Entre le 2 et le 30 juillet 2024, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), la banque centrale des six pays de la Cemac, a injecté au total 470 milliards de FCFA de liquidité dans le circuit bancaire de cette espace communautaire constitué du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Tchad et de la République centrafricaine (RCA). Selon les chiffres de la Beac, ces offres de liquidité, respectivement de 165 milliards de FCFA le 2 juillet, 185 milliards de FCFA le 23 juillet et 120 milliards de FCFA le 30 juillet, ont été toutes sursouscrites à plus de 200%, avec un pic de 425% de taux de souscription pour l’opération du 30 juillet 2024 (une opération similaire le 18 juin avait enregistré un taux de souscription de 449%).
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Cette ruée des banques commerciales sur les offres de liquidité de la Beac, observée depuis la reprise de ces opérations en juin 2024, témoigne du besoin des établissements de crédit de renflouer leurs coffres-forts pour pouvoir répondre aux demandes de crédits visiblement de plus en plus importantes des agents économiques, après la période d’austérité imposée par la Beac. En effet, excipant la lutte contre la proportion de l’inflation d’origine monétaire, la Beac a accéléré, dès l’année 2022, l’assèchement de la liquidité bancaire dans l’espace Cemac, dans le but de restreindre l’accès au crédit en le renchérissant. C’est ainsi qu’en plus du relèvement progressif des taux directeurs entamé fin 2021, à l’effet de réduire l’accès des établissements de crédit au refinancement à ses guichets, la banque centrale des pays de la Cemac a suspendu ses opérations d’injection de liquidité dans les banques dès février 2023, en même temps qu’elle intensifiait plutôt les ponctions dans les coffres des banques, à travers des opérations de reprise de liquidité et des émissions des bons de la Beac.
Toutes ces mesures, selon la banque centrale, ont conduit à une contraction de la liquidité bancaire. Concrètement, à en croire le dernier rapport de politique monétaire de la Beac, « les réserves brutes du système bancaire de la Cemac, avant les opérations monétaires, ont régressé de 14,3 % » au premier trimestre 2024. Au demeurant, contrairement à l’objectif visé par la politique monétaire d’austérité mise en œuvre par la banque centrale, les concours financiers des banques au bénéfice des entreprises, des particuliers et des États ont quant à eux progressé.
La croissance économique en ligne de mire
En effet, apprend-on officiellement, les crédits bancaires dans la Cemac ont augmenté de 7,9% à fin 2023, et de 7% au premier trimestre 2024. Dans le même temps, les levées de fonds sur le marché des titres publics de la Beac, sur lequel opèrent les Etats à travers les banques agréées comme spécialistes en valeurs du trésor (SVT), sont restées dynamiques. Dans la mesure où ce marché affiche par exemple une hausse de son encours de 14,1% sur les quatre premiers mois de l’année 2024. Les chiffres révélés par la Beac incitent à penser que cette augmentation des concours financiers aux opérateurs économiques et aux Etats de la Cemac, dans un contexte pourtant marqué par une politique monétaire restrictive, a été rendue possible par le recours au marché interbancaire, qui a permis aux établissements de crédit de se refinancer entre eux, face au durcissement des conditions d’accès au refinancement de la banque centrale.
Mais, à côté de cette réalité, l’inflation, cible principale du durcissement de la politique monétaire ces derniers mois, a reculé dans l’espace Cemac. « Le resserrement de la politique monétaire de la Beac engagé depuis 2022 et les mesures d’accompagnement prises par les États en vue de préserver le pouvoir d’achat des ménages ont contribué à contenir les pressions inflationnistes. Ainsi, le taux d’inflation est revenu à 5,6% (en 2023), après 6,3% en 2022 », se réjouit la Beac dans son rapport d’activités 2023, publié le 5 août 2024. Cet indicateur est même annoncé à 3,9% en 2024 (en baisse de 1,7% par rapport à 2023), selon les projections du Comité de politique monétaire (CPM) de la banque centrale.
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Bien que ce recul de l’inflation soit plus tributaire de facteurs externes que de la politique monétaire interne, selon le propre aveu de la Beac, il s’avère être propice au desserrement de l’étau autour de la liquidité bancaire observé depuis le 11 juin 2024. En effet, c’est ce jour-là, après plus d’un an de suspension, que la Beac a décidé de relancer ses injections de liquidité au profit des banques commerciales, avec une première offre de 120 milliards de FCFA, souscrite à seulement 45,8%. Mais, depuis la seconde opération, le 18 juin 2024, les taux de souscription n’ont cessé d’exploser, contraignant du même coup la Beac à réviser à la hausse ses offres. C’est ainsi qu’on est progressivement passé de 65 milliards de FCFA, pour la plus petite offre, à 185 milliards de FCFA, pour la plus grande, entre juin et juillet 2024.
Au regard des besoins successifs exprimés par les banques au fil des dernières opérations, il est désormais fort probable que cette enveloppe atteigne les 250 milliards de FCfa quasi-hebdomadaire d’avant février 2023. Ce qui devrait permettre de doper davantage le financement des entreprises et autres agents économiques, avec pour corollaire une croissance plus vigoureuse du PIB sous-régional. En tout cas, cette hypothèse est dans le droit fil des projections de la banque centrale, qui table sur un taux de croissance de 3,6% en 2024, soit le plus haut niveau de cet indicateur depuis 10 ans, fait remarquer le gouverneur de la Beac, le Centrafricain Yvon Sana Bangui. Cet indicateur devrait d’ailleurs légèrement progresser entre 2025 et 2027, pour se situer à un taux moyen annuel de 3,7% sur la période, du fait principalement de l’embellie annoncée dans le secteur minier, selon les prévisions de la banque centrale.









