonome de Kribi sont en cours d'acquisition. Cependant, bien que le tronçon routier Mbalam-PAK soit en aménagement par le MINTP, le transport par route est conditionné par la signature d'une convention avec un partenaire stratégique et surtout par le démarrage de la construction du chemin de fer, dont les financements et la réalisation du contrat avec la société Bestway sont toujours attendus. La solution ferroviaire reste, en effet, la clé pour une exploitation à grande échelle de ce gisement.
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