Début août dernier, des émissaires du Linden Museum de Stuttgart (qui détient plus de 8000 objets culturels camerounais), qu’accompagnait l’ambassadeur d’Allemagne au Cameroun sont allés présenter au ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt, une offre de recherche qui vise à mettre en lumière les origines exactes des milliers d’artefacts camerounais présents dans ce musée. Objectif à terme, faire rapatrier ces objets et les retourner aux légitimes héritiers. Une énième initiative qui ne donne aucun gage de succès à court ou moyen terme. Le Cameroun est pourtant l'un des pays africains les plus concernés par la question du patrimoine culturel spolié. Selon les chercheurs, l'Allemagne abrite à elle seule près de 40.000 pièces camerounaises, principalement collectées entre 1884 et 1919, lors de la période coloniale. Ces objets – masques, statues, trônes royaux, instruments de musique ou objets rituels – sont aujourd'hui dispersés entre plusieurs institutions, dont le Musée Grassi à Leipzig, le MARKK de Hambourg, le Musée Rautenstrauch-Joest de Cologne, ou encore le Musée des 5 continents de Munich.
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La France n'est pas en reste. Le rapport Savoy-Sarr, commandé en 2018 par l'Élysée, a recensé 7838 objets camerounais dans les collections françaises, dont l'écrasante majorité au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, qui concentre à lui seul quelque 70 000 objets africains. Cela place le Cameroun au deuxième rang des pays représentés dans les collections subsahariennes de ce musée, derrière le Mali. Depuis 2019, plusieurs missions camerounaises se sont rendues à Paris et à Berlin pour discuter des modalités de restitution. À l'époque, l'annonce du président Emmanuel Macron de restituer au Bénin et au Sénégal certains objets majeurs avait nourri les espoirs à Yaoundé. Des listes d'artefacts prioritaires avaient même été établies, incluant notamment le « Dzom So’o », masque rituel sacré des peuples Fang-beti, ou encore le « Tangue » de Lock Priso, conservé à Munich et symbole fort de résistance.
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Pourtant, 6 ans plus tard, aucun calendrier de rapatriement n'a été rendu public. Les discussions achoppent sur la question de la traçabilité et de la provenance des pièces. Les musées européens insistent sur la nécessité de longues recherches historiques et archivistiques avant toute décision, tandis que les autorités camerounaises peinent à structurer une stratégie claire, incluant la construction d'infrastructures muséales capables d'accueillir et de conserver ces œuvres dans de bonnes conditions.
Attentes locales, silence officiel
Dans les communautés d'origine, l'impatience grandit. À Foumban, siège du royaume Bamoun, les chefs traditionnels réclament depuis des décennies le retour des trônes et objets de pouvoir emportés en Europe. « Ces pièces sont l'âme de notre histoire. Les voir exposées en Europe est une blessure permanente », souligne intellectuel Bamoun. À Douala, les descendants du chef Lock Priso n'ont de cesse de rappeler que le « Tangue » qui lui appartenait incarne une mémoire de lutte et de dignité. Pour autant, le dossier semble relégué au second plan dans les priorités officielles. Ni le ministère camerounais des Arts et de la Culture, ni les chancelleries concernées n'ont communiqué récemment sur l'avancement des discussions. Le contraste est frappant avec d'autres pays africains : le Bénin a récupéré 26 trésors royaux d'Abomey en 2021, et le Nigeria a amorcé le retour progressif des bronzes du Bénin depuis le Royaume-Uni et l'Allemagne.
Un enjeu de mémoire et de souveraineté
Au-delà de leur valeur artistique, ces objets représentent une mémoire collective et un enjeu de souveraineté culturelle. Le Cameroun a exprimé sa volonté de rapatrier des pièces représentatives de ses quatre grandes aires culturelles, en lien avec les communautés d'origine. Mais tant que les procédures resteront bloquées entre promesses diplomatiques et inertie administrative, ce patrimoine continuera d'appartenir aux vitrines occidentales. Plus de 100 ans après leur départ forcé, les biens culturels camerounais attendent toujours leur retour. Pour l'heure, le processus de restitution reste au point mort, symbole d'un combat encore loin d'être gagné.
Par Jean Omer Eyango








