Initialement prévue pour le 29 décembre 2024, la période de souscription de l’emprunt obligataire de 80 milliards FCFA lancé en novembre dernier par la République du Gabon sous l’intitulé « EOG Multi-Tranches 2024-2030 II » vient d’être repoussée pour la troisième fois. Après un premier glissement au 22 janvier, puis au 30 avril, la clôture est désormais fixée au 30 mai 2025, entraînant dans la foulée un report de la première cotation des titres à cette nouvelle échéance, selon un communiqué de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) publié le 16 mai.
Officiellement, aucune justification n’a été avancée pour motiver cette série de reports. Toutefois, plusieurs signaux laissent penser que la raison principale pourrait résider dans le fait que Building Emerging Markets Securities (BEM Securities), arrangeur-chef de file de l’opération, n’a pas encore pu boucler l’intégralité des souscriptions. Une hypothèse plausible si l’on considère le contexte de marché particulièrement exigeant. En effet, malgré le desserrement de la politique monétaire engagé par la BEAC en mars 2025 avec l’abaissement de ses principaux taux directeurs (de 5% à 4,5% pour le taux d’intérêt des appels d’offres, et de 6,75% à 6% pour le taux de facilité de prêt marginal), les banques de la zone CEMAC ne semblent pas avoir suffisamment de liquidités disponibles pour investir. Illustration : lors de l’opération d’injection de liquidité de la BEAC le 21 mai dernier, pour un montant de 320 milliards FCFA, les banques ont formulé un besoin de 540,9 milliards FCFA, soit un taux de souscription de près de 170%.
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De fait, le manque persistant de liquidités, combiné à une prudence accrue des investisseurs vis-à-vis des émissions publiques, freine l’absorption des titres obligataires par les acteurs traditionnels du marché. Ainsi, dans le cas spécifique du Gabon, l’environnement politique récent pourrait également expliquer une certaine retenue des investisseurs. Le pays sort d’une transition engagée à la suite du coup d’État d’août 2023. Ce n’est qu’à la faveur de l’élection présidentielle du 12 avril 2025 – ayant consacré le général Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête de l’Etat – que le pays est officiellement revenu à une gouvernance civile, même si la prudence reste de mise sur les marchés. Les opérateurs scrutent désormais des signaux concrets de stabilité économique et de continuité dans la politique budgétaire avant de s’engager plus massivement.
Des conditions d’émission pourtant attractives
Pourtant, de l’avis d’experts, les conditions de l’émission obligataire « EOG Multi-Tranches 2024-2030 II » du Gabon sont attractives. Celle-ci porte sur un total de 8 006 576 titres, qui seront admis à la cote du compartiment « C-Obligataire » de la bourse unifiée de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire d'Afrique Centrale). Les obligations concernées ont une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune et sont réparties en trois tranches à rendement net progressif : 6,60% pour la tranche A (maturité 3 ans), 6,75% pour la tranche B (maturité 4 ans) et 7% pour la tranche C (maturité 6 ans). Chacune de ces tranches bénéficie d’une période de différé, avec un remboursement du capital échelonné en fonction de la maturité. L’opération est structurée selon la procédure de « l’offre à prix ouvert » avec un cours de référence fixé à 100 % du nominal.







