Porté par l’élan de l’inauguration, le 6 mars dernier, de son nouvel immeuble siège – un complexe administratif ultramoderne érigé sur 3,8 hectares pour 44 milliards FCFA –, le Conseil économique et social (CES) multiplie les initiatives pour sortir de sa longue léthargie. Le déclic est venu d’une enquête de terrain qu’il a lui-même menée auprès de personnes ressources. Les résultats sont édifiants : 66,7 % des sondés ignorent jusqu’à l’existence de l’institution, ses missions et ses actions. Un diagnostic interne a en outre mis en lumière plusieurs failles : effectifs insuffisants et peu qualifiés, budgets faméliques depuis trente ans, absence d’assemblée d’experts et donc de sessions depuis plus de trois décennies, ainsi qu’un manque d’autonomie dans la saisine des dossiers. Conscients de cette situation, ses dirigeants ont adopté le premier plan stratégique de l’histoire du CES, couvrant la période 2025-2030. Objectif : replacer l’institution au cœur de la conception, de la coordination et du suivi des politiques publiques. Le plan prévoit, notamment, une contribution accrue à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND-30), des propositions de politiques mieux adaptées aux besoins du secteur privé, de la société civile et des collectivités, un renforcement du dialogue public-privé, et une veille proactive face aux mutations et chocs internationaux.
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Le CES ambitionne également de redevenir une véritable force de proposition auprès des pouvoirs publics, en produisant rapports, études et avis sur les freins à la croissance, la politique d’import-substitution, ou encore les enjeux sociaux, culturels et environnementaux. Pour concrétiser cette feuille de route, l’institution estime ses besoins à 44,3 milliards FCFA, dont 58 % pour les investissements (25 milliards FCFA) et 42 % pour le fonctionnement (18,2 milliards FCFA). Or, les ressources actuellement prévues ou disponibles s’élèvent à environ 12 milliards FCFA, calculées sur la base d’un budget annuel stable autour de 2 milliards Fcfa. Résultat : un déficit de 32,3 milliards FCFA, soit 73 % des besoins totaux. Pour combler ce gap de financement, le CES prépare un plan de plaidoyer ciblant le gouvernement, les collectivités territoriales décentralisées, le secteur privé et les bailleurs de fonds internationaux.
Créé par la Constitution de 1972 et reconduit dans toutes les révisions ultérieures, le CES est l’une des trois grandes instances du dispositif institutionnel camerounais, aux côtés de l’Assemblée nationale et du Sénat. Ses 150 membres, désignés par les organisations socioprofessionnelles, représentent divers secteurs : économie (banque, industrie…), mouvements associatifs, syndicats, jeunes et femmes. Contrairement aux chambres législatives, le CES n’a pas vocation à voter des lois, mais à fournir un appui-conseil à l’exécutif sous forme d’avis techniques sur les grandes questions économiques, sociales, culturelles ou environnementales, à la demande du président de la République ou du Premier ministre.
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