Les investisseurs camerounais ont renforcé leur emprise sur le financement des États de la CEMAC, portant leurs encours de titres publics régionaux à 4 563,7 milliards FCFA au 31 janvier 2026, soit une hausse de 676 milliards FCFA en un an, selon les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Ce montant représente près de la moitié (48,3%) des titres publics en circulation dans la sous-région, consacrant le Cameroun comme principal créancier des économies voisines.
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Si environ un tiers de ces investissements concerne la dette de l’État camerounais, les investisseurs locaux se positionnent aussi massivement sur les émissions souveraines des autres pays. Ils détiennent notamment 1 116,7 milliards FCFA de titres congolais, un niveau supérieur à celui des investisseurs domestiques congolais eux-mêmes (1 056,5 milliards FCFA). Le Gabon, premier émetteur de la zone, doit pour sa part 942,1 milliards FCFA aux investisseurs camerounais, tandis que le Tchad concentre plus de la moitié de sa dette régionale entre leurs mains (622,7 milliards FCFA). La République centrafricaine apparaît encore plus dépendante, avec 67% de ses financements levés auprès des investisseurs camerounais.
Cette montée en puissance intervient dans un contexte de renchérissement du coût de la dette. Le taux moyen pondéré des émissions est passé de 7,70% en janvier 2025 à 8,78% un an plus tard. Si cette hausse alourdit le service de la dette des États, elle améliore en revanche le rendement des placements pour les investisseurs, renforçant l’attractivité des titres souverains dans les portefeuilles bancaires.
La structure des détenteurs confirme d’ailleurs le rôle central des banques commerciales, qui représentent 77% des souscripteurs. Cette forte exposition fait des banques camerounaises les principaux financeurs des États de la CEMAC, mais elle accentue également leur vulnérabilité au risque souverain. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’exposition totale des banques de la région aux États — incluant prêts et titres publics — est passée de 10% de leurs actifs en 2015 à environ 31% en 2023. Certaines institutions affichent même une exposition supérieure à 50%, un niveau jugé préoccupant pour la stabilité financière.
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Cette dépendance croissante aux titres publics, alimentée par le développement rapide du marché régional, pose un risque structurel pour les économies de la zone. En privilégiant les financements souverains, les banques réduisent leur capacité à financer le secteur privé, accentuant un effet d’éviction susceptible de freiner la diversification économique et la croissance à long terme.







