Le Trésor public gabonais a ouvert le 27 mai 2024, les souscriptions sur sa deuxième émission obligataire par appel public à l’épargne de l’année. L’opération qui devrait se refermer le 27 juin prochain vise à mobiliser 200 milliards de Fcfa auprès des investisseurs de la Cemac. Une enveloppe qui servira d’une part à financer le Plan National de Développement pour la Transition, et d’autre part de titriser des dettes moratoires et des créances en instance de paiement au niveau du Trésor gabonais.
Mais l’opération s’inscrit dans un contexte particulier marqué par un durcissement des conditions monétaires, ce qui freine l’investissement sur le marché obligataire. Libreville paye d’ailleurs les frais de cette frilosité car sa première émission, lancée en février dernier a été repoussée à deux reprises avant d'être bouclée. Du coup s’achemine-t-on vers un nouveau revers du Gabon avec cette deuxième sortie ?
Handicaps
À la question de savoir si le coup d’État militaire perpétré il y’a bientôt un an au Gabon, influence leur décision d’investissement, des Trésoriers de banque contactés par EcoMatin répondent tout de suite par la négation. « C’est un événement qui a évidemment suscité des inquiétudes au sein du secteur bancaire mais ces inquiétudes se sont immédiatement dissipées car le Gabon a continué à rembourser sa dette et en dehors du putsch il n’y a pas eu d’incidents majeurs susceptibles de perturber l’activité économique », réagit le directeur de la trésorerie d’une grande banque installée au Cameroun. Les banques sont les principaux investisseurs sur le marché et fournissent en général plus de 70% des fonds lors des opérations de marché.
Du coup, pourquoi les investisseurs boudent-ils les titres de créances du Gabon ? Les intermédiaires de marché contactés suggèrent d’aborder la question de manière globale ce qui permettra de constater que le Gabon n’est pas le seul pays en difficulté. À la recherche de 50 milliards de Fcfa le mois dernier, la Bdeac, qui est pourtant un émetteur de référence, a éprouvé d’innombrables difficultés, prorogeant les délais de souscriptions pour une enveloppe plutôt modeste. Sur le marché des titres, tous les pays de la Cemac font face au durcissement des conditions financières marqué par un resserrement agressif de la politique monétaire par la Beac qui active tous les leviers pour ponctionner les excès de liquidités dans les coffres forts des banques.
Un autre handicap qui pourrait compromettre les objectifs de Libreville, c’est la faible implication des banques gabonaise. Traditionnellement, les investisseurs installés dans le même pays que l’émetteur font preuve de dynamisme lorsqu’une opération de ce dernier est lancée. Par exemple, lors de la dernière levée de fonds de la BDEAC, la grosse part de l’enveloppe était issue du Congo où l’institution est implantée. L’emprunt obligataire 2023 (200 milliards de Fcfa) du Cameroun a été souscrit à 77,5% par les investisseurs installés au Cameroun. Or dans le cadre de la présente opération on note une faible implication des banques gabonaises. Seule l’Union Gabonaise des Banques (UGB) figure dans la liste des 17 agents placeurs, c’est-à-dire habilités à collecter auprès du public ; 14 viennent du Cameroun et deux du Congo.
Atouts majeurs
Du coup pour contourner tout ceci, les sociétés de bourses retenus par l’État gabonais, à savoir BEM Securities et ASCA, ont annoncé des innovations pour attirer les investisseurs. La première est l’attribution d’une prime d’émission sur chaque action souscrite ; de l’inédit sur le marché financier de la CEMAC. Concrètement, la valeur nominale de chaque titre est de 10 000 FCFA mais le prix de l’émission a été fixé à 9 500 Fcfa ce qui représente une prime de 500 FCFA pour chaque titre souscrit.
L’autre élément d’attractivité est le taux d’intérêt proposé. Il faut dire que pour cette opération, les arrangeurs ont opté pour un emprunt à taux multiples. Sur ce type d'opération, plus la maturité est longue, plus le rendement est élevé. Concrètement, le Cameroun a fixé un plafond de 50 milliards Fcfa à rémunérer à 6,6% sur 3 ans. Une autre enveloppe du même montant sera étalée sur 6 ans mais avec un rendement de 7%. La dernière tranche est étalée sur 4 ans rémunérée à 6,75% pour une enveloppe attendue de 100 milliards Fcfa. Des taux plutôt favorables si on les compare aux dernières opérations réalisées sur ce marché.
Libreville met également en avant le mécanisme de remboursement qui garantit sa solvabilité. Un compte séquestre destiné à recevoir les sommes qui serviront au remboursement de l’emprunt sera ouvert dans les livres de la BEAC. Ce compte sera géré exclusivement par la BEAC qui l’approvisionnera le 30 de chaque mois à hauteur du douzième (1/12e) de l’annuité correspondant au principal et aux intérêts dus à la fin de chaque année conformément au tableau d’amortissement de l’emprunt, par débit d’office du Compte Unique du Trésor domicilié dans ses livres. Par ailleurs, le pays a obtenu de la COBAC une pondération nulle durant toute la durée de vie de l’emprunt obligataire et ce, jusqu’au remboursement final du capital et des Intérêts dus. De quoi réjouir le secteur bancaire.
Précisons que le Gabon est le pays qui a exprimé le besoin de financement le plus important dans la CEMAC soit 854 milliards sur le marché des titres publics et environ 450 milliards de Fcfa sur le marché financier. Le Cameroun a annoncé 854 milliards de Fcfa cette année contre 200 milliards pour la République centrafricaine.









