Le Comité de politique monétaire de la Banque des États de l'Afrique Centrale (Beac) a annoncé ce 24 juin, le maintien de ses taux directeurs pour la cinquième fois d’affilée, afin de lutter contre l’inflation en zone Cemac. Ainsi, le taux d’intérêt des appels d’offres reste à 5% et celui de la facilité de prêt marginal à 6,75%. Un énième statu quo adopté à la lumière des évolutions économiques et financières marquées au niveau sous-régional par : « des réalisations macroéconomiques plutôt favorable ; une position extérieure toujours confortable ; et un taux d’inflation encore élevé mais en recul », souligne la Beac.
Ponctionner la liquidité pour stabiliser les prix
Autant le dire, dans une économie de marché sous-régional globalisé, la banque centrale tend à fonctionner comme un thermostat : elle régule le système pour éviter qu'il ne surchauffe ou ne fonctionne en sous-régime. Les deux dernières années sont un cas d’école. En effet, la maîtrise des pressions inflationnistes persistantes au sein de la zone a conduit à un resserrement de la politique monétaire de la Beac. Le taux d’intérêt des appels d’offres a ainsi été augmenté à deux reprises par exemple, passant de 3,5% à 4% en mars 2022 et à 4,5% en septembre 2022. Pour ensuite se stabiliser à 5% à partir de mars 2023.
Parallèlement, la banque centrale a mis en œuvre une réforme visant à ponctionner l’excédent de liquidité qui dort dans le système bancaire de la Communauté de façon à réduire la composante de l’inflation qui viendrait de la monnaie. Cette manœuvre a consisté à rendre la liquidité plus onéreuse pour les banques commerciales, avec des répercussions sur le coût du crédit bancaire et par effet d’entraînement, limiter l'accès des agents économiques à ces crédits. « Dans un premier temps, il était question de ponctionner la liquidité pour faire abaisser la masse monétaire en circulation, tout en augmentant les taux directeurs pour garantir la stabilité des prix », explique le gouverneur de la Beac, le Centrafricain Yvon Sana Bangui.
Equilibre délicat entre inflation et croissance
Cette politique d'austérité monétaire a permis de freiner l'inflation, la faisant passer à 3,9% en moyenne annuelle à fin 2024, contre 5,6% en 2023, selon les perspectives de la Beac. Lesquelles suggèrent que les opérations de ponction de la liquidité portent progressivement des fruits. En conséquence, l’institut d’émission y a mis un coup de frein ces derniers mois. Parce qu’en plus de l’objectif de lutte contre l’inflation, il y a l’ambition d’avoir une forte croissance économique qui est annoncée à la hausse à 3,3% en 2024 contre 2,3% un an plus tôt.
Dans ce jeu d’équilibre, la Beac a changé d’approche en réinjectant de la liquidité dans le circuit bancaire de cette communauté qui regroupe le Cameroun, le Tchad, la République centrafricaine, le Gabon, le Congo et la Guinée Equatoriale. « Cet exercice, soutient le gouverneur de la Beac, est basé sur des simulations avec des hypothèses et des données macroéconomiques qui ont permis à la banque centrale de reprendre, il y a de cela deux semaines, les opérations de réinjection des liquidités dans le circuit bancaire de la Communauté ». Ainsi, la première opération a eu lieu le 11 juin et portait sur l’injection de 120 milliards de Fcfa dans le circuit bancaire. Une opération plus ou moins boudée par les banques qui n’ont capté que 45% de l’enveloppe, soit 55 milliards de Fcfa.
La Beac a cependant eu plus de succès lors de la deuxième opération, relative à l’injection de 65 milliards de Fcfa dans le système bancaire, sept jours plus tard. Les résultats de cette opération ont révélé que la demande exprimée par les banques a atteint 292 milliards de Fcfa, représentant plus de 449% de l’enveloppe proposée par la Beac qui d’ailleurs, songe déjà à une nouvelle réforme. « Le Comité de politique monétaire travaille en ce moment dans l’élaboration d’une nouvelle stratégie qui sera implémentée d’ici peu », promet Yvon Sana Bangui.











