Les pays de la CEMAC (Cameroun, Gabon, Tchad, RCA, Congo et Guinée équatoriale) veulent changer de logiciel dans le financement de leurs infrastructures. Réunis à Yaoundé les 23 et 24 avril à l’occasion du Colloque financier international (Colfini 2), experts, régulateurs et décideurs ont acté un virage stratégique : mobiliser l’épargne locale, encore largement sous-exploitée, pour financer routes, barrages et projets énergétiques.
Malgré un écosystème financier jugé « mature », le marché financier régional ne représente que 2 % du PIB. Dans le même temps, près de 500 milliards de FCFA de liquidités dorment dans les circuits informels et le mobile money, dont les encours restent orientés vers des usages de court terme . « Le développement a besoin d’être financé (…) Il est question pour l’État de créer un écosystème qui nous permette d’accéder aux marchés financiers de manière soutenable et à moindre coût », a plaidé Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du ministère des Finances, insistant sur la nécessité de financer les infrastructures « en dehors de nos ressources propres ».
Du diagnostic à l’exécution
Face à ce décalage entre abondance de liquidités et déficit d’investissements, les participants ont appelé à une rupture avec les schémas classiques. La feuille de route adoptée mise notamment sur la « dette-projet », consistant à adosser chaque financement à un actif identifiable, mais aussi sur le développement de fonds d’infrastructures et de produits participatifs comme les sukuk.
L’enjeu est également d’élargir la base des investisseurs. Dans une sous-région où plus de 80 % de la population utilise le mobile money mais moins de 1 % investit dans les titres publics, les experts plaident pour une démocratisation de l’accès au marché financier, en s’appuyant sur les usages numériques. « Il faut passer des idées aux projets, des échanges aux transactions », a martelé Paul Onono, administrateur-directeur général de Contacturer Capital. « Le temps des diagnostics est derrière nous. Le temps de l’exécution commence maintenant », a-t-il ajouté, appelant à transformer les réflexions en engagements concrets.
Un changement de paradigme sous contrainte
Dans un contexte marqué par la montée de l’endettement public et la volatilité des financements extérieurs, cette stratégie vise à renforcer la souveraineté financière de la sous-région. Le Cameroun, présenté comme un cas avancé, explore déjà de nouveaux leviers, notamment à travers l’émission d’obligations, la mise en place d’un cadre ESG et des discussions avec les opérateurs télécoms pour capter l’épargne des petits porteurs.
Reste que la réussite de cette « révolution financière » dépendra de la capacité des États à structurer des projets bancables, renforcer la transparence et instaurer la confiance des investisseurs. Autant de conditions encore fragiles dans un marché financier en quête de profondeur, mais que les promoteurs du Colfini espèrent voir émerger à court terme.









